Démons, d’après Lars Norén, adaptation et mise en scène de Lorraine de Sagazan

 

Démons, d’après Lars Norén, traduction de Louis-Charles Sirjacq et Per Nygen, adaptation et mise en scène de Lorraine de Sagazan

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 Un homme entre. Il tient un récipient qu’il range parmi les bouteilles du bar. Une urne ? Oui, et on apprendra plus tard qu’elle contient les cendres de sa mère. Sa femme l’accueille en déshabillé négligé. Il l’insulte, elle répond à peine. Assis de part et d’autre, en surplomb du plateau meublé de quelques sièges, le public est plongé dans l’enfer d’un couple en crise. Les démons portent ici les prénoms des interprètes: Lucrèce (Carmignac) et Antonin (Meyer Esquerré). Ils s’entredéchirent. Lui: « Je t’aime beaucoup mais je te supporte pas, vraiment pas, je peux pas te souffrir, mais je peux pas vivre sans toi. « Elle répond juste : « Pourquoi? »

Ainsi va un dialogue succinct où reproches et frustrations sont le ferment d’un amour/haine implacable. Ce petit jeu sado-maso à peine entamé, les comédiens prennent le public à témoin et le spectacle se poursuit dans un dialogue constant avec la salle. Le dispositif bi-frontal facilite cette complicité et les spectateurs, jeunes pour la plupart, répondent au quart de tour, aux sollicitations venues du plateau.

Lorraine de Sagazan s’inspire très librement de la pièce (1984): un procès instruit contre le couple par l’auteur mais en  n’en conservant que la fable et la trame. Et ici, des spectateurs remplacent les voisins invités par les protagonistes à boire un verre dans leur appartement. 

Le choix, radical et audacieux, de faire du public un partenaire n’est pas sans risques: ce psychodrame digne de Qui a  peur de Virginie Woolf, y perd de sa violence et de sa noirceur. Mais cette dédramatisation produit une pièce ludique où spectateurs et comédiens s’en donnent à cœur joie pour déjouer les démons qui sapent l’amour conjugal. Devant ce public très vivant, la marge d’improvisation reste importante à chaque représentation, et les acteurs s’en servent avec talent. La jeune fondatrice de la compagnie La Brèche bouscule, comme à son habitude, les codes de la représentation, pour offrir le théâtre en partage.

Mireille Davidovici

Le Monfort 106 rue Brancion Paris XVème.  T. : 01 56 08 33 88, jusqu’au 14 octobre.
www.lemonfort.fr


Archive pour 28 septembre, 2017

Moulla Miracles

 

Moulla Miracles de Moulla Diabi, collaboration artistique de Romain Thunin et création digitale de Clément Rignault.

« Quand l’histoire de la magie rencontre la technologie », un sous-titre révélateur du premier spectacle de Moulla Diabi, vingt-neuf ans, magicien et ingénieur diplômé de l’École supérieure d’informatique, électronique, automatique et spécialiste de la réalité virtuelle. Pendant ses études, il travaille la relation entre magie et nouvelles technologies et fonde ensuite la société Augmented Magic, avec son associé Gamgie, en partant d’un constat simple : les nouvelles technologies partout autour de nous, sont l’avenir. Alors, pourquoi ne pas les utiliser pour créer un spectacle de magie…

De tout temps, les illusionnistes, souvent  précurseurs, ont utilisé les progrès techniques, à l’insu des spectateurs, (sciences physiques, machines optiques, mécanique, horlogerie, électricité, électro-aimant,  télégraphe, télégramme et téléphone)… Aujourd’hui, à l’ère du numérique, des tablettes tactiles et des smartphones, beaucoup utilisent ces supports populaires pour produire de nouveaux effets magiques. Réalités virtuelle et augmentée  dans un monde troublant de réalisme: Avec Miracles, Moulla propose lui  une «magie augmentée » (effet de 3D en temps réel, (motion graphic, dispositif immersif, etc).

