Les Noces de Betia de Ruzante

 

Les Noces de Betia de Ruzante, traduction de Claude Perrus, mise en scène de René Loyon

 

©Hervieux

©Hervieux

La pièce, dont c’est la création en France, est la deuxième d’Angelo Beolco dit Ruzante (1494/1542). «Natif de Padoue, il l’écrit à vingt-deux ans. Joyeuse et désordonnée, Les Noces de Betia mêle farce et thèmes médiévaux, à un ironique questionnement philosophique, dit René Loyon ( …) Il semble que la période que nous traversons, avec ses chamboulements spectaculaires et ses questionnements angoissés face à un futur indéchiffrable, mais aussi sa prodigieuse créativité, n’est pas sans rapport avec ce grand moment de bascule qu’a été, dans toute l’Europe, cette Renaissance née en Italie ».

Sur le plateau nu de la grande salle aux murs de pierre, Zilio et Nale se disputent les faveurs de Betia. Le valet insulte son maître : «Nous devisons d’amour, fous-toi le manche dans le cul !». On tente de les séparer. «Ah ! Pauvres crétins que vous êtes, je vous disais donc jeunes gens qu’Amour est un dieu et seigneur ! ».
Mais tous les trois sortent d’un repas bien arrosé : «Je dois aller fienter. Qu’est-ce donc que l’amour, c’est un tourment et une brûlure. (…) Avec l’argent, on peut faire ce qu’on veut, car il gouverne le monde. Mon cœur, je ne l’ai plus, il est avec ma Betia ! « Mais si vous voulez mon avis, dit le prétendant évincé, les femmes sont la peste de notre monde».

Betia épouserait bien ses deux amoureux: elle fait ses bagages et tente de s’enfuir. Mais sa mère la rattrape, l’insulte et la bat, puis se ravise et bénit le couple. C’est le plus pauvre qu’elle aura pour mari. Cette pièce à la langue savoureuse est interprétée avec brio par sept comédiens pleins d’humour. Ne ratez pas ce spectacle. 

Edith Rappoport

Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 15 octobre.


Archive pour 16 septembre, 2017

La Gentillesse par la compagnie Demesten Titip, mise en scène de Christelle Harbonn

 

La Gentillesse par la compagnie Demesten Titip, mise en scène de Christelle Harbonn

© Charlotte Michel

© Charlotte Michel

Chaque saison, le festival SPOT, concocté par le Théâtre Paris-Villette accueille des spectacles aux formes innovantes. Huit équipes d’artistes, venues de diverses régions, présentent des travaux hors-normes au Paris-Villette et au Grand Parquet, comme ce spectacle qui inaugure la manifestation …


 Qu’y a-t-il de commun entre l’Ignatius J. Reilly de La Conjuration de imbéciles et le Prince Mychkine de L’Idiot ? « En dépit de tout ce qui les sépare, les héros de ces romans ont pour point commun, d’agir dans la nudité de leurs émotions. (…) Tragiques, lunaires, grotesques, désaxés (…) » dit Christelle Harbonn qui les a fréquentés pendant un an, et a adapté des extraits de ces romans, avant de se lancer dans cette création et de construire avec les comédiens, une fable philosophique loufoque et poétique, qui explore le thème de la gentillesse et de son envers.

 D’un côté, une mère rêveuse et impulsive (Marianne Houspie) et ses deux filles, tout aussi imprévisibles. Sur cet embryon familial, vont se greffer Gilbert (Gilbert Traïna), un écrivain velléitaire, marginal, asocial, et paranoïaque. Sans emploi, il deviendra le toutou de ces dames. Arrive un intrus, au comportement singulier mais doux et humble. Trop sincère, il saute au cou de tout le monde et suscite ainsi des rivalités au sein du groupe. Face à cet “innocent“, la bonté affichée de chacun se fissure en jalousies mesquines ou en colères sourdes révélées par leurs rêves… La violence affleure.

