La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, mise en scène de Géraldine Martineau

La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, mise en scène de  Géraldine Martineau

© Antonia Bozzi

© Antonia Bozzi

 C’est une pièce un peu à part, écrite en 1894, qui fait partie de “trois petits drames pour marionnettes”. Marionnette signifiant sans doute pour l’auteur belge “non-acteurs” ; et qui  serait plutôt comme « une ombre, un reflet, une projection de formes symboliques ou un être qui aurait les allures de la vie sans avoir la vie”.
Cette vision du théâtre, révolutionnaire à la fin du XIXème puisqu’elle allait l’encontre des conventions et dispositifs naturalistes de l’époque, ouvre tous les champs du possible aux metteurs en scène. Reste à en restituer toute la magie  de ce conte qui participe de celle d’une BD à la Billal…

Le grand Meyerhold y avait travaillé, mais seulement travaillé, et Tadeusz Kantor qui admirait beaucoup le grand metteur en scène russe, avait, encore très jeune, monté cette pièce qu’il recréa ensuite  à Milan où nous l’avions vue mais avec un plateau tournant et des sortes de pantins-automates  en bois articulés. Mais  malgré sa passion bien connue pour les  mannequins et les marionnettes, il n’avait pas réussi à bien remettre en vie et à surtout à en restituer toute la magie qu’il attribuait  à cette étrange Mort de Tintagiles, à la fois drame ésotérique et fable métaphysique où la fascination de la mort est, dès le titre, omni-présente. Comme dans tous ses autres spectacles, en particulier la célèbre Classe morte, ou  Wielopole, Wielopole, sur la boucherie de la guerre de 14 qui avait anéanti une grande partie de sa famille. Comme nous lui demandions un peu étonné par son choix, ce qu’il y trouvait, il avait dit: “Je t’expliquerai plus longuement mais… il est mort sans l’avoir fait!
Ensuite Claude Régy la monta au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, avec  tous   les personnages soit le jeune Tintagiles et ses sœurs, Ygraine et Bellangère, le vieil Aglovale, et leurs trois servantes.  Puis Denis Podalydès mit en scène  cette pièce avec de vraies marionnettes actionnées à vue par des acteurs (voir Le Théâtre du Blog).

La Mort de Tintagiles participe d’une sorte de conte que le metteur en scène doit rendre crédible, ce qui n’a rien d’évident! et où le spectateur doit faire l’effort d’entrer! Cela se passe sur une île où deux jeunes sœurs, Ygraine et Bellangère vivent là, en compagnie de leur vieux serviteur d’Aglovale, un vieux serviteur. Leur frère Tintagiles dont la mort est annoncée dès le début, va revenir. Habite aussi là la reine, leur grand-mère qui veut enlever Tintagiles à leurs sœurs.

Comme chez Claude Régy, Géraldine Martineau a choisi de tout faire baigner, d’abord dans une obscurité nocturne presque totale, puis dans une pénombre avec brumes figurées par des jets de fumigènes. Quand les scènes se passent dans le château, l’obscurité est un peu moins dense mais toujours dans une sorte de crépuscule où on voit à peine le visage des acteurs qu’elle dirige bien. Tous remarquables dans ce travail pas facile: Ophélia Kolb en particulier, Agnès Lhuillier, Evelyne Istria et Sylvain Dieuaide.  Et, aucun doute là-dessus, Géraldine Martineau sait créer de belles images, même si elle use et abuse un peu trop des éclairages latéraux rasants. Mais bon, voilà, rien à faire: ce texte hermétique nous a toujours paru aussi  peu convaincant sur le plan théâtral, et la magie qu’on s’attendrait à y trouver n’est pas au rendez-vous. Il y a cependant un beau moment, quand, dans la brume, Tintagiles joue de l’harmonium dont les sons plaintifs ont quelque chose de bouleversant. Une belle image!

Mais plus d’un siècle après sa création, monter La Mort de Tintagiles parait relever d’un vrai défi. Géraldine Asselineau a voulu, dit-elle: “suggérer l’indicible, cristalliser le temps, donner du volume au silence, telle est l’ambition de ce théâtre poétique, à fleur d’âme qui ouvre un champ de perception bouleversant.” Oui, mais voilà cette “expérience sensorielle et émotionnelle” pour éloigner la mort avec de simples mots, a bien du mal à fonctionner. Et d’émotion point! Ou si peu, malgré la qualité  de la direction d’acteurs !

La faute à qui? Sans doute pas à la mise en scène et à la direction d’acteurs mais à la langue d’un texte heureusement court (une heure quinze) aux couleurs assez artificielles d’un Moyen-âge avec château et belles princesses . Maurice Maeterlinck jongle sans cesse avec les paraboles poétiques et les silences, pour dire l’amour et la mort, sans parvenir vraiment à créer au théâtre un univers, qu’on ressent peut-être un peu mieux à la lecture où tous les champs du possible sont ouverts… Donc à vous de voir! Si vous êtes un amateur inconditionnel de la poésie de Maurice Maeterlinck, vous pouvez y trouver votre compte, mais sinon… il y a de quoi rester perplexe.

 Philippe du Vignal

 Théâtre de la Tempête, salle Copi, Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 22 octobre. T: 01 43 28 36 36.