Avant  le spectacle, les spectateurs sont invités à se connecter avec un serveur en wifi, via leur téléphone portable, pour jouer avec des lucioles  projetées sur grand écran vidéo. Le public peut ainsi piloter une luciole lumineuse qui fait apparaître le titre du spectacle en forme de puzzle. Le rideau de scène s’ouvre sur l’écran où on voit en  animation le titre du spectacle. Moulla Diabi accroupi, en costume muni de diodes lumineuses, les saisit une à une  et les envoie à différents endroits de la scène. «Où suis-je ? » dit-il….

Il produit une bougie sous un foulard, qui disparaît ensuite!.  Après cette entrée en matière un peu gauche, il interroge le public: «Qu’est-ce qu’un miracle ? Ce qui n’est pas scientifiquement explicable. Si je prends cette luciole et si je la mets dans l’écran, ce n’est pas explicable. Si je transforme de l’eau en vin, ce n’est pas explicable… » Moulla Diabi réalise ainsi toute une série de «miracles» et finit par arracher quelques lettres virtuelles de l’écran, du mot : MIRACLES,  pour les produire en vrai sur scène. Le reste des lettres s’anime pour former le mot: MAGIE.

Ilinterroge de nouveau les spectateurs et leur demande à quoi leur fait penser le mot ? Nous avons alors droit à tous les stéréotypes du genre:  lapin, colombe, chapeau, baguette, foulards, cartes,  anneaux chinois… Les mots s’affichent en temps réel sur l’écran sous forme de dessins. « Ça, c’est la magie des années 50 qui se fait comme ça… » Le magicien prend un chapeau haut-de-forme et saisit l’image du lapin de l’écran qui réapparaît, sous forme de peluche dans le chapeau…. «J’adore, dit-il, la magie des années 60 et 70.» Sur un décor projeté de salle de théâtre et sur une musique de cabaret, le magicien enchaîne alors différentes routines classiques de magie moderne: les cordes (deux cordes en une), la production de foulards en cascade, l’apparition d’un grand foulard-paon… Puis les anneaux chinois,  la production de cartes finissant par une cascade sortant du chapeau,  le foulard transformé en canne, le ruban qui sort de la bouche, et l’apparition de confettis à l’éventail  (numéro dit: neige japonaise).

«Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie» a dit Arthur Clarke. L’écran s’anime et l’on voit le système solaire, différentes planètes puis la Terre. Nous arrivons dans un sous-bois où se trouvent des lucioles. Des parapluies volants arrivent dans l’image et narguent Moulla Diabi mais il les attrape un par un, en les extrayant de l’écran, pour les produire en vrai sur scène. Une tempête de parapluies s’abat sur le magicien qui en extirpe encore  de l’écran avant d’être frappé par la foudre, Et une dizaine d’autres tombent des cintres. La foudre s’abat sur le magicien  qui  s’effondre sur scène.

« D’où vient la magie?»  Moula Diabi va faire défiler avec un rétro-projecteur  des illustrations animées, ponctuées d’effets simples et distrayants.« La magie, dit-il, est présente depuis la nuit des temps, depuis la maîtrise du feu à la Préhistoire. Les premiers hommes cueilleurs-chasseurs ont créé la première illusion pour se nourrir, celle du piège à Mammouth, où ce dernier s’effondrait sur un sol creusé.  Plus tard, le même procédé sera utilisé dans la Grèce antique mais à des fins de divertissement sur les scènes des théâtres avec la trappe à apparition. Au Moyen Age, le Pape Edouard IX fait la chasse aux magiciens comparés à des sorciers. En 1584, Reginald Scot écrira le premier livre sur la magie en langue anglaise pour montrer que les magiciens utilisent des trucs et des manipulations et pour leur éviter le bûcher. Du coup, le livre sera brûlé. A la Renaissance, les bateleurs se produisent dans les rues, les foires et les marchés. »  Moulla produit alors des balles mousse et les transpose sur un spectateur, pour finir par une apparition de dix balles en main.