 La pièce s’organise en une suite de tableaux titrés : Hors venue , Dérive ou Rupture… dans un décor de meubles défoncés, sous la menace de gravats tombant sporadiquement d’un immense plafonnier en forme de nuages. Le ciel se délite, quand il est question de la foi.  Thème cher à Fiodor Dostoïevski marqué pendant la rédaction de L’Idiot, par la découverte d’un tableau de Hans Holbein, Le jeune Christ mort, au musée de Bâle…Que l’on retrouve dans cette pièce, quand Adrien Guirand, dénudé, expose, sur un vieux canapé, tel un gisant, son corps d’éphèbe. On pense aussi à Théorème de Pier Paolo Pasolini. Belle image, à l’instar d’autres fantasmagories qui prennent forme sous nos yeux, au fil du spectacle.

Les voix off, un peu trop laborieuses et explicites, égrainent lors de cette séquence, les doutes existentiels des personnages. Pourtant, c’est bien là que, maladroitement, s’affrontent les univers du prince Mychkine et du héros de John Kennedy Toole.  Mais dans l’ensemble, le travail de mise en images comme les dialogues incongrus et percutants, contrebalancent les disputes idéologiques parfois trop présentes. Nous pénétrons avec plaisir au sein de cette tribu un peu bizarre et sympathique… mais pas si gentille que ça.

 Mireille Davidovici

Festival SPOT, au Théâtre Paris-Villette 211 avenue Jean-Jaurès Paris XIXème, et au Grand Parquet,  35 rue d’Aubervilliers Paris XVIIIème, du 15 au 30 septembre.

www.theatre-paris-villette.fr 

 

Les Beignes, texte et mise en scène de Matthieu Girard

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Le festival Zones théâtrales à Ottawa

Les Beignes, texte et mise en scène de  Matthieu Girard

 Zones théâtrales, un évènement biennal, met en vedette sept spectacles issus des communautés francophones des régions. Désormais sous la direction artistique de Gilles Poulin-Denis, le festival comporte sept spectacles, six lectures publiques et des « chantiers », laboratoires de recherche où le public est invité à assister aux répétitions et à découvrir les technologies les plus récentes utilisées pour la création scénique.

 On y  retrouve aussi La Pépinière d’artistes internationale, un atelier de travail avec dix-huit participants de huit pays francophones et seize jeunes créateurs du Canada encadrés par le metteur en scène congolais Abdon Fortuné Koumbha. C’était un  grand plaisir de le revoir après l’avoir rencontré au Tarmac à Paris où  il jouait  dans une mise en scène d’Hassane Kouyaté, directeur artistique de l’Atrium à Fort-de-France en Martinique. (voir Le Théâtre du blog). Gilles Poulin-Denis a eu aussi en effet l’excellente idée d’inviter des artistes  étrangers.

Les Beignes, une création du Théâtre populaire d’Acadie, participe d’une incursion fantaisiste dans le monde de la culture populaire, représentée par l’incontournable Tim Hortons, a ouvert le festival. Avec un regard caricatural de bande dessinée, ce spectacle grotesque et fascinant, possède une présence corporelle vibrante. Matthieu Girard prouve ici ses dons de chorégraphe, avec une maîtrise du rythme et un imaginaire qui puise  à toutes les sources possibles.

 Parti d’un argument tout à fait  banal: la vie de ceux qui passent leur temps dans les espaces  de  restauration rapide, pour s’évader d’une réalité désagréable,  la pièce évolue vers un cauchemar effrayant, indiqué, entre autres, par des transformations scénographiques  souvent faites au ralenti, et marquées par des  couleurs choquantes et de nombreux effets scéniques qui nous renvoient au plus profond de l’inconscient trouble de ces personnages.

 Le monde de Tim Hortons est, en fait, un piège séduisant, avec des gâteaux trop sucrés et multicolores qui font rêver et saliver, et qui répondent surtout aux besoins les plus pervers de cette petite communauté de frustrés. Pour Rosa,  obsédée par le souvenir d’un mari défunt, les paninis au chili con carne, remplacent les plaisirs d’une vie amoureuse qui lui est désormais interdite.

