Catania, Catania d’Emilio Calcagno

Festival Le Temps d’aimer à Biarritz:

Catania, Catania d’Emilio Calcagno

IMG_878Le titre du dernier spectacle du chorégraphe sicilien invité à ce festival rappelle celui du superbe Palermo Palermo, créée par Pina Bausch en 1989 après une longue résidence dans cette ville et qui marquait le début d’une série de collaborations qu’elle et sa compagnie allaient entamer avec différentes villes ou pays: Hong-Kong, Lisbonne, Istanbul, Rome, Budapest, l’Inde…). 1989, c’est aussi l’année où le jeune Calcagno quittait la Sicile pour étudier la danse et faire carrière en France.

Il sera en effet danseur auprès d’Angelin Preljocaj pendant une quinzaine d’années avant de se lancer dans la chorégraphie. Quelques pièces importantes jalonnent déjà son parcours mais cette dernière création comporte toute l’émotion d’un retour aux sources. Catania, Catania est comme un cri lancé par Emilio Calcagno à sa ville natale, après vingt-sept ans d’absence. Un cri de rage, un cri d’amour. Mais bien sûr, si l’on s’attend à une analyse de la singularité sicilienne, une signification tant soit peu rationnelle ou poétique des rapports entre pouvoir et mafia, c’est raté.

Il s’agit ici d’une subjectivité brute, d’un afflux de souvenirs, réels ou imaginaires, transposés dans un climat baroque et halluciné, où il est question de mère toute puissante, de frustration sexuelle, de jalousies féminines et de jeux légèrement pervers. Emilio Calcagno déverse, dans le désordre le plus absolu-à l’image de sa ville-bouts d’enfance, bribes de catholicisme, bruits de marché et de processions, auxquels s’ajouteront au fur et à mesure, éparpillées sur le plateau, des tonnes d’oranges et de citrons, fruits à la sicilianité prononcée, et nombre de poubelles…

Le spectacle commence par une longue interview télévisée-qui avait fait scandale en Italie- par le journaliste Bruno Vespa, de Salvo Riina, fils du chef suprême de la mafia, Totò Riina, lors de la sortie de son livre-et peu après sa sortie de prison-Riina, Family Life. Ce préambule rappelle la réalité mafieuse où s’est embourbée la Sicile; le chorégraphe Calcagno nous le fait écouter, alors que les lumières du théâtre ne sont pas encore éteintes, comme pour l’éloigner de la fiction théâtrale et en souligner la réalité.

 Puis la question de la mafia est définitivement évacuée, et il n’y a plus qu’un vaste chaos orchestré par une violente musique électronique. Dix performeurs, à la gestuelle compulsive, se déchaînent avec passion pendant les cent minutes du spectacle. Performeurs et non danseurs ; il s’agit ici plutôt d’une sorte de happening. A part un moment de danse en groupe, assez convaincant, le reste n’est qu’une suite d’apartés en solos, duos ou trios, chacun avec sa propre partition, mais le tout semble très aléatoire, fragile et désordonné: peut-être la réalité de Catane?

Parmi les dix interprètes, tous très motivés, six Siciliens qui, bien sûr, ont une intensité particulière quand il s’agit d’évoquer la folie d’une île aussi belle, excessive, violente et insoumise qui a connu les Phéniciens, les Grecs, les Arabes, les Normands, les Espagnols… Et qui a donné des écrivains comme  Giuseppe Tommasi di Lampedusa, Luigi Pirandello, Leonardo Sciascia, une île toujours sous la menace d’un tremblement de terre ou d’une éruption volcanique.

Les répétitions ont eu lieu dans des studios près de Catane, au pied de l’Etna. La sensation d’urgence et la volonté de vivre à tout prix qui se dégagent de Catania, Catania doivent certainement aussi beaucoup à la présence si proche du volcan. A la fin, aux rythmes déchaînés du compositeur Pierre Le Bourgeois, succède la voix de Patty Pravo dans un tube des années 80, Un Pensiero stupendo, qu’Emilio Calcagno écoutait lors de son adolescence tourmentée, marquée par un désir irrépressible de danser, en opposition à un milieu où cela restait difficilement envisageable pour un garçon.

 Ce spectacle, cathartique s’il en est, lui donne l’occasion de régler ses comptes avec une ville pleine de vie, de bruit et de fureur, qu’il aime sans doute mais qui l’irrite tout autant. La sincérité de son propos, si elle rend sa pièce émouvante, comporte aussi un défaut inhérent à une passion mal maîtrisée.

Emilio Calcagno a le nez dans le guidon et nous sert tout en vrac! Et sa pièce ressemble un peu au foutoir d’un brocanteur où le client (en l’occurrence le spectateur) peut trouver  parmi un tas de vieilleries (en l’occurrence des lieux communs) quelques pépites. Mais il faut les chercher !

 Sonia Schoonejans

 

 

 


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