«Les bateleurs ont survécu, et on les trouve aujourd’hui dans les rues de Paris pratiquant le bonneteau, une escroquerie pour plumer les gens. » Mais ici les billets sont remplacés par des carambars et les cartes à jouer par des cartes représentant un lapin et deux croix. Le but: retrouver l’animal. A la fin de cette routine, la carte lapin disparaît et un petit lapin se matérialise en vrai dans la poche de chemise du spectateur).

«La magie est présente partout, elle s’illustre même dans la nature avec le caméléon qui change de couleur et se fond dans le décor… L’image que l’on a aujourd’hui du magicien est proche de Jean-Eugène Robert-Houdin, père de la magie moderne qui a créé et inventé de nouvelles illusions comme la suspension éthéréenne. » Cette fameuse lévitation est diffusée dans un extrait du film Monsieur Robert-Houdin (1966) de Robert Valey et Michel Seldow. Moulla Diabi prend place devant une image projetée de salon bourgeois. Sur l’écran, des lettres sortent d’une bouteille, se rassemblent en tas et tournoient pour faire léviter un parapluie virtuel. D’autres lettres jaillissent et font apparaître un parapluie rouge, qui est alors produit en vrai sur scène. Moulla lutte contre une pluie de lettres qui s’abat sur lui comme une tempête, ce qui a pour conséquence de le faire léviter à l’horizontale, sur une jambe, en référence à la suspension de Robert-Houdin. Un bel hommage…

« Après Robert-Houdin, les magiciens ne cesseront pas d’utiliser les inventions et les technologies de leur époque comme Georges Méliès qui créa les effets spéciaux avec le cinématographe… Faire de la magie aujourd’hui, ça veut dire quoi ? Nous avons tous des téléphones en permanence sur nous, autant les utiliser dans des tours… » Moulla prend un jeu de cartes et le fait défiler face en bas jusqu’à un stop lancé par un spectateur qui en choisit une. Cette dernière est perdue dans le jeu et retrouvée dans le téléphone portable du magicien (en image) et sort ensuite pliée en quatre mais… pour de vrai.

Moulla Diabi propose à une spectatrice une expérience avec un casque de réalité virtuelle, développé en collaboration avec Dassault Systèmes. Il teste d’abord les réflexes de la dame, en lui faisant ranger des parapluies sur scène. Sur une table, une boîte symbolise le lien entre réel et virtuel.  Il place ensuite un casque sur les yeux de la spectatrice et l’image qu’elle voit, est retransmise sur l’écran. Il s’agit de cartes face en bas sur fond bleu qui lévitent dans l’espace. La spectatrice avec une gâchette doit choisir une carte mentalement et au hasard, qui se retourne face en l’air. Toutes les cartes se retournent face en bas et sont mélangées. Elle est invitée à attraper une carte face en bas qui est remise dans le paquet face en l’air. Le paquet disparaît de l’écran pour réapparaître, dans un nuage de fumée, dans la boîte que la spectatrice ouvre et dont elle sort le jeu de cartes. Le magicien le met en éventail et une seule carte face en bas apparaît… : celle choisie par la spectatrice ! Ce voyage réinvente en fait Brainwave, un classique de la cartomagie. Comme l’avait si bien fait Alain Choquette avant lui, Moulla Diabi réinterprète brillamment cet effet populaire avec les dernières technologies d’imagerie virtuelle.

«Dans l’avenir, les magiciens cesseront ils d’exister ? Non, car le lien avec le public est fort et nécessaire. Mais à quoi ressemblera la magie du futur ?» poursuit Moulla Diabi qui fait passer un ballon géant dans la salle pour choisir aléatoirement des spectateurs qui doivent répondre à une question : «Dans le futur, sur quelle planète ira-t-on? Qui fera de la magie dans le futur ? Que fera-t-il apparaître ?  En quelle année? » Moulla Diabi en même temps écrit les choix des spectateurs sur une tablette tactile dont l’image est retransmise sur le grand écran. «Aujourd’hui, j’ai fait un croquis avant la représentation qui se trouve dans une enveloppe suspendue. »  Mais, à l’intérieur, il y a un  dessin sur papier,  identique à celui réalisé en direct ! Troublant!

