Donald Shaw, Mischa McPherson Trio, Blasta, Tide Lines et Elephant Sessions

 

©DR

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Soirée d’ouverture,  Ecosse au Festival Interceltique de Lorient: Donald Shaw, Mischa McPherson Trio, Blasta, Tide Lines et Elephant Sessions

 

Cette traditionnelle soirée a été confiée, année de l’Ecosse 2017 oblige, au jeune Festival Hebcelt de Stornway dans l’Ile de Lewis qui vient de s’achever; les groupes de musiques traditionnelles celtes et rock se sont succédés dans les jardins de Lady Lever Park, avec  caravanes, tentes et chapiteaux colorés. Une image précieuse et conviviale que l’on peut apprécier le temps d’un formidable ciné-concert, où on découvre la beauté impériale d’une nature puissante, caractéristique des Iles Hébrides: mer en colère, rochers découpés, poissons, loutres, oiseaux de proie, et étendues ondoyantes de verdure sous le vent. L’instant de la représentation et du concert semble s’être arrêté sur la création somptueuse d’un monde qu’on ne finit  plus de contempler.

 Les Iles Hébrides extérieures, situées à l’extrême Nord-Ouest de l’Ecosse,  dessinent un horizon lointain et énigmatique, avant les terres d’Amérique. Terre privilégiée des chants gaéliques profonds et rythmés que renouvellent sans cesse et naturellement, des générations de virtuoses dont le sens musical est vécu comme une seconde nature : respect de la tradition et ouverture à la modernité. Donald Shaw, créateur du film sur les Hébrides, dirige, en première partie un groupe de musiciens traditionnels exceptionnels, réunis spécialement pour le FIL.

En fond de scène, défilent les images de ce paradis naturel, et le trio Mischa Mc Pherson, avec chant gaélique, guitare, pipes et whistles, possède un rythme sûr, une hauteur céleste de la voix, et ses instruments traditionnels nous emportent très loin…

Formations féminines et aériennes avec chant gaélique, solos de danse écossaise et groupes rock virils bien balancés, les groupes engagés Blasta, Tide Lines et Elephant Sessions se suivent dans la bonne humeur et la jeunesse des interprètes. L’Ecosse d’aujourd’hui est aussi aux taquets du rock. Blasta, mot gaélique pour «goûteux »,  désigne cinq chanteurs performants, tous originaires de l’ile de Lewis:  Calum Alex Macmillan, Anna Murray, Misha Macpherson, Ceitlin Smith et Josie Duncan.

 Tide Lines, groupe de quatre artistes écossais, Robert Robertson, Ross Wilson, Alasdair Turner et Fergus Munro  avec une  musique influencée par la tradition de l’Ouest des Highlands et de ses îles, présente un sop éclectique: guitares électriques et acoustiques, batteries et claviers. Et Elephant Sessions, quintet néo-traditionnel, crée un mélange progressif de mélodies complexes avec  guitares, basse et batterie, funk et électro.

 Beauté sauvage d’une nature indomptable, la musique celte des Hébrides emporte l’adhésion du public attentif et ébloui, rivé à l’écoute des musiques de cette terre à la fois atemporelle et actuelle.

 Véronique Hotte

 Spectacle vu au Grand Théâtre de Lorient, samedi 5 août.

 


Archive pour août, 2017

Molière 1663, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

Festival d’Avignon

Molière 1663, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

A côté de la proposition théâtrale resserrée et  forte, sérieuse en un mot de la compagnie des Ambres ( voir Le Théâtre du Blog) le spectacle de sortie d’école mené par Clément Hervieu-Léger fait pâle figure. Présenté dans le in et aux mêmes tarifs ! que d’autres spectacles plus roboratifs, il fait espérer au spectateur une lecture singulière. Pourtant, la mise en abyme, le jeu avec les feuilletages de réalité dans cette belle épître aux acteurs (il s’agit d’un répétition, pot-pourri des textes du grand Molière) n’offrent qu’une tranche de vie d’une troupe… vue et revue.

