Traviata, vous méritez un avenir meilleur

(C) Pascal Gely

(C) Pascal Gely

Traviata, vous méritez un avenir meilleur, d’après La Traviata de Giuseppe Verdi, conception de Benjamin Lazar, Florent Hubert et Judith Chemla, mise en scène de Benjamin Lazar, arrangements et direction musicale de Florent Hubert et Paul Escobar

 Marie Duplessis, morte en plein carnaval en 1847, courtisane accusée de dévoiement puis héroïne au titre éponyme de La Traviata (1852) de Giuseppe Verdi, et sa vie comme sa mort ont inspiré nombre d’artistes. D’abord, sous le nom de Marguerite Gautier, ce fut la fameuse Dame aux Camélias du roman (1848) puis une pièce de théâtre (1852) d’Alexandre Dumas fils, son  ancien amant. Elle deviendra Violetta Valéry chez Giuseppe Verdi. La jeune femme-fantôme, fiction et réalité triviale-connut une vie brève mais intense, comme l’écho même de notre destinée.

 Benjamin Lazar explore, pour Traviata, vous méritez un avenir meilleur, l’imaginaire des années 1840, le Paris baudelairien du Spleen, le club des adeptes du haschich, comme Théophile Gautier, et le monde contemporain et plus âcre de Christian Tarkos. Il joue des anachronismes, des glissements d’une époque à l’autre auxquels se confronte la troupe de huit instrumentistes : violoncelle, flûte, contrebasse, accordéon, trombone, cor, clarinette et violon et mêlés aux acteurs et aux  chanteurs, convives rieurs, ils participent à la même fête et invite le spectateur à les rejoindre symboliquement.

 Cette fête musicale et fantasmagorique, imaginée par Benjamin Lazar, est splendide-théâtre et opéra mêlés, voix parlées et chantées-sous les yeux émerveillés du public pour dire les échos sonores et le miroir équivoque des frivoles jeux d’amour. Un immense voile de tulle couvre d’abord les interprètes, métaphore de celui qui envahit les poumons de Violetta-sublime Judith Chemla qui a une splendide voix de cristal et une belle humilité. La comédienne qui est aussi chanteuse lyrique,  exhale comme une fleur, une fraîcheur, une jeunesse et un souffle de vie incomparables. Et, au milieu du chaos de la fête, elle incarne une figure poétique propice à la méditation et à l’inspiration amoureuse.

 Rires, sourires et chœur instrumental s’ajoutent à la moquerie, à la  distance et à la grâce du spectacle. On s’amuse des propos farcesques et cyniques d’un interne en médecine qui parle de l’initiation mondaine aux drogues nouvelles. Le drame reste émouvant, quand le père vient demander à la jeune femme de ne plus importuner son fils  au destin bourgeois mais qui fréquente cette jeune prostituée. Mais ce jeune amant de Marguerite/Violetta connaîtra une belle passion douloureuse.

 Un univers de marché aux fleurs-avec terre, branches, bacs de culture et fleurs champêtres en bouquets-l’espace scénique accueille chanteurs et musiciens radieux. Les fleurs des champs, prés et sous-bois manifestent au plus près du public, l’assomption de la vie en son printemps, mais la mort n’en rôde pas moins alentour, sous une lumière qui s’assombrit. L’éclat de la fleur en fait le prix, et la palpitante Violetta, assume à la fois sa fragilité et sa beauté éphémère  On regarde ces jeunes gens au printemps de leur âge, dans un tableau chaos d’événements toujours recommencé…

 Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris XVIIIème jusqu’au 30 septembre. T : 01 46 07 34 50.

 


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