Nouvelle saison au T2G

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La nouvelle saison au T2G

Le Théâtre de Gennevilliers était devenu Centre Dramatique National en 1983, soit dix-neuf ans après que Bernard Sobel en ait pris la direction. En 2007, Pascal Rambert lui succéda et Daniel Jeanneteau qui a été le directeur du Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine pendant neuf ans, inaugure cet automne sa première saison à la tête du T2G.

Scénographe de formation, il a, dit-il, «commencé sa vie dans le théâtre en accompagnant le travail des autres, puis a dirigé le Studio-Théâtre de Vitry-sur Seine,  et cette année a été candidat à la direction de ce grand centre dramatique, « modèle dangereusement fragilisé, parce que c’est en banlieue, à Saint-Denis, que je vis et que c’est aussi là que la place et la fonction de la création contemporaine sont les plus violemment interrogées. »

Daniel Jeanneteau, quand il a présenté sa saison, est revenu à plusieurs reprises sur la nécessité de la création: «Une nouvelle génération d’artistes s’engage aujourd’hui en prenant la direction des Centres Dramatiques Nationaux, réinventant les modalités de la rencontre et du partage, tout en affirmant la création comme fonction vitale de la communauté. C’est dans cet esprit que je veux mener mon aventure dans cette belle et grande maison, par un travail de renouvellement incessant, a fait l’une des scènes où la modernité s’invente. » (…) Tout a changé autour de nous et le théâtre français est bien en retard. Il y a une révolution à faire dans nos imaginaires et dans nos catégories. L’esprit est en retard sur les corps, et le monde va plus vite dans la rue. »

Daniel Jeanneteau a ainsi décidé de mettre en place des ateliers gratuits, libres, un jeudi sur deux, de 19h 30 à 23h, qu’il proposera aux habitants, surtout amateurs. Mais aussi un comité des lecteurs non professionnels, «dédié à la mise en commun de textes déjà portés à la scène ou non, édités ou pas encore, français ou traduits, collectés par Stéphanie Béghain. Lors de rencontres régulières, les discussions permettent de croiser, au fil des écrits, des préoccupations critiques, et pour quoi pas, de composer des dramaturgies communes. »
Et la Revue Incise, dirigée par Diane Scott et créée en 2014 au Studio-Théâtre de Vitry, sera désormais portée par le T2G. Daniel Jeanneteau a aussi privilégié les partenariats avec entre autres, l’IRCAM, le centre Georges Pompidou, et les théâtre voisins de Gennevilliers…

Et DUUU webradio dédiée à la création contemporaine fondée en 2012 et basée à Genevilliers, est dirigée par des artistes  (arts visuels, poésie, danse musique…). Elle émet en direct depuis des lieux de la ville, explore le territoire à la rencontre d’habitants et de collectifs, et a installé sa base au T2G.

Autre initiative : un projet avec Hideto Iwai, auteur et metteur en scène japonais, ancien «hikimori» : adolescent qui a vécu pendant quatre ans reclus dans sa chambre, coupé du monde. Il fait un théâtre très hybride entre amateur et professionnel, dit Daniel Jeanneteau qui l’a invité à Gennevilliers «pour tenter l’aventure d’une création en immersion dans la ville, avec pour objectif des représentations à l’automne 2018. »

Et le T2G rejoindra le projet de création d’un spectacle initié par l’Odéon-Théâtre de l’Europe, avec une vingtaine de jeunes participants de quinze à vingt ans habitant Paris, Clichy, Gennevilliers et Saint-Ouen, sous la direction de Clémentine Baert.

Le Café du Théâtre (avec wi-fi) ouvrira tous les après-midi dès 15h, et les soirs de représentation; par ailleurs, les terrasses végétalisées de quelque 2.000 m2 sur le toit du proche marché couvert seulement accessibles par le théâtre seront rénovées et utilisées comme espaces de rencontres et de potager pour le restaurant.

Du côté théâtre, plusieurs reprises de spectacles créés par Daniel Jeanneteau comme Les Aveugles de Maurice Maeterlink, La Ménagerie de verre de Tennesse Williams et du formidable Pauvreté, Richesse, homme et bête*, d’un auteur allemand trop peu connu en France, Hans-Henny Jahn (1894-1959) romancier, dramaturge, facteur d’orgue et éditeur de musique, antimilitariste et adversaire du nazisme, remarquablement mis en scène par Pascal Kirsch (voir Le Théâtre du Blog.