On pourrait s’en accommoder s’il y avait ici prétexte à l’émergence de talents, mais le metteur en scène a choix de laisser quasi en permanence les dix-sept jeunes acteurs du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique sur le plateau, et cela ne les singularise guère. De ci de là, un cabotinage fait émerger une personnalité, mais si peu ! Il y a de très beaux tempéraments comme Alexiane Torres que l’on découvre avec gourmandise, et une scène de chant choral qui amuse sur I want to break free de Queen. La plupart des garçons ont un allant où pointe un vrai sens de l’humour. Mais quel manque d’audace dans la mise en scène !

C’est juste un spectacle de fin d’école, pas mauvais mais les deux heures défilent mollement ! Et la climatisation atroce, ultra-bruyante, qui souffle son blizzard sur les derniers rangs des spectateurs n’arrange rien…

 

Stéphanie Ruffier

 

 

Trois hommes sur le toit, texte de Jean-Pierre Siméon

 

Festival d’Avignon suite et fin…

Trois hommes sur le toit de Jean-Pierre Siméon, mise en scène d’Emilie Charlier et  Loris Debrie

DSCN9082_editedLes chemins de traverse ont toujours du bon. Ce jour-là, l’annulation d’une  soirée d’Unwanted à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, et l’envie d’aller voir jouer un texte contemporain nous a poussés vers la proposition de la jeune Compagnie des Ambres. Belle surprise !

Ce huis-clos eschatologique de Jean-Pierre Siméon, critique dramatique et poète émérite, se déroule après le déluge, sur un toit : on y suit les échanges de survivants, Prof, Chef et Maurice. Trois personnalités, trois façons d’affronter la solitude et le désastre. Un seul pourra être sauvé, en marchant sur les eaux pour rejoindre une femme. Ne plus rien attendre que la mort, regarder passer des bourrasques d’espoir… L’atmosphère tragique de désœuvrement fait bien sûr songer à l’attente de Godot.

Chez Samuel Beckett, une feuille avait poussé sur l’arbre nu, mais ici, on observe avec désespoir, tomber la dernière. Scénographie efficace : un toit qui tient du bac à sable de béton et de la cour carcérale de promenade est efficace en diable, alliée à un magnifique travail sur le son. Le metteur en scène qui signe sa première adaptation, dirige aussi ses camarades rencontrés, pour la plupart, à l’école de théâtre parisienne des Enfants Terribles.

Certains viennent de l’humanitaire. Tous ont un profond désir de se confronter aux planches et se saisissent avec pertinence des différentes postures de leurs personnages : amour naïf, volonté de pouvoir, cœur fourbu… Leurs belles gueules cassées, singulières, nous fascinent: en particulier, Léo Henriot avec un regard abattu bleu acier et Samuel Etifier qui possède l’énergie d’un boxeur.

On n’entend pas toujours très distinctement Maxence Demonio, à la dégaine de punk avachi. Margaux Vallée fait une apparition aérienne, énigmatique et décalée à souhait. Ces quatre-là portent avec rage, plaisir et implication, un texte à qui on ne peut reprocher qu’une chute peu lisible.  Rencontre avec l’auteur, courtes vidéos de recherche visuelle sur le thème «avant le déluge» sur leur page Facebook … On sent que la Compagnie des Ambres possède un vrai désir de creuser la matière.

Stéphanie Ruffier

Spectacle vu au Laurette théâtre, Avignon  le 28 juillet

 

La Dame de chez Maxim… ou presque!de Georges Feydeau/Jacques Offenbach

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

 

La Dame de chez Maxim… ou presque! de Georges Feydeau/Jacques Offenbach, adaptation de Marie-Claire Utz et Vincent Goethals, mise en scène de Vincent Goethals, direction musicale de Gabriel Mattei

 On retrouve ici la dimension loufoque, triviale et farcesque, de la célèbre pièce: lors  d’une nuit de beuverie, le docteur Petypon, bourgeois caricatural, a ramené dans le lit  conjugal, la Môme Crevette, danseuse au Moulin Rouge: facéties et galipettes garanties. Bref, une fête absurde avec des personnages aux réactions dues à un stress insensé et à une sensibilité exacerbée, où ils  sont en proie à la démesure et à une perte de leurs repères. Surtout ce mari infidèle et hypocrite dont les mensonges vont le trahir.