Archive pour 24 septembre, 2017

La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, mise en scène de Géraldine Martineau

La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, mise en scène de  Géraldine Martineau

© Antonia Bozzi

© Antonia Bozzi

 C’est une pièce un peu à part, écrite en 1894, qui fait partie de “trois petits drames pour marionnettes”. Marionnette signifiant sans doute pour l’auteur belge “non-acteurs” ; et qui  serait plutôt comme « une ombre, un reflet, une projection de formes symboliques ou un être qui aurait les allures de la vie sans avoir la vie”.
Cette vision du théâtre, révolutionnaire à la fin du XIXème puisqu’elle allait l’encontre des conventions et dispositifs naturalistes de l’époque, ouvre tous les champs du possible aux metteurs en scène. Reste à en restituer toute la magie  de ce conte qui participe de celle d’une BD à la Billal…

Le grand Meyerhold y avait travaillé, mais seulement travaillé, et Tadeusz Kantor qui admirait beaucoup le grand metteur en scène russe, avait, encore très jeune, monté cette pièce qu’il recréa ensuite  à Milan où nous l’avions vue mais avec un plateau tournant et des sortes de pantins-automates  en bois articulés. Mais  malgré sa passion bien connue pour les  mannequins et les marionnettes, il n’avait pas réussi à bien remettre en vie et à surtout à en restituer toute la magie qu’il attribuait  à cette étrange Mort de Tintagiles, à la fois drame ésotérique et fable métaphysique où la fascination de la mort est, dès le titre, omni-présente. Comme dans tous ses autres spectacles, en particulier la célèbre Classe morte, ou  Wielopole, Wielopole, sur la boucherie de la guerre de 14 qui avait anéanti une grande partie de sa famille. Comme nous lui demandions un peu étonné par son choix, ce qu’il y trouvait, il avait dit: “Je t’expliquerai plus longuement mais… il est mort sans l’avoir fait!
Ensuite Claude Régy la monta au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, avec  tous   les personnages soit le jeune Tintagiles et ses sœurs, Ygraine et Bellangère, le vieil Aglovale, et leurs trois servantes.  Puis Denis Podalydès mit en scène  cette pièce avec de vraies marionnettes actionnées à vue par des acteurs (voir Le Théâtre du Blog).

La Mort de Tintagiles participe d’une sorte de conte que le metteur en scène doit rendre crédible, ce qui n’a rien d’évident! et où le spectateur doit faire l’effort d’entrer! Cela se passe sur une île où deux jeunes sœurs, Ygraine et Bellangère vivent là, en compagnie de leur vieux serviteur d’Aglovale, un vieux serviteur. Leur frère Tintagiles dont la mort est annoncée dès le début, va revenir. Habite aussi là la reine, leur grand-mère qui veut enlever Tintagiles à leurs sœurs.

Comme chez Claude Régy, Géraldine Martineau a choisi de tout faire baigner, d’abord dans une obscurité nocturne presque totale, puis dans une pénombre avec brumes figurées par des jets de fumigènes. Quand les scènes se passent dans le château, l’obscurité est un peu moins dense mais toujours dans une sorte de crépuscule où on voit à peine le visage des acteurs qu’elle dirige bien. Tous remarquables dans ce travail pas facile: Ophélia Kolb en particulier, Agnès Lhuillier, Evelyne Istria et Sylvain Dieuaide.  Et, aucun doute là-dessus, Géraldine Martineau sait créer de belles images, même si elle use et abuse un peu trop des éclairages latéraux rasants. Mais bon, voilà, rien à faire: ce texte hermétique nous a toujours paru aussi  peu convaincant sur le plan théâtral, et la magie qu’on s’attendrait à y trouver n’est pas au rendez-vous. Il y a cependant un beau moment, quand, dans la brume, Tintagiles joue de l’harmonium dont les sons plaintifs ont quelque chose de bouleversant. Une belle image!

Mais plus d’un siècle après sa création, monter La Mort de Tintagiles parait relever d’un vrai défi. Géraldine Asselineau a voulu, dit-elle: “suggérer l’indicible, cristalliser le temps, donner du volume au silence, telle est l’ambition de ce théâtre poétique, à fleur d’âme qui ouvre un champ de perception bouleversant.” Oui, mais voilà cette “expérience sensorielle et émotionnelle” pour éloigner la mort avec de simples mots, a bien du mal à fonctionner. Et d’émotion point! Ou si peu, malgré la qualité  de la direction d’acteurs !

La faute à qui? Sans doute pas à la mise en scène et à la direction d’acteurs mais à la langue d’un texte heureusement court (une heure quinze) aux couleurs assez artificielles d’un Moyen-âge avec château et belles princesses . Maurice Maeterlinck jongle sans cesse avec les paraboles poétiques et les silences, pour dire l’amour et la mort, sans parvenir vraiment à créer au théâtre un univers, qu’on ressent peut-être un peu mieux à la lecture où tous les champs du possible sont ouverts… Donc à vous de voir! Si vous êtes un amateur inconditionnel de la poésie de Maurice Maeterlinck, vous pouvez y trouver votre compte, mais sinon… il y a de quoi rester perplexe.

 Philippe du Vignal

 Théâtre de la Tempête, salle Copi, Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 22 octobre. T: 01 43 28 36 36.

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