festival d’Aurillac 2017

 

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Le Festival d’Aurillac 2017

 

 Cet événement culturel, créé en 1986, organisé par l’association Eclats et présidé par Philippe Meyer, aura lieu du 23 au 26 août et, comme en 2016 sous haute surveillance. Surtout après l’attentat de Barcelone qui a changé la donne. Oui, mais voilà, comment sécuriser un espace aussi vaste avec plus de 25. 000  personnes chaque jour à Aurillac. Et quelque vingt spectacles dont beaucoup gratuits, auxquels s’ajoutent ceux de centaines de compagnies «accueillies», c’est à dire inscrites dans une sorte de off qui n’ose pas dire son nom.

Il y aura bien neuf points de contrôle, avec filtrage et ouverture des sacs obligatoire pour accéder au centre ville qui sera ainsi, en principe, sécurisé. Les festivals de Sotteville et de Chalon n’ont pas subi ces contraintes mais n’accueillent pas autant de monde. Pour Jean-Marie Songy, le directeur, “La rue, ce merveilleux théâtre de tous les instants, le théâtre de rue rassemble en toute liberté dans nos espaces publics, il intrigue, il perturbe, il déboussole, il fait rire, courir, danser. Le théâtre de rue fait pleurer de bonheur ! (…) La réunion humaniste qu’il provoque ici en Aurillac, faut-il le rappeler, est exceptionnelle et ne ressemble à aucune autre !

Pour Jean-Marie Songy, « Ce n’est en aucun cas une féria ni un carnaval, même si nous sommes cousins mais une concentration d’inventions littéraires, théâtrales, chorégraphiques, musicales et graphiques en tout genre, une ode générale à la conversation, à toute heure du jour et de la nuit, une divagation initiatique qui régénère les convictions d’une communauté de partage en les remettant en jeu à tout instant.” Soit un programme plutôt axé cette année sur le corps et des spectacles de compagnies reconnues: “avec comme arme de pure résistance, le corps réduit parfois à sa plus simple expression, le corps costumé, le corps travesti, le corps chantant, le corps torturé, malmené, le corps, rempart extrême dressé contre toutes les xénophobies et tous les racismes.”

Le programme ne démérite pas par rapport aux précédents et Jean-Marie Songy et toute son équipe ont fait le boulot, mais le dernier et récent spectacle du Royal de Luxe ne sera pas là, dommage! Et n’y-a-t-il pas un certain essoufflement dans les festivals de théâtre de rue? Tout se passe un peu comme si toutes les formes en avaient été explorées et comme si l’inattendu, la joyeuse surprise n’étaient plus vraiment au rendez-vous, et les menaces d’attentat terroriste n’arrangent rien… Enfin voici quelques pistes, et nous serons plusieurs critiques du Théâtre du Blog à vous rendre compte au quotidien, de ce festival. Attention: vu les contrôles de sécurité, et le public important quand les spectacles sont gratuits, arrivez largement en avance…

Radio Vinci Park: dans un parking souterrain,  un rituel « motomachique ». Au son de Radio Vinci Park deux personnages dont un motard, se livrent à un  domptage, parade amoureuse, enlèvement, duel, agression… qui transforme le lieu en arène.
L’artiste et metteur en scène Théo Mercier, connu pour son Solitaire, sculpture en spaghettis de trois mètres de hauteur, signe ici avec le chorégraphe François Chaignaud « une rencontre  chargée de fantasmes et d’angoisses, une ode à l’amour impossible, un spectacle forain, un combat de chiens, une corrida, une scène mythologique… »  En accès libre, du 24 au 26 août à 22h30, départ, place du Square Vermenouze.