 Dans cette ambiance merveilleusement chaotique, David Losier incarne un Johnny féroce, au corps bourré d’énergie qui rappelle Meatloaf, la grande vedette enragée de la chanson populaire.  Participant avide aux concours du plus gros mangeur de beignes, Johnny, les cheveux au vent, le ventre en plein tremblement digestif, jouit de ces concours qui lui permettent  de manger d’énormes quantités de beignes jusqu’à en mourir. Il faut le voir s’empiffrer  pendant le concours Tim Hortons, sous les hurlements  de ses  camarades sadiques qui l’encouragent à continuer jusqu’à l’étouffement.

 Nous glissons peu à peu dans une vision freudienne d’un monde où Éros et Thanatos se disputent  la vie de ce pauvre Johnny qui est à la merci de ses pulsions les plus destructrices. Marco Ferreri avait bien capté cette ambiance  quasi suicidaire dans son film La Grande Bouffe  mais  Matthieu Girard y a inséré une prédatrice : Madame  Rosa en chaise roulante drague les jeunes, pour calmer ses souvenirs érotiques avec son défunt mari. Chaque panini au chili, préparé sur le plateau, devient ainsi un repas cannibalesque où, avec une force de jouissance quasi-mythique, le héros finit par mener tous ces pauvres vers leur destin.

La pièce avec une tendance morbide mais  insoupçonnée au départ,  finit par nous emporter, malgré certaines longueurs. Cette mise en scène pétillante d’un scénario cauchemardesque transforme Tim Hortons en une bande dessinée vivante pleine d’horreur comique  que Matthieu Girard et son équipe ont parfaitement réussie.

Alvina Ruprecht

Zones Théâtrales continue à Ottawa, jusqu’au 19 septembre.

 

Agatha de Marguerite Duras, mise en scène d’Hans-Peter Cloos

 

Agatha de Marguerite Duras, mise en scène d’Hans-Peter Cloos

©laurencine lot

©laurencine lot

Un appartement désaffecté aux murs défraîchis, avec des meubles épars à l’abandon. Trois grande portes ouvertes sur un couloir. Sur le mur de fond, les images défilent : un jardin en friche envahi par la végétation, des paysages de campagne. Un homme et une femme se retrouvent dans cet espace déserté. De retour sur les lieux de leur enfance…

 Agatha a convoqué son frère pour lui dire adieu et aussi combien elle l’aime. Mais elle va partir très loin avec un amant. Son frère la supplie de ne pas aimer cet homme, car lui, il l’a aimée comme personne. «Je vous aime comme il n’est pas possible d’aimer», lui dit-il. Elle a pris sa décision mais, le temps de la pièce, chacun va évoquer, inlassablement, cet amour impossible, interdit, et pourtant inégalable.

 Revenant sans cesse sur les petits riens du passé, sur les heures chaudes de leur désir, pendant les vacances au bord d’un fleuve… Passant du “tu“ au “vous“, ils se rapprochent et se tiennent à distance, face à face, et se remémorent leur complicité, leurs corps adolescents. La perfection de sa peau à elle, les valses de Johannes Brahms que lui, jouait au piano… Leurs mains fines, les yeux bleus de ces frère et sœur presque jumeaux… Sensuels en paroles.

« Il s’agit d’un amour qui ne se terminera jamais, qui ne connaîtra aucune résolution, qui n’est pas vécu, qui est invivable, qui est maudit, et qui se tient dans la sécurisation de la malédiction», écrit Marguerite Duras à propos d’Agatha qu’elle publie en 1981 et qu’elle porte à l’écran la même année, sous le titre Agatha et les lectures illimitées. Bulle Ogier sera Agatha à l’image dans un hall d’hôtel vide, au bord de la mer, tandis que l’auteure dialogue avec Yann Andréa en voix off.

Dans ce film de longs plans-séquences s’étirent au-delà du dialogue; de même, Hans-Peter Cloos a choisi de trouer cette conversation montée en boucle, avec des séquences filmées accompagnées d’une musique douce. Les images projetées sur la mur de pierre du Café de la danse, répondent à la mélancolie délétère du texte, tout comme le décor défraîchi de Mario Thelma. Dans cet espace en résonance avec la dévastation de l’inceste, les comédiens se livrent à un jeu de cache-cache, à la fois enfantin et désespéré.