Coups de colère et de théâtre, quiproquos et miroirs aux alouettes: le public assiste émerveillé au jeu plutôt lourd des hommes, dès que la sexualité s’en mêle; ici tout est bafoué: identité sociale, notabilité et liens amicaux ou familiaux. Un soi égoïste s’impose, qu’il faut sortir des embarras…Le docteur Petypon (Frédéric Cherboeuf) se tire de façon incroyable de sa très mauvaise affaire en cours, mais après bien des péripéties ; il saute par-dessus les chaises, se cache sous un sofa s’alarme et vocifère, tenant de main de maître tous les liens qui font avancer les chevaux emballés de la voiture de poste.

A ses côtés, Valérie Dablemont est une Môme Crevette nature, provocatrice et sensuelle, rieuse et libérée au possible. Une très jeune personne dévergondée qui prend grand plaisir à se moquer de tous ces mâles aussi peu adroits dont certains ne se renient pas et assument l’insulte, comme un Général caricatural, oncle de Petypon, qu’interprète avec beaucoup de gouaille Marc Schapira.

 L’épouse de Petypon ( Mélanie Moussay) que tous  couvrent de sarcasmes, garde un sourire serein et une constance que  rien ne vient bousculer. La cantatrice radieuse assure le travail vocal de tous les interprètes pour les airs et les chansons de Jacques Offenbach, accompagnés par une petit orchestre:  violoncelle, accordéon, contrebasse, violon, flûte et contrebasse que dirige Gabriel Mattei en abbé taquin aux airs nigauds de Fernandel.

 Belle scénographie qui sert au mieux  le chœur  de ces bourgeois, ici de bons comédiens amateurs, pour  un mariage grotesque en Touraine. Ils boivent leurs coupe de champagne, habillés  de costumes de province désuets, qu’il soient serviteurs raides, officiers et civils  peu dégrossis ou dames  en quête à la fois d’amour et de Paris. La scène flaubertienne vaut vraiment le coup d’œil, et les metteurs en scène offrent au public ravi une forêt de Bussang exceptionnelle de vérité puisque bien réelle, (photo ci-dessus), avec son  son hêtre centenaire, dans une belle mise en abyme qui relie le théâtre à la nature dans un rire moqueur.

Véronique Hotte

Spectacle vu aux Estivales 2017,  du 14 juillet au 26 août.
Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher 40 rue du Théâtre, 88540 Bussang. T : +33 (0)3 29 61 62 47 – info@theatredupeuple.com

 

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas

 

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas,  de Steve Gagnon, mise en scène de Vincent Goethals

 Vincent Goethals choisit l’épure de la modernité, via la chorégraphie de Louise Hakim. Des châssis  transparents montent et descendent, s’ouvrent ou se ferment, alors que l’on distingue à peine en théâtre d’ombres,  le guitariste Bernard Vallery qui assure l’environnement sonore : angoisse presque palpable.

 Des lits au design blanc, parallèles, dont la configuration varie, baignoire ou bien table, meublent le plateau nu animé par les lumières subtiles de Philippe Catalano.Les personnages de ce huis-clos sulfureux, tous à la fois victimes et bourreaux dans cette histoire tragique de famille, sont incarnés avec vérité par Sébastien Amblard, Violette Chauveau, Lyndsay Ginepri, Aurélien Labruyère et Marion Lambert.