 Avec Vous en voulez,  La Française de Comptages propose d’assister et de participer à la création d’une  réalité-fiction, à travers le tournage simultané et en direct d’un jeu et d’un feuilleton télévisé.  «Le spectacle, dit cette compagnie veut avoir  un regard critique et ironique sur une société consommatrice d’images et de sensations, une société où le divertissement érigé en culte suprême serait le dernier espace d’expression populaire, où la concertation serait réduite au choix binaire d’un j’aime/j’aime pas. Soit le triomphe de l’emballage sympa, la victoire par K.O. du trop cool sur le très bien.   (les 23 et 24 août à 22h30, départ square Vermenouze   spectacle gratuit.

Teatro del Silencio  joue Oh ! Secours (voir Le Théâtre du Blog) inspiré  de  Samuel Beckett et de son célèbre Godot, du dramaturge chilien Juan Radrigán. Avec des figures acrobatiques et chorégraphiques, Le Silencio nous immerge dans un dialogue imagé, à la fois cauchemardesque et absurde  (spectacle en accès libre, du 24 au 26 août à 17h, place des Carmes.

 La compagnie Ilotopie  que l’on a déjà vue au festival d’Aurillac joue La Recette des corps perdus, « un spectacle sur les manières de manger les autres, certaines plus ou moins élégantes ; évidemment, les autres sont  trop bons parfois et c’est souvent ceux qu’on aime que l’on mange en premier. Les acteurs « s’ouvriront » à l’appétit des spectateurs, proposant la meilleure partie d’eux-mêmes, à dévorer, en mets, délices et offrandes. En accès libre, le 25 août à 12h et les 25 et 26 août à 19h, place de l’Hôtel de Ville

Les Arts Oseurs joueront Les Tondues. A la fin de la dernière guerre, quelque 20.000 femmes furent ainsi tondues en public, au seul motif d’avoir eu des amoureux allemands. Triste  événement qui nous avait marqué à jamais quand nous étions encore enfant, même si nous n’en comprenions pas bien le sens!
C’est ici l’histoire d’une quête à travers une ville où il s’est passé quelque chose qui n’a jamais été raconté. Et  où les interprètes interrogent les silences de tous ceux qui se sont tus.. Un spectacle en mouvement dans Aurillac, porté par cinq artistes croisant théâtre, danse et musique. En accès libre, du 23 au 26 août à 11h, départ place de la Bienfaisance.

 Alice on the run, inspiré de l’œuvre de Lewis Carroll,  raconte la fuite actuelle de millions de personnes partout dans le monde…Victimes de guerre, de persécutions politiques, religieuses ou sexuelles, qui n’ont pas d’autres choix que de tout quitter. Pour Alice, ce voyage, sera cruel mais aussi salutaire, à travers des contrées inconnues, peuplées d’étranges personnages. Les aventures d’Alice la mèneront sur une île, dans une prison, dans une gare frontalière et dans un temple de la consommation. Puis, à la fin à un gigantesque tableau d’échecs retracera l’affrontement entre les reines blanche et rouge. (en accès libre, les  25 et 26 août à 22h15, place Michel Crespin).

Dans Géopolis, sur un thème voisin du spectacle précédent, un camion, très chargé, roule la nuit dans une ville. À l’image de ceux qui traversent le désert. Avec huit personnages qui subiront une crise mondiale qui déchirera leur pays jusqu’au chaos. « Pour s’affranchir d’un moralisme bien-pensant, pour ne pas se poser en juge d’un problème universel à la fois contemporain et millénaire », Pudding Théâtre essaye de proposer une réponse empathique aux bouleversements du monde.

« Dévêtu(e) »  propose  un univers entre thalasso et fête foraine et interroge notre rapport au corps que nous ne cessons de stimuler,  dénigrer ou glorifier ? Le public est invité à déambuler, ovrir les portes, décrocher les casques, regarder dans les boîtes , etc. et de partir à l’exploration du corps au travers d’une douzaine de propositions mêlant théâtre, danse, arts numériques… Soit une interrogation du corps pour peut-être mieux se concilier  le sien et celui des autres. (accès payant, 15 € du 23 au 26 août à 10h et du 23 au 26 août à 17h, Institution Saint-Eugène).

