Sicilia, texte, conception, et jeu de Clyde Chabot

 

Festival d’Avignon (suite et fin)

Sicilia, texte, conception et jeu de Clyde Chabot,  regard extérieur et scénographique de Stéphane Olry

 -«Quelle est cette culture sicilienne dissoute sans laisser de traces ?», s’interroge l’auteur et interprète. L’été 2010, Clyde Chabot décide de se rendre sur les lieux de la terre de ces ancêtres. C’est pour elle, une grande première !

Elle invite le public  autour d’une table nappée de blanc. Il y a là quelque chose d’une cérémonie conviviale. La fiction rejoint ici la réalité où s’entrechoquent un passé et un présent et l’utopie d’un ailleurs plein de promesses. Récit autobiographique, ce monologue nous emmène à la recherche des traces, des parfums, des goûts mais aussi des voix de la Sicile et de sa famille maternelle partie d’Italie à la fin du XIXème siècle,  avec l’espoir d’un avenir meilleur. D’abord pour la Tunisie, puis dans les années 50, pour la France.

De l’intime et de l’imaginaire, de la mémoire de Clyde Chabot, vont advenir peu à peu, l’histoire fragmentée, réelle et fantasmée de sa famille et celle de cette île mythique. Sur la table, des photos nous permettent d’aller à la rencontre des paysages, des habitants, des oncles et cousins, grands-parents, êtres aimés vivants ou morts,  réels ou imaginaires, de cette terre, lieu d’origine et de tous les départs : la Sicile. Peu à peu, un paysage existentiel le sien et une vision sensible de cette île, se dessinent à travers les mots.

 Projet théâtral original et complexe. D’autant plus qu’ il ne restait quasiment rien comme archives, objets et traces pour tenter de retrouver l’âme de ses ancêtres, leur vécu et leur sol natal : -«L’incendie dévastateur de l’appartement de ma tante de 83 ans, en 2015-c’est elle qui conservait la plupart des documents de mes grands-parents-laisse peu d’espoir.»

 Qu’à cela ne tienne ! Ici les nourritures terrestres et celles de l’esprit font corps : «Quels éléments de culture m’ont été transmis. Seul un fromage ! De brebis et au poivre. »   Nous goûtons le fromage du pays et buvons avec délectation du vin sicilien. Etrangement, et c’est un des points forts du spectacle, le repas présidé par Clyde Chabot, se transforme peu à peu en voyage.

Elle s’adresse à nous d’une voix calme, parfois chargée d’émotion, d’enthousiasme, et de révolte, comme si nous étions devenus des membres de sa famille ou de son entourage, comme si, par instants, nous avions remonter le temps, et si nous étions vers les années 1890, devenus nous-mêmes habitants de l’île.

 Aventure personnelle et artistique où s’entrelacent la grande Histoire et l’histoire familiale, ce spectacle révèle comment et avec une intensité troublante, l’imaginaire poétique et la mémoire peuvent faire apparaître et vivre une réalité enfouie ou/et disparue. Mais aussi encore vivante, il suffit d’aller à sa recherche ! Cette pièce est aussi un cri d’appel : l’immigration, heureuse parfois, souvent terrible, reste une condition humaine qui nous concerne tous, et qui peut être d’une force et d’une richesse étonnantes. Une utopie ? Sans doute mais à désirer.    

 Elisabeth Naud

Spectacle vu au à l’Espace Roseau, Avignon.

Foyer ADEF de Saint-Denis (Seine Saint-Denis) les 5 et 6 octobre.


Théâtre du Merlan à Marseille, les 14 et 15 novembre. 


 

 

 


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