 L’histoire n’est pas tant celle du Britannicus de Racine que d’une famille traditionnelle où  deux frères s’aiment et se jalousent de tout temps, jusqu’au jour où l’un éprouve un désir infernal pour la femme de l’autre.La mère évidemment n’est pas pour rien dans cette rivalité entre les deux frères que seule, elle voudrait posséder mais qui, à la fin, lui échapperont en la détruisant.Tension, sentiment d’oppression, impossibilité de dénouement heureux, il y a ici un poids émotionnel qui envahit scène et salle. Comment en effet échapper à l’inéluctable et à l’irréparable de conflits qui ne se dominent pas,  pour cause d’immaturité, d’absence de raisonnement et de laisser-aller de soi ?

 Un moment de théâtre âcre tenu par la belle tension des objets obscurs du désir.


Véronique Hotte

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

Petit Bisou, un spectacle de Arnault Mougenot, est écrit à partir des témoignages de ceux qui font le spectacle : régisseurs, éclairagistes, costumières, maquilleuses, responsables de la billetterie, de la production… On assiste à hauteur du regard, aux allées et venues des protagonistes, techniciens et autres installés sur un radeau en lattes de bois. Avec des Des silhouettes apparaissant puis disparaissant en dessous de leur radeau de survie ou derrière, incarnant nombre de professionnels du théâtre.

 Coups de fil avec petit bisou, chuchotements, discours de panique ou de stress: le public se fait le réceptacle des angoisses des techniciens et personnels de théâtre mais aussi des doutes, rumeurs, médisances, souffrances et harcèlements.Tous se plaignent mais ne s’en sentent pas moins des êtres les plus heureux de la terre à travailler au service du théâtre, au plus près de la création et des artistes, construisant collectivement et pas à pas une œuvre humaine et artistique à venir.

 Valérie Dablemont et Solo Gomez s’amusent de ce jeu de théâtre dans le théâtre, l’une plus inquiète et fébrile, et l’autre, plus paisible et ironique, changeant de costume et de coiffure, mimant tel partenaire ou tel autre, incarnant la fatigue ou la colère, mais retournant travailler en dépit de tout, dans ce beau sérail.Un spectacle sincère qui joue malicieusement avec les codes du théâtre.

 Véronique Hotte

 
Estivales 2017 au Théâtre du Peuple de Bussang, du 14 juillet au 27 août.

Le Film du dimanche soir par Annibal et ses éléphants

Le Film du dimanche soir:  The World Witness par Annibal et ses éléphants

Dans le joli parc Léon Salagnac de Malakoff (Hauts-de-Seine), cette compagnie reprend ce remarquable spectacle créé il y a cinq ans (voir Le Théâtre du Blog), avec un dispositif scénographique conçu pour projeter le premier western français en noir et blanc en quatre vingt-dix minutes, avec soixante-dix acteurs de théâtre dont les les noms sont cités au générique de fin… mais avec aussi des comédiens sur ce plateau en plein air.

Le film muet est en effet sonorisé en direct (musique bruitages) avec un humour décapant par Thierry Bacon-Lorent, Maria Beloso-Hall, Irchad Benzine, Jean-Michel Besançon et Frédéric Fort. Et la compagnie de citer volontiers Abbas Kiarostami : »Le seul moyen d’envisager un nouveau cinéma, c’est de considérer davantage le rôle du spectateur ». Ce western français prétendûment de 1919 a pour cadre Santa Anna, un paisible village d’agriculteurs, bien trop poltrons pour aller jusqu’à Springtown, témoigner contre El Bicho,un  bandit notoire, qui a pourtant terrorisé la région. Seule Jenny Hardkiss, une jeune fille, acceptera de le faire, au risque de sa vie. Avec quelques volontaires, le shérif l’escorte au cœur du territoire sioux…

Les comédiens engagent aussi un dialogue avec le public  à chaque changement de bobine. Cette projection sert aussi de prétexte à une réflexion sur les personnages, la vraisemblance de l’histoire, le respect du scénario annoncé, le choix des musiques, etc… Et une partie des péripéties du deuxième acte étant interchangeable, ils invitent les spectateurs  à modifier le scénario…

Le public-en grande majorité des migrants non francophones qui ne parlent pas, ou très mal le français-rassemblé par la dynamique association Scarabée de Malakoff, et quelques voisins-se réjouit de ces clichés sur la conquête de l’Ouest Américain, avec des affrontements où les Indiens sont déjà presque tous exterminés! Ce film en trois parties met en joie l’assistance; la mairie de Malakoff mène une efficace politique d’accueil des réfugiés, qu’on souhaiterait voir développer ailleurs…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 28 juillet au Parc Léon Salagnac de Malakoff (Hauts-de-Seine).

