Prison possession

 

Prison Possession, de et par François Cervantes, à partir d’une correspondance avec Erik Ferdinand

 Une des fonctions de l’art est de pouvoir transfigurer  la violence de la vie ou de la réalité et ainsi, de lui donner beauté et  sens poétique. Comme la tragédie grecque, par exemple, mais certains thèmes, comme celui de la prison, restent difficiles à transposer sous une forme artistique quelle qu’elle soit.

Il y a quelques années, François Cervantes reçut la proposition d’une carte blanche pour travailler en milieu carcéral . «Je ne sais pourquoi on a pensé à moi…dit-il, 
alors, je vais visiter la prison.
» Cet univers va s’avérer très perturbant pour lui. Lors des premières visites, un malaise intérieur s’empare de lui et il perd ses repères. «Dès l’entrée, je me sens pris par quelque chose de difficile à décrire. Mon imagination s’arrête, paralysée. 
Je continue la visite, en essayant de comprendre ce qui m’arrive.» Sa sensibilité existentielle et artistique sera profondément marquée par ce monde dépourvu d’humanité et de vie.

François Cervantes, habité au début par l’idée d’écrire une fiction à partir des lettres échangées avec les détenus,  se sent assez  vite peu capable d’accomplir ce geste littéraire et théâtral : «Les mois passent et tout reste en poussière, éparpillé. Je pense de plus en plus souvent aux hommes qui m’écrivent, et surtout, à la prison: je suis obsédé par ce lieu qui paralyse mon imagination. »

Que faire ? Pour lui , il est inconcevable de laisser sans voix, sans traces cette rencontre avec l’inhumain, cet univers où : « Il y aurait, dit Michel Foucault, une hypocrisie ou naïveté à croire que la loi est faite pour tout le monde, au nom de tout le monde ; qu’il est plus prudent de reconnaître qu’elle est faite pour quelques-uns et qu’elle porte sur d’autres » .

Sa correspondance avec Erik Ferdinand, un des prisonniers, va être déterminante :« Une voix se détache de toutes ces lettres, celle d’Erik
. Erik, c’est un oiseau qui veut prendre l’avion au lieu de voler, un animal sauvage égaré au milieu des hommes
 ». L’un à l’extérieur, l’autre à l’intérieur : Entre cet «oiseau » prisonnier dans 9m2, pendant quinze ans, et l’artiste poète, les mots ne vont cesser d’aller et venir, remplis d’une tension nécessaire et à fleur de peau, de silence, et d’attente aussi…

L’auteur-metteur en scène, qui n’a jamais rencontré Erik,  est seul en scène, dans un carré de lumière, et donne à Erik le droit à la parole. . Dans ce lieu où la dignité humaine est exclue, François Cervantes,  grâce au théâtre, les mots, réussit, avec beaucoup de sensibilité et délicatesse, à donner forme à l’irreprésentable : la prison, et un homme en prison.  Instant théâtral chargé d’une émotion rare que cette approche de la liberté: «C’est l’histoire d’un homme qui s’est évadé dans un texte… là où plus personne ne pourra venir le chercher.»

Elisabeth Naud

 Spectacle vu au 11 Guilgamesh/Belleville, festival d’Avignon 2017.
Tournée en préparation.

 

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...