Oh ! Secours par le Teatro del Silencio

Festival d’Aurillac

image_009Oh ! Secours par le Teatro del Silencio, direction artistique et mise en scène de Mauricio Celedon, direction musicale de Jorge Martinez Florès, musiques de Jean-Paul Beirieu,  Julie Bierey, Mathie Duchier et Samuel Monce

Cela se passe place des Carmes, et comme pour tous les spectacles gratuits de ce festival, mieux vaut arriver deux heures avant si on veut espérer avoir un demi m2 de bitume, pour s’asseoir, et voir comme on peut, c’est à dire mal, une sorte de voyage dans l’univers de Samuel Beckett.Avec une teinture circassienne…

Mauricio Celedon a en effet créé le Teatro del Silencio rassemblant acteurs, musiciens, danseurs  et constructeurs à Santiago du Chili il y a presque trente ans, et qui est maintenant établi en Ile-de-France: « Ma rencontre avec l’auteur chilien Juan Radrigan, et avec son texte Beckett et Godot, ont fait ressurgir l’impact que Beckett avait eu sur moi. Cette alliance paradoxale du silence et du rythme, de l’immobilité et de la perfection du geste; son questionnement de l’existence jusqu’à l’absurdité, m’avaient alors bouleversé ».

    Mauricio Celedon, avec dix-sept interprètes (acteurs et circassiens) sur un grand plateau frontal couvert de sable, et en cabine avec les voix au micro de Julie Biereye, Jean-Paul Beirieu, Mathieu Duchier, et Samuel Monce,   a voulu  créer un spectacle total, vieille obsession avant-gardiste des gens de théâtre en Occident depuis près d’un siècle.  A partir  de l’élaboration d’un nouveau langage théâtral qui, comme le voulait Antonin Artaud, «vise donc à enserrer  et à utiliser l’étendue, c’est à dire l’espace et en l’utilisant à le faire parler ; je prends les objets, les choses de l’étendue comme des images.»

Et ce théâtre-là où l’image devient primordiale, ou du moins aussi importante que le texte oral pour transmettre les émotions, a eu des maîtres incontestables à la fin du XXème siècle, comme Bob Wilson ou Tadeusz Kantor, dont justement Maurico Celedon copie presque, en reprenant même des images et des sons-les soldats qui se font tuer et les rafales de mitraillette qui sortent d’un gros appareil photo sur pieds dans Wielopole, Wielopole, magnifique évocation de la guerre de 14, un de  de ses plus grands spectacles avec La Classe morte.

image_013Que voit-on ici, et de loin, c’est à dire à une bonne vingtaine de mètres : une suite d’images impeccablement chorégraphiées sur une métaphorique mort de  Samuel Beckett mais qui ne fait pas vraiment sens.

Soit d’abord un balayeur en activité, des femmes enveloppées de noir qui s’en prennent au célèbre auteur, des séries de soldats en uniforme kaki (merci encore, Tadeusz Kantor !) des jeunes femmes demi-nues et une autre complètement, un lit d’hôpital sur roues avec un ballet d’infirmiers en blanc, des danseurs coiffés de chapeaux melon, un déluge de chaussures noires qui tombe des cintres… Il y a aussi un numéro de corde volante, et un grand médaillon avec croix de Lorraine descendant d’un portique, sans doute pour évoquer  la participation de Samuel Beckett à la Résistance dans le midi de la France.

Le tout pendant une heure sur un flot de musiques trop fortes-que Maurico Celedon a déjà utilisées-ce qui empêche d’entendre le texte. C’est techniquement bien organisé sur le plateau mais encore une fois, ne fait pas vraiment sens, surtout dans le vaste espace d’une place urbaine à la médiocre architecture qui a bien mal vieilli,  et sous un soleil de canicule. Et  désolé, le résultat a quelque chose d’un peu prétentieux par rapport à la volonté de «créer un langage théâtral accessible à tous», sur le thème d’un nazisme rampant. Tout le monde n’est pas Tadeusz Kantor ni Pina Bausch!

Cela se joue encore demain samedi 26 août, et c’est gratuit; si vous n’êtes pas exigeant, et si vous avez le courage de vous faire cuire au soleil, à vous de voir!  Mais on ne vous y poussera vraiment pas à y aller!

Philippe du Vignal

Spectacle vu Place des Carmes,Aurillac le 24 août.

 

 

 


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