Reprise aussi-malheureusement-de Nous ne sommes pas repus d’après Le Déjeuner chez Wittgenstein, conception de Séverine Chavrier. Un spectacle assez prétentieux, bien peu apprécié par la critique dont nous-même ( voir Le Théâtre du Blog) et le public de l’Odéon. Mais Daniel Jeanneteau le considère, lui, comme un travail exemplaire de théâtre d’avant-garde ! Il y aura aussi plusieurs spectacles de danse dont celui de Christian Rizzo.

Du côté de la création, entre autres : un concert Music-hall d’Algérie des année cinquante avec le conservatoire Edgar Varèse de Gennevilliers, une adaptation de L’Iliade par Daniel Jeanneteau et Le Chat n’a que faire des souris mortes de Philippe Dorin, très bon écrivain de théâtre jeune public (voir Le Théâtre du Blog. Il y aura aussi  Blablabla, une création tout public, conception de L’Encyclopédie de la parole, mise en scène de , Price de Steve Tesch, mise en scène de Rodolphe Dana… Un spectacle de Lazare, un autre du Théâtre Déplié, co-animé par Adrien Béal et Fanny Descazeaux, et associé au Théâtre de Dijon-Bourgogne. Et le festival Impatience, consacrée aux très jeunes compagnies ou collectifs qui aura lieu à la fois à la Gaieté lyrique à Paris et au T2G.

Soit une programmation bien conçue mais sans grande surprise et orienté en grande partie vers la création, ce qui semble obséder un peu Daniel Jeanneteau. Mais on aurait bien aimé qu’il y ait au moins un classique, et/ou un spectacle de théâtre vraiment grand public, et drôle si possible. Par les temps qui courent, ce ne serait pas un luxe mais le comique a  souvent été le maillon faible du théâtre subventionné !

Désolé mais telle qu’elle apparaît, la programmation de Daniel Jeanneteau, pour intéressante qu’elle soit, tient davantage de celle du Studio-Théâtre-donc tirant plutôt vers la recherche et la création, mais sous un format plus grand et avec les moyens d’un Centre Dramatique National. Mais cela correspond-t-il aux besoins de la population de cette ville-où fut autrefois créée Le Mariage de Figaro,  est devenue à la fin du XIXème siècle, une ville industrielle avec usines diverses : voitures Ford, chimie, produits alimentaires, alcools, chaudronnerie, laboratoires pharmaceutiques, etc. Gennevilliers compte maintenant quelque 45.000 habitants, et plus de la moitié des jeunes de moins de dix-huit ans ont au moins un parent immigré ( Maghreb, Afrique…). Ce qui si on veut bien regarder les choses en face, change fondamentalement la donne.

Reste donc une véritable question : un Centre Dramatique, national comme celui-ci ou pas, peut-il encore contribuer à créer une cohésion sociale, ciment indispensable à la démocratie, et si oui, avec quel programme ?  En fait, nombre de Centres Dramatiques semblent à la recherche d’un nouveau paysage théâtral, en privilégiant souvent les nouvelles technologies et la création à tout prix, comme pour se rassurer sur leur avenir. Quant à la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen, obligée en juillet dernier de venir au secours de Régine Hatchondo, directrice des spectacles qui avait commis quelques déclarations injurieuses sur les Centres Dramatiques, elle n’a pas, semble-t-il, pas encore fixé de nouveau cap.

Daniel Jeanneteau a bien créé un système pass très libre et peu cher mais un programme comme celui qu’il propose, attirera-t-il les jeunes et la population locale au T2G plutôt que les enseignants et les cadres? On peut en douter et on aurait aimé un peu plus d’audace! Il y a bien une navette après les spectacles pour les Parisiens mais pas, semble-t-il, pour les habitants de Gennevilliers! L’horizon théâtral ne paraît pas, ici comme ailleurs, très dégagé et rien ne semble vraiment bouger… à l’image de la société actuelle. C’est pourtant une priorité pour le théâtre et le spectacle français en général.

Philippe du Vignal

Le T2G-Théâtre de Gennevilliers 41 avenue des Grésillons 92230 Gennevilliers. T: 01 41 32 2610. Accès ligne 13 arrêt Gabriel Péri.

*Pauvreté, Richesse, Homme et Bête, paru en 1948, a été traduit en 2008 par Huguette et René Radrizzani,  éditions José Corti.

 


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