Ce 4 août à 21 heures 30, au Parc Caillebotte, rue Jules Michelet à Colombes (Hauts-de-Seine)
La compagnie Annibal et ses éléphants sera présente avec plusieurs autres de ses spectacle, au festival d’Aurillac, du 23 au 26 août.

Samedi 12 et dimanche 13 août à 23 heures, au festival des arts de la rue, place de Zurich à Strasbourg.

Le 22 septembre à 21 heures 30,  festival Cergy-Soit (lieu à définir ) Cergy (95 ).

Et le 6 octobre à 20 heures, Centre Culturel Pablo Picasso de Montigny-les-Cormeilles (95).

 

 

Le Décapsuleur de Laetitia Ajanohun, mise en lecture d’Armel Roussel

Photo Pascal Gély

Photo Pascal Gély 

 

Festival d’Avignon; cycle: Ça va, ça va le monde ! 2017

 Le Décapsuleur de Laetitia Ajanohun, mise en lecture d’Armel Roussel

 Le focus sur l’Afrique annoncé par la direction du festival a déçu: pas de  juste place pour les nouvelles dramaturgies, pourtant bien vivaces. Radio-France Internationale vient un peu rétablir l’équilibre; elle organise tous les ans un cycle de lectures et un prix Théâtre qui a été remporté l’an passé par l’écrivain guinéen Hakim Bah avec Convulsions (voir Le Théâtre du Blog).

Dans ce programme, Le Décapsuleur a retenu notre attention. Belge par sa mère, Béninoise par son père, Laetitia Ajanohun, jeune comédienne et émetteuse en scène, a répondu à une commande : il s’agissait d’écrire sur Kinshasa. Dans ce vaudeville à la sauce kinoise, le Décapsuleur incarne la débrouille : comme il faut bien vivre et se loger, il s’introduit  subrepticement dans le confortable foyer d’un couple…

L’épouse se laisse séduire par le bagout du jeune homme, et son mari, qui a fait son trou dans la «ville des casseurs de pierres», en revenant de l’étranger, vaque à ses combines mais se trouve bientôt dépassé par les événements. L’auteure, dans une langue charnelle, donne vie à ce trio explosif, porté par l’énergie effervescente d’une mégalopole brutale et chaotique mais inventive et pleine de ressources.

Laetitia Ajanohun s’est inspirée, dit-elle, «de trois figures rencontrées à Kinshasa». « Pour parler d’aujourd’hui, de la ville, des mouvements citoyens en République démocratique du Congo, comme LUCHA (Lutte pour le Changement)…» L’auteure n’en est pas à son premier texte : dès sa sortie de l’Institut des Arts de Diffusion en Belgique où elle apprend à jouer, elle écrit et monte Hippocampes une pièce chorale pour six acteurs, à Bruxelles.

Puis une rencontre déterminante avec Étienne Minoungou, organisateur des Récréâtrales de Ouagadougou, un festival qui a accouché de nombre d’auteurs remarquables, lui a donné l’occasion d’écrire pour des comédiens africains et de retrouver ainsi « la musique de la langue de mon papa, me racontant des histoires ». «J’ai appris à travers eux, ajoute-t-elle, la possibilité du chemin : le résultat n’est pas l’essentiel, tout reste en mouvement .»

