La Gentillesse par la compagnie Demesten Titip, mise en scène de Christelle Harbonn

 

La Gentillesse par la compagnie Demesten Titip, mise en scène de Christelle Harbonn

© Charlotte Michel

© Charlotte Michel

Chaque saison, le festival SPOT, concocté par le Théâtre Paris-Villette accueille des spectacles aux formes innovantes. Huit équipes d’artistes, venues de diverses régions, présentent des travaux hors-normes au Paris-Villette et au Grand Parquet, comme ce spectacle qui inaugure la manifestation …


 Qu’y a-t-il de commun entre l’Ignatius J. Reilly de La Conjuration de imbéciles et le Prince Mychkine de L’Idiot ? « En dépit de tout ce qui les sépare, les héros de ces romans ont pour point commun, d’agir dans la nudité de leurs émotions. (…) Tragiques, lunaires, grotesques, désaxés (…) » dit Christelle Harbonn qui les a fréquentés pendant un an, et a adapté des extraits de ces romans, avant de se lancer dans cette création et de construire avec les comédiens, une fable philosophique loufoque et poétique, qui explore le thème de la gentillesse et de son envers.

 D’un côté, une mère rêveuse et impulsive (Marianne Houspie) et ses deux filles, tout aussi imprévisibles. Sur cet embryon familial, vont se greffer Gilbert (Gilbert Traïna), un écrivain velléitaire, marginal, asocial, et paranoïaque. Sans emploi, il deviendra le toutou de ces dames. Arrive un intrus, au comportement singulier mais doux et humble. Trop sincère, il saute au cou de tout le monde et suscite ainsi des rivalités au sein du groupe. Face à cet “innocent“, la bonté affichée de chacun se fissure en jalousies mesquines ou en colères sourdes révélées par leurs rêves… La violence affleure.

 La pièce s’organise en une suite de tableaux titrés : Hors venue , Dérive ou Rupture… dans un décor de meubles défoncés, sous la menace de gravats tombant sporadiquement d’un immense plafonnier en forme de nuages. Le ciel se délite, quand il est question de la foi.  Thème cher à Fiodor Dostoïevski marqué pendant la rédaction de L’Idiot, par la découverte d’un tableau de Hans Holbein, Le jeune Christ mort, au musée de Bâle…Que l’on retrouve dans cette pièce, quand Adrien Guirand, dénudé, expose, sur un vieux canapé, tel un gisant, son corps d’éphèbe. On pense aussi à Théorème de Pier Paolo Pasolini. Belle image, à l’instar d’autres fantasmagories qui prennent forme sous nos yeux, au fil du spectacle.

Les voix off, un peu trop laborieuses et explicites, égrainent lors de cette séquence, les doutes existentiels des personnages. Pourtant, c’est bien là que, maladroitement, s’affrontent les univers du prince Mychkine et du héros de John Kennedy Toole.  Mais dans l’ensemble, le travail de mise en images comme les dialogues incongrus et percutants, contrebalancent les disputes idéologiques parfois trop présentes. Nous pénétrons avec plaisir au sein de cette tribu un peu bizarre et sympathique… mais pas si gentille que ça.

 Mireille Davidovici

Festival SPOT, au Théâtre Paris-Villette 211 avenue Jean-Jaurès Paris XIXème, et au Grand Parquet,  35 rue d’Aubervilliers Paris XVIIIème, du 15 au 30 septembre.

www.theatre-paris-villette.fr 

 

 


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