Le Camion de Marguerite Duras, mise en scène de Marine de Missolz

Photo : Jean-Louis Fernandez

©Jean-Louis Fernandez

 

Le Camion de Marguerite Duras, mise en scène de Marine de Missolz

 Monter dans un camion, est-ce la même chose que monter dans un train et éprouver une euphorie, une résignation à ne pas être dérangé pendant plusieurs heures, soit une transition heureuse entre deux situations, comme l’écrit Virginie Despentes dans Vernon Subutex 3 ?

La situation ferroviaire décrite ici, en 2017 n’a rien à voir avec la situation routière du film de Marguerite Duras, Le Camion, (1977) donc quarante ans plus tôt,  où  deux personnages, Gérard Depardieu et Marguerite Duras ,elle-même imaginaient à voix haute le film qu’ils pourraient concevoir d’après un scénario dû à l’auteure surtout. On voit rouler un grand camion bleu traversant des paysages moroses , la Beauce autour de Chartres peut-être, et des zones industrielles et d’habitation en banlieue, des «cités d’immigration des Yvelines ».

 La femme est ici désignée comme « déclassée » et sans âge, et l’homme comme chauffeur et transporteur, militant du Parti communiste. Il écoute cette intruse, ou plutôt écouterait car le conditionnel privilégié revêt ici une belle valeur hypothétique de possible et d’espoir. Il évoque la géographie des lieux traversés, mer, vallées, plateaux mais aussi la fin du monde, la mort, la solitude de la terre dans le système planétaire, les nouvelles découvertes sur l’origine de l’homme, le prolétariat enfin, « dernier avatar du Sauveur suprême » et l’échec de son avènement.

 Nous avons l’impression d’une humanité humiliée et égarée, politiquement immature et désengagée, mais où reste la présence de l’amour, la seule chose qui compte encore. Dans le film, les deux personnages sont assis, et lisent leurs répliques dans un appartement. Son objectif à elle, est-il atteint, demande G.D., quand elle monte dans le camion ?

« M.D. : Oui, ils se trouvent enfermés dans un même lieu, pendant un certain temps, incarcérés, voyez, verrouillés, dans un même lieu, un certain temps, le principal est atteint. Ils voient le même paysage. En même temps. A partir du même espace. (Temps) Leur disparité aurait été l’objet même du film. Et leur enfermement dans la cabine du camion, l’espace premier. » Un deuxième homme, conducteur en alternance, dort dans la cabine à l’arrière,…

 La parole durassienne avec ses silences, pauses, attentes et réponses différées entre non-dits et poids implicite des mots, libère ses interrogations concernant la capacité existentielle de l’homme à vivre selon ses propres vœux et sa propre liberté.Marine de Missolz a joué avec les propos et la situation du Camion de Duras, donnant verbe et corps, à trois comédiens au regard habité, entre ombre et lumière. Laurent Sauvage prend en charge la partition de M. D. dans la grâce, assumant sa posture à la fois méditative et légèrement provocatrice, Hervé Guilloteau, à l’allure de cow-boy déjanté au comique facétieux, interprète G.D. qui écoute. Et Olivier Dupuy assiste aux échanges, spectateur ahuri et acteur à la fois.Sur le plateau sombre, brille une servante au-dessus d’une table de travail éloignée; les comédiens debout, arpentent le plateau, affrontent le public. En fond de scène, défilent à l’écran les images vidéo de Tesslye Lopez : archives, bribes de film, images psychédéliques des années 70/80 : vagues marines en fureur, champignon nucléaire d’Hiroshima.

Comme si tout désir de révolution ou de changement politique radical s’annonçait désuet ou révolu, nos trois amis revêtent la cotte de maille de chevaliers moyenâgeux égarés dans un temps qui n’est plus le leur, incompris et dévastés. L’humour et le sourire donne au propos poétique de Marguerite Duras, une note de gaieté,  et la musique de Matt Eliott, compositeur-interprète de dark folk anglais, berce le spectateur des boucles plaintives d’une guitare bienfaisante.

Un spectacle sincère qui s’amuse du temps qui passe et des valeurs à sauver, en dépit de tout.

 Véronique Hotte

Théâtre National de Strasbourg,. T : 03 88 24 88 24, du 12 septembre au 23 septembre.

MC 93-Maison de la Culture de Seine Saint-Denis à Bobigny, du 14 au 22 octobre.

TU  de Nantes, du 15 au 19 avril 2018.