Ensuite il invite le public à allumer son portable et demande à un spectateur de le rejoindre. Il regarde les applications du téléphone emprunté, gonfle un ballon et l’emprisonne dedans, comme pour l’habiller d’une  nouvelle coque de protection. Le téléphone cassé en miettes avec une plaque métallique est ensuite passé au mixeur. Quelques images sont envoyées sur l’écran vidéo qui reconstitue l’appareil à l’identique en gros plan. Moulla Diabi ouvre les applications du téléphone, et propose de prendre une photo avec le public. Le portable est retourné, et l’on voit la photo sur l’écran. «Vous voulez peut-être récupérer votre téléphone ? » demande-t-il et lui donne un tas de poussière dans la main. Il lui montre ensuite une boîte suspendue depuis le début et lui donne la clé pour ouvrir le cadenas. La boîte contient une autre boîte où l’on aperçoit un téléphone dans un ballon… celui du spectateur qui va dans la galerie photos  et y découvre le cliché pris plus tôt avec le public! Excellente routine avec un portable emprunté rappelant celle de Luc Langevin dans  Créateur d’illusions, avec en plus, une preuve photographique.

Un spectacle encore en rodage mais attachant… La partie démonstrative de magie moderne, un peu longue, mériterait quelques coupes. Moulla, Diabi, un personnage sympathique au sourire ravageur, pêche parfois par un trop plein d’enthousiasme, une énergie mal maîtrisée et une certaine maladresse et il devrait mettre l’accent sur les expériences de magie augmentée  tout à fait étonnantes.

 Quand la magie rencontre la technologie, un excellent sous-titre pour montrer l’apport des progrès techniques. Moulla Diabi plonge dans l’histoire de la magie blanche, met en lumière le travail de grands illusionnistes, crée des passerelles entre passé, présent et futur, pour mieux faire comprendre et évoluer cet art dans un souci de transparence, de filiation et de respect. Il ne travaille pas seul et remplace la rituelle assistante du magicien par un collaborateur, Clément Rignault, alias Gamgie. Ancien de Polytechnique  qui a travaillé chez Dassault Systèmes dans le domaine de la 3D en temps réel et réalité augmentée. Jamais sur scène mais en charge pour certains tours de la mise en place et la création de programmes spécifiques.

 Malgré l’impressionnante utilisation des nouvelles technologies, ce que propose Moulla Diabi ne se veut pas révolutionnaire, mais est plutôt la suite logique d’une tradition propre aux magiciens qui ont toujours un temps d’avance. Il faut saluer cette humilité car il aurait pu avoir la tentation de s’autoproclamer prophète d’une magie numérique. Le public fait à chaque fois un triomphe à ce jeune illusionniste qui mérite ce Un succès. Curieux, aimant partager ses recherches, il travaille en équipe pour faire évoluer sa discipline vers un nouvel âge numérique et hyper-connecté.

Sébastien Bazou

Spectacle vu au Palais des Glaces à Paris,  le 4 septembre.

Maison de la Magie à Blois, le 4 octobre

https://www.moulla.fr/

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Haute-Surveillance de Jean Genet, mise en scène de Cédric Gourmelon

 

©Vincent Pontet

©Vincent Pontet

Haute-Surveillance de Jean Genet, mise en scène de Cédric Gourmelon

En 1941, Jean Genet écrit trois livres avec la prison pour espace de vie: Le Condamné à mort, Notre-Dame des Fleurs et Pour la Belle, première version de Haute-Surveillance. L’auteur n’est alors qu’un petit délinquant récidiviste purgeant en prison une condamnation pour vol, une parmi d’autres qu’il accumule. La prison, selon Michel Corvin, lui a cependant  permis de faire le lien entre son passé d’aventurier( il côtoyait à la Santé, petits et grands voyous), et son présent d’exclu social, entre le froid et la faim, « trouvant dans l’écriture une revanche sur sa situation misérable : en en inversant les signes ».