 Laetititia Ajanohun  veut «porter une parole organique et engagée. Avec un rythme et une pulsation qui passe par le ventre.» Cette deuxième pièce d’une trilogie, bien construite, a fait l’objet d’une belle lecture, où la batterie discrète de Wilfried Manzaza soutenait les pulsations des mots vigoureusement portés par Moanda Daddy Kamono, Israeël Tshipamba, et Aminata Abdoulaye. Cette actrice sera l’interprète d’une pièce sur Joséphine Baker de la jeune auteure qui ne manque pas de projets.

Membre de la compagnie de Dieudonné Niangouna, les Bruits de la rue, basée à Paris, elle participe à des créations comme metteuse en scène ou comédienne. On la retrouvera aussi au prochain festival de lectures Prise Directe, à Lille, avec un projet d’écriture épistolaire Talking to each other  entre des collégiens du Nord et de migrants  guinéens mineurs, « ces héros contemporains ». Une démarche artistique aux enjeux importants.

 Mireille Davidovici

 Diffusion de la pièce  sur RFI dimanche 20 août à 12 h ; toutes  les pièces du cycle sont diffusées les dimanches à 12h, à partir du 30 juillet  sur rfi.fr : Fréquence Paris – RFI 89 FM / Abidjan – RFI 97,6 FM / Conakry – RFI 89 FM  Cotonou – RFI 90 FM / Dakar – RFI 92 FM / Lubumbashi – RFI 98 FM / Ouagadougou – RFI. Et en podcast sur http://www.rfi.fr/tag/ca-va-ca-va-le-monde/

Le Décapsuleur est publié aux Editions Passages/Tarmac, La Noyée à L’Harmattan et Les Mots sont manouches, chez Lansman.

 

Sortilège Cuivre d’Asie, mise en scène de Qu Yi.

 

Festival d’Avignon

Sortilège Cuivre d’Asie, mise en scène de Qu Yi

IMG_844Cette année, les Chinois ont investi le festival d’Avignon avec une dizaine de spectacles dans le off, et ils s’intéresse de plus en plus au paysage théâtral français. Un marché en plein développement. Taïwan participe déjà au festival depuis plusieurs années, mEnboim ais nous avons aussi découvert  le ballet troublant mis en scène par une jeune metteuse en scène, qu’interprètent trois hommes et deux femmes.

Qu Yi a adapté et mis en scène une légende,  Le Maître de porcelaine Zhu  de façon très sensuelle. Elle a fait travailler ses danseurs à partir du qi- gong et du tai chi chuan, afin qu’ils obtiennent  un parfait contrôle de leur corps. Son intention : montrer la connexion entre les humains et les génies locaux de la  terre, des rivières, des forêts, des montagnes… la Nature communiquant avec l’homme par leur intermédiaire.

On assiste ici à une sorte d’Eveil du printemps de Frank Wedekind (1864-1918) mais dansé, et parfois accompagné d’une voix off en chinois. Sous l’influence de Pina Bausch, Qu Yi donne aussi aux corps une grande liberté. Un dieu (Li Xialong) en costume d’opéra chinois-se transforme en une sorte de maître des cordes et maître des vies.  Il encercle une de ses disciples, (Tao Siye), entravant ses mouvements à la manière du shibari (bondage érotique japonais). Gu Nika interprète la fleur du mal avec violence et sensualité. Meng Fandi, la scribe écrit l’histoire de ce récit sur un parchemin qu’elle déroule au sol. Enfin Cao Junyi s’engage dans de beaux solos dynamiques.

A la fin du spectacle, les artistes invitent quelques spectateurs à partager ce rituel de vie. «A travers la danse, le théâtre n’est plus un théâtre mais un environnement, dit Qu Yi.  Aller sur ce plateau investi de symboles chinois, c’est quitter Avignon et la France pour entrer dans le champ asiatique.» De très beaux costumes, d’une grande sensualité, couvrent presque complètement le corps des danseurs. Qu Yi a offert au public un merveilleux voyage dans l’inconnu et une explosion des sens inhabituelle dans ce pays.

Jean Couturier

Ce spectacle a été présenté au Théâtre du Girasole, 24 bis rue Guillaume Puy, Avignon, du 7 au 28 juillet.

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