Signalons aussi la compagnie Soralino après une tournée un peu partout en France, Italie, Espagne, Belgique, Pologne, Suède et Inde, présente Inbox, le premier de leurs spectacles. Issus de l’Académie Fratellini, un acrobate et un jongleur  font et défont leurs cartons. Soit une illustration domestique du mythe de Sisyphe, dans un univers d’équilibre et de déséquilibre qui donne vie à un objet des plus ordinaires. « Car en tout “ordinaire”, disent-ils, il y a beauté et poésie, si l’approche est humble et le regard doux. » ( Place de la Médiathèque à 16h)

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Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac, 20 rue de la Coste, 15000 Aurillac T: 04 71 43 43 70.

 

 


Archive pour 21 août, 2017

Enfances, spectacle conçu par Françoise Morvan

 

Enfances, spectacle conçu par Françoise Morvan
 

©-Olivier-Troël

©-Olivier-Troël

Sous la lumière douce et ensoleillée de Bretagne, s’est donné aux Lieux mouvants ce spectacle en plein air  sur la lande verdoyante, à côté de la chapelle Saint-Antoine en Lanrivain, près de Rostrenen. Un rendez-vous privilégié avec le public  où sont évoquées les vacances en Cornouaille, avec une belle mémoire impressionniste de la fin d’une enfance.

L’illustration du paysage sonore d’un été en Bretagne se traduit ici par l’émotion que procurent, choisis par Françoise Morvan inspiratrice et fée inventive,  berceuses, appel de berger, gwerz, chanson d’amour, comptine mais aussi chants traditionnels de notre pays, et Lavandes en fleurs, une vieille mélodie anglaise qu’interprète ici en français comme en breton, Anne Auffret qui s’accompagne à la harpe, et Annie Ebrel. Un point de vue vérifié par un public venu nombreux et très attentif.

André Markowicz récite aussi des poésies bretonnes mais a choisi de dire en russe puis de le  traduire en français, un magnifique poème sur l’enfance de Boris Pasternak pour qui étaient importants, la nature et la proximité avec le vent, le ciel et le firmament, mais aussi la présence poétique d’un enfant serein qui dort. Aux côtés des interprètes, Frédérique Lory de l’école de musique de Rostrenen, joue du « marimba », un xylophone africain  avec un grand art.

Les souvenirs s’égrènent en un chapelet lumineux que les images ont à jamais fixé dans notre mémoire: bribes d’instants saisis par les jeunes enfants que nous sommes encore, pour avoir connu ce passage, une fois pour toutes. De longs tabliers bleus sèchent au soleil, dansant et chatoyant sous un vent discret qui pousse les nuages blancs dans l’immense ciel bleu. Sont là la chaleur et le soleil, le blé à point et l’état festif de vacances senties comme éternelles, alors que chacun va bientôt fermer sa villégiature…

Quitter les siens et les anciens, quitter l’été et le bonheur de laisser aller les jours, quitter la nature apaisante: la ville happe les vacanciers éconduits. Restent la résonance familière de l’horloge dans la maison de famille, une nature morte représentant une motte de beurre imposante, décorée d’ovales sculptés avec dextérité à la cuillère en buis.
 Parfums, senteurs, ombres, nous nous attachons à des détails picturaux : la lumière sur le velours bleu d’une robe, l’ombre d’un visage, les roses et dahlias que protègent du vent  de fins tuteurs, des mains noueuses aux veines sombres, et la peau lisse d’un visage, mais aussi le souvenir d’un aristocrate et de sa famille dans le voisinage, des contes et légendes d’enfance, et la beauté de la Nature qui console du temps qui passe, de la vie qui va. Bref, un temps fort de mélancolie fraîche, rieuse et atemporelle.

Véronique Hotte

Spectacle vu le 20 août, au festival des Lieux mouvants qui a lieu du 3 juin au 27 août, à  Saint-Antoine-en-Lanrivain (Côtes d’Armor).

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