Alexandra Larangot, tout juste sortie du cours Florent, maîtrise le verbe durassien dans toute sa subtilité, se meut avec aisance, et tient la dragée haute à un frère inconsistant. Florian Carove, qui a derrière lui une solide carrière franco-allemande, lui oppose un personnage contradictoire, nerveux, parfois hystérique. La lourdeur de sa composition se double de changements  fréquents de costume : il finit travesti en princesse Barbie rose. Clown ridicule, un couteau de cuisine à la main, il poignarde une poupée. Pourquoi cette multiplication de signes qui embrouillent, plus qu’ils n’éclairent, la prose introspective lancinante d’Agatha et ses propos complexes ?

Une mini-caméra numérique, que les comédiens tiennent tour à tour maladroitement, relaye l’action avec de gros plans. Tantôt sur eux, tantôt sur des vêtements épars, et longuement, sur la poupée sanglante. On arrive à saturation, d’autant que, sur le plateau, les images purement théâtrales ne manquent pas, et que la vidéo, projetée sur le mur du fond crée un riche arrière-plan.  

Ces divers artifices pour donner un coup de jeune et “réveiller“ une pièce qu’on jugerait par trop étale, ne nous ont pas convaincus et le rythme même du spectacle en souffre, même si Hans-Peter Cloos gère avec justesse la part du silence entre les mots. Ce silence qui justement appartient à l’inceste. Le secret de ce désir.

Mireille Davidovici

Café de la Danse, 5 passage Louis-Philippe Paris XIème. T. : 01 47 00 57 59 jusqu’au 7 octobre.
Le texte de la pièce est publié aux Éditions de Minuit.

Hamlet de William Shakespeare, mise en scène de Thierry Debroux

 

Hamlet  de William Shakespeare, mise en scène de Thierry Debroux

 

8472470158ee221246080Nous connaissons tous la pièce et le personnage d’Hamlet; cette mise en scène, beau résultat d’un travail de plus de six semaines nous plonge dans la constellation des personnages, avec une intelligente découpe du texte et surtout un brillant travail de groupe. Thierry Debroux a bien dirigé Itsik Elbaz qui crée un Hamlet attachant, aimable, drôle, torturé mais  qu ne se noie pas dans la tristesse. Il joue avec jubilation toutes les subtilités du texte et habite chacune de ses répliques.

 « Il y a, dit le metteur en scène,  quelque chose d’infiniment mystérieux chez lui et outre son talent immense et la fragilité qu’il dégage sur le plateau, il y a aussi cette inquiétude et ce tourment qui semblent l’habiter, et qu’il n’est donc plus nécessaire de « jouer. La dimension intuitive est essentielle dans notre métier, plus que la dramaturgie. A chaque fois que j’ai songé à Hamlet, je l’ai imaginé au cœur de la Russie du XIXème siècle, au cœur de cet empire où la question de «l’homme fort» capable d’administrer d’une main ferme un immense territoire, semble essentielle, encore aujourd’hui. »

Les autres personnages sont tout aussi bien interprétés:  le frère régicide, a quelque chose de séduisant avec parfois des accents d’Henri II, et nous devient aimable, la reine veuve puis remariée, est digne et complexe, Ophélie tombe par accident dans la folie, et il y a surtout un merveilleux Polonius. Le metteur en scène reconnait, avoir pour faire plus court, «tué quelques personnages et quelques répliques»  mais toute son équipe est  fortement impliquée, et joue avec cœur.
La scène finale des combats, orchestrée par Jacques Cappelle est à l’image de ce spectacle : dynamique et rythmée. Malgré quelques placements de mains ou de pieds un peu flous… mais bon, on ne chipotera pas. Et la scénographie de Vincent Bresmal est au service du texte : efficace et limpide. Le plateau est coupé en son milieu par quelques marches menant jusqu’au fond de scène. De grands châssis verticaux, parallèles au public, coulissent en fonction des scènes et délimitent les niveaux intérieurs ou extérieurs du palais. En fond de scène, apparait en vidéo le spectre du Roi. Comme les costumes d’Anne Guilleray très réussis, il y a ici tous les atouts réunis pour une belle réussite, surtout avec un texte aussi difficile qu’Hamlet…

Sylvie Suzor

Théâtre Royal du Parc, Bruxelles, jusqu’au 21 octobre.

 

 

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