Pour lui, les situations, langage et rêves inspirés de l’expérience carcérale  signifient paradoxalement une évasion loin des choses insignifiantes en vue d’une liberté sacralisée, versée dans l’essentiel : « Gloire, surhumanité, gémellité héroïque des criminels ». A travers son premier titre Pour la Belle, et jusqu’à Haute-Surveillance, pièce corrigée sans cesse et réécrite de 49 à 85, le personnage de Yeux-Verts et celui de Boule de Neige, invisible, représentent les héros du Mal. Haute-Surveillance raconte la réclusion de personnages en représentation, dont Jean Genet est à la fois le créateur et le héros, chacun voulant dominer l’autre d’une prétendue différence qui ferait supériorité avec une violence sourde et une tendresses déguisées.

Le théâtre permet d’être tour à tour le lâche et le caïd, l’impulsif et le calculateur, le criminel et le saint, le Surveillant: la conscience qui voit tout par le judas de la cellule. Et le public se voit, à sa manière, incarcéré avec les prisonniers selon le vœu de l’auteur. Yeux-Verts, le caïd, celui qui est allé le plus loin dans le crime selon une dialectique propre aux gros durs, quoique Boule de Neige qu’on ne voit jamais mais  souvent cité par Yeux-Verts dispose d’une aura souveraine instinctive. Une sorte de conte de Blanche-Neige à l’envers, avec un criminel et ses deux colocataires obligés,  et qui est l’assassin le plus dangereux.

Autour de Yeux-Verts, Maurice, petite frappe à belle gueule, et Lefranc, plus tourmenté, écrivain public pour Yeux-Verts qui correspond avec sa femme.Posséder vraiment Yeux-Verts, un fantasme, c’est posséder encore son épouse. Pour Cédric Gourmelon, l’absence de la femme crée la tragédie, absence qui pousse les hommes à s’autodétruire: séduction, soumission et rivalité.

Jalousie amoureuse  pour l’être aimé, qu’on soupçonne d’infidélité. « Comme jaloux, je souffre quatre fois : parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l’être, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l’autre, parce que je me laisse assujettir à une banalité : je souffre d’être exclu, d’être agressif, d’être fou et d’être commun. »écrivait Roland Barthes, dans Fragments d’un discours amoureux.

Ce poème partagé à quatre: échange, dialogue, invocation et provocation, s’accomplit tel un cérémonial et un sacrement  sur un plateau de butô, un espace circonscrit patiemment,  avec méthode et rigueur, de la part du Surveillant (Pierre-Louis Calixte) avec des gestes inscrits dans la douceur. Quant aux acteurs qui incarnent les trois prisonniers , Jérémy Lopez pour Lefranc, Sébastien Pouderoux pour Yeux-Verts et Christophe Montenez pour Maurice, ils ont intériorisé l’âme du butô, fascinés par leur propre image de criminel. Graves et songeurs, rivés à leurs obsessions intimes, ces éconduits éprouvent à vif et dans la solitude, leur blessure sentimentale, morale et sociale.