 


Archive pour 18 septembre, 2017

Le Camion de Marguerite Duras, mise en scène de Marine de Missolz

Photo : Jean-Louis Fernandez

©Jean-Louis Fernandez

 

Le Camion de Marguerite Duras, mise en scène de Marine de Missolz

 Monter dans un camion, est-ce la même chose que monter dans un train et éprouver une euphorie, une résignation à ne pas être dérangé pendant plusieurs heures, soit une transition heureuse entre deux situations, comme l’écrit Virginie Despentes dans Vernon Subutex 3 ?

La situation ferroviaire décrite ici, en 2017 n’a rien à voir avec la situation routière du film de Marguerite Duras, Le Camion, (1977) donc quarante ans plus tôt,  où  deux personnages, Gérard Depardieu et Marguerite Duras ,elle-même imaginaient à voix haute le film qu’ils pourraient concevoir d’après un scénario dû à l’auteure surtout. On voit rouler un grand camion bleu traversant des paysages moroses , la Beauce autour de Chartres peut-être, et des zones industrielles et d’habitation en banlieue, des «cités d’immigration des Yvelines ».

 La femme est ici désignée comme « déclassée » et sans âge, et l’homme comme chauffeur et transporteur, militant du Parti communiste. Il écoute cette intruse, ou plutôt écouterait car le conditionnel privilégié revêt ici une belle valeur hypothétique de possible et d’espoir. Il évoque la géographie des lieux traversés, mer, vallées, plateaux mais aussi la fin du monde, la mort, la solitude de la terre dans le système planétaire, les nouvelles découvertes sur l’origine de l’homme, le prolétariat enfin, « dernier avatar du Sauveur suprême » et l’échec de son avènement.

 Nous avons l’impression d’une humanité humiliée et égarée, politiquement immature et désengagée, mais où reste la présence de l’amour, la seule chose qui compte encore. Dans le film, les deux personnages sont assis, et lisent leurs répliques dans un appartement. Son objectif à elle, est-il atteint, demande G.D., quand elle monte dans le camion ?

« M.D. : Oui, ils se trouvent enfermés dans un même lieu, pendant un certain temps, incarcérés, voyez, verrouillés, dans un même lieu, un certain temps, le principal est atteint. Ils voient le même paysage. En même temps. A partir du même espace. (Temps) Leur disparité aurait été l’objet même du film. Et leur enfermement dans la cabine du camion, l’espace premier. » Un deuxième homme, conducteur en alternance, dort dans la cabine à l’arrière,…

 La parole durassienne avec ses silences, pauses, attentes et réponses différées entre non-dits et poids implicite des mots, libère ses interrogations concernant la capacité existentielle de l’homme à vivre selon ses propres vœux et sa propre liberté.Marine de Missolz a joué avec les propos et la situation du Camion de Duras, donnant verbe et corps, à trois comédiens au regard habité, entre ombre et lumière. Laurent Sauvage prend en charge la partition de M. D. dans la grâce, assumant sa posture à la fois méditative et légèrement provocatrice, Hervé Guilloteau, à l’allure de cow-boy déjanté au comique facétieux, interprète G.D. qui écoute. Et Olivier Dupuy assiste aux échanges, spectateur ahuri et acteur à la fois.Sur le plateau sombre, brille une servante au-dessus d’une table de travail éloignée; les comédiens debout, arpentent le plateau, affrontent le public. En fond de scène, défilent à l’écran les images vidéo de Tesslye Lopez : archives, bribes de film, images psychédéliques des années 70/80 : vagues marines en fureur, champignon nucléaire d’Hiroshima.

Comme si tout désir de révolution ou de changement politique radical s’annonçait désuet ou révolu, nos trois amis revêtent la cotte de maille de chevaliers moyenâgeux égarés dans un temps qui n’est plus le leur, incompris et dévastés. L’humour et le sourire donne au propos poétique de Marguerite Duras, une note de gaieté,  et la musique de Matt Eliott, compositeur-interprète de dark folk anglais, berce le spectateur des boucles plaintives d’une guitare bienfaisante.

Un spectacle sincère qui s’amuse du temps qui passe et des valeurs à sauver, en dépit de tout.

 Véronique Hotte

Théâtre National de Strasbourg,. T : 03 88 24 88 24, du 12 septembre au 23 septembre.

MC 93-Maison de la Culture de Seine Saint-Denis à Bobigny, du 14 au 22 octobre.

TU  de Nantes, du 15 au 19 avril 2018.

 

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