Une mise en scène fidèle au poème de Jean Genet, délicate et tendue à l’extrême.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du 16 septembre au 29 octobre, du mercredi au dimanche à 18h30. T. : 01 44 58 98 58

Opération Roméo Tchécoslovaquie, 1984


Opération Roméo Tchécoslovaquie, 1984 d’après Komunizmus, une comédie de normalisation de Viliam Klimacek, mise en scène d’Eric Cénat

operation-romeo-tchecoslovaquie-1984-une-comedie-de-viliam-klimacek-par-le-theatre-de-limprevu“Si vous aimez les romans d’espionnage, dit la note d’intention, ce spectacle est pour vous! Une galerie de personnages se voit entraînée dans des péripéties et histoires à rebondissements (…) Par référence au livre de George Orwell, 1984, l’auteur slovaque nous interroge: en obéissant à un régime totalitaire, l’être humain trahit-il ou protège-t-il ceux qu’il aime.”

 C’est l’histoire de Michal, un ancien directeur des Films Tchécoslovaques qui, viré, a été reclassé dans un service d’archives et qui s’isole souvent sur le toit-terrasse de son immeuble. Avec leur fils Viktor, un jeune étudiant en médecine, il va fêter l’anniversaire de son épouse dont le père, un écrivain surveillé de très près par le régime, ne peut même plus publier de livres. La famille est bien entendu aussi surveillée et sur écoute permanente dans leur appartement.

Michal sera interrogé par la police secrète mais on apprendra…qu’il en a aussi fait partie, pour avoir l’argent nécessaire  à l’achat de médicaments destinés à soigner son père atteint d’une grave leucémie contractée. Il avait été en effet envoyé à titre punitif dans les mines d’uranium dont l’URSS avait le plus grand besoin. Il mourra car ces médicaments avaient probablement été détournés pour guérir un personnage important qui avait lui, l’argent pour les acheter.

Mais la vérité va éclater et briser cette famille! La police montrera à Michal des photos de son épouse très très près d’un beau jeune homme! Et quand elle apprendra qu’elle a vécu la plus grande partie de sa vie avec un mari espion, elle décidera de le quitter aussitôt; et leur fils ne voudra jamais revoir son père… avant de devenir lui aussi  agent de renseignements. Au bout du rouleau, seul et épuisé, Michal se suicidera en s’électrocutant à l’enseigne lumineuse  représentant une étoile rouge avec les fameux marteau et faucille!

Bref, Viliam Klimacek, dramaturge et comédien, montre ici comment le pouvoir totalitaire peut avoir vite raison d’un individu et de sa famille. L’auteur, très connu en Slovaquie, connaît bien et pour cause, cette “normalisation” comme on disait,  d’intellectuels et artistes qui, dans les années 70,  furent pour des motifs souvent très légers, surveillés de près et obligés d’interrompre leur activité, sans même pouvoir s’enfuir de leur pays.

Sur scène, un cube adroitement conçu qui s’ouvre  sur un intérieur d’apppartement ou un bureau de police; au-dessus un petit toit terrasse, trop petit et sans  garde-fou,  où les comédiens oblige de monter par une échelle sur le côté ne semblent pas très à l’aise pour jouer.  Distribution franco-slovaque inégale même la direction d’acteurs dans l’ensemble tient la route. La mise en scène d’Eric Cénat, elle, va cahin-caha avec de beaux moments comme cet interrogatoire très anxiogène et oppressant: Michal voit ainsi défiler les photos projetées de sa jeune femme avec son jeune amant, accompagnées du commentaire du policier. Mais Eric Cénat plonge souvent le plateau dans une pénombre, ce qui ne favorise pas l’écoute d’un texte estouffadou, avec nombre de scènes un peu mélo, comme entre autres, un règlement de compte entre les deux époux qui frise le boulevard.

L’auteur surligne souvent des situations déjà un peu téléphonées et le metteur en scène aurait dû resserrer des dialogues pas toujours convaincants qui surtout, s’éternisent: cette heure et demi de plongée dans le passé communiste nous a paru longuette.

Un spectacle qui se laisse voir mais qui n’a rien d’incontournable! Enfin, une occasion de découvrir un auteur slovaque. A vous de choisir.

Philippe du Vignal

 Théâtre 13-Seine, 30 rue du Chevaleret, Paris XIIème jusqu’au 4 octobre.

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