La vie est un songe

 

©Antonia Bozzi

©Antonia Bozzi

La Vie est un songe de Pedro Calderon de la Barca, mise en scène de Clément Poirée

 

Indiscutablement, même si elle est difficile à monter, même si nous n’en comprenons pas tous les enjeux théologiques et métaphysiques, La Vie est un songe fait partie des pièces fondatrices de la culture européenne. Que les grands mots ne fassent pas peur : c’est une pièce populaire, grave et drôle, et ce pas uniquement du fait de la présence d’un valet bouffon, le «fou du roi» de cette bande de princes tous aussi fous les uns que les autres.

Le roi Basile (pléonasme de : roi) est fou d’astrologie et de prudence : les astres ont prévu pour lui un héritier tyrannique, il fait élever le bébé dans une tour, loin du monde. Rosaura, séduite et abandonnée par Astolfe a la folie de son honneur, et, déguisée en garçon, cherche sa soumission de femme. Clothalde, gardien loyal de la tour, a, lui aussi, la folie de la soumission, mais à son roi ; c’est de famille, il est , sans qu’elle le sache, le père de Rosaura. Astolfe et Etoile, les cousins héritiers indirects du trône, n’ont pour folie que d’être très contents d’eux-mêmes. Et Sigismond, le prisonnier ? Sa folie : il ignore et qu’il désire de toute ses forces, la liberté.

Donc, Basile teste son fils, qui, brusquement sorti de geôle, se voit remettre tous les pouvoirs, dont il abuse évidemment. Retour à la prison, et subterfuge : cette journée royale, il l’a rêvée, lui répète Clothalde. Mais Sigismond sait qu’il n’a pas rêvé : il a vu Rosaura, il a vu Etoile, révéré l’une, en des termes d’un poésie incroyablement raffinée pour un «sauvage», et tenté de violer l’autre…

Il sait que l’amour existe, et donc que tout cela était vrai. Délivré par une émeute populaire, il conquiert son royaume, jusqu’à comprendre, en exerçant le pouvoir, les limites et les contradictions du pouvoir. Et surtout, il finit par une sorte de pari pascalien : si la vie est un songe, parions que nos actes sont pourtant réels, et que nous devons en rendre compte. Supportons la frustration au nom d’un intérêt supérieur et d’un ordre réconciliateur. Régnons sur nous-mêmes : c’est aussi cela, devenir adulte.

La mise en scène de Clément Poirée permet d’entendre tout cela : la dimension politique et l’enjeu psychologique de la pièce. Il souligne surtout son humour : John Arnold joue un savoureux Basile dont les prévisions partent en débandade et Laurent Ménoret, un Clothalde bien mélancolique, empêtré dans ses calculs. Les jeunes premiers en restent à de plaisantes silhouettes (Louise Clodefy et Pierre Duprat). On regrettera que Rosaura (Morgane Nairaud) s’épuise dans le surjeu, même juste, et que le bouffon (Thibaut Corrion) soit en retrait. Reste Sigismond : Makita Samba ne cesse de l’approfondir, lui donnant une intériorité qui manque au reste de la distribution.

Pourquoi vouloir faire rire à tout prix ? Il faut faire confiance au public : il sait trouver le sel des situations et écouter l’ironie de l’auteur à l’égard de ses personnages. D’autre part  le grand plateau de la Tempête n’est sans doute pas un cadeau, pour cette pièce : après tout, il est question d’espaces confinés, de la tour à la cour, et même dans les entrevues secrètes de la guerre, et ce vaste espace fait traîner les choses, dans un scénographie hétéroclite.

Bref, on salue le choix nécessaire de La vie est un songe, on lui souhaite un public nombreux, mais on attend plus et mieux du nouveau directeur du théâtre de la Tempête.

Christine Friedel

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 22 octobre. T.: 01 43 28 36 36


Archive pour septembre, 2017

Francophonies en Limousin 2017/ Les auteurs à l’honneur

 

Francophonies en Limousin 2017/ Les auteurs à l’honneur

 

 

Trente-septième édition de ces rendez-vous francophones. Cette année Afrique, Suisse, Québec, Caraïbes se croisent avec des productions venues du monde arabe, comme le magnifique spectacle de l’artiste irakien exilé en Belgique, Mokhallad Rasem Body Revolution et la pièce de Jalila Baccar Violence(s) mise en scène par Fahdel Jaïbi( voir théâtre du Blog) que nous avions vus aux rencontres de Carthage (voir Théâtre du Blog). Le fameux duo tunisien poursuit sa peinture d’une société perturbée avec Peur(s). 

Ce focus sur la Tunisie est assorti de rencontres et d’une exposition de photos d’Augustin Le Gall: Sous les Jasmins/Histoire d’une répression en Tunisie, au Centre culturel Jean Gagnant. Sans oublier la danse avec Seifeddine Manaï, un jeune chorégraphe qui propose deux pièces de rue, en écho aux interrogations de son pays après la Révolution. Et deux ballets de Josse de Pauw, encore inédits en France. D’autres découvertes, souvent jouées pour la première fois, sont présentées pendant ces dix jours cosmopolites.

 L’imparfait du présent 

Très attendues par le public, ces lectures font toujours salle comble et témoignent de la présence permanente d’écrivains de tous horizons, résidents à la Maison des auteurs des Francophonies.Les commentaires dramaturgiques menés par Michel Beretti en présence de l’auteur qui suivent, contribuent largement au succès de la manifestation. Les apprentis-comédiens de l’Arts/Théâtre-Conservatoire royal de Mons (Belgique) ont prêté leur voix à ces œuvres. La contrainte était de ramener chaque pièce à soixante minutes, au risque de ne pas rendre compte au mieux des projets d’écriture…

lecture débat de Berlin Sequenz ©christophe Pean

lecture débat de « Berlin Sequenz » © Christophe Pean

Manuel Antonio Pereira, dont nous avions apprécié Permafrost, (voir Le Théâtre du Blog) s’est immergé dans les collectifs alternatifs de Berlin, pour écrire. Dans Berlin Sequenz, un jeune révolté parcourt la ville, cherchant des réponses à sa colère, et ne veut pas pactiser avec le système : «Nous capitalisons dès la naissance, en compétition sur le marché de la réussite ». En rupture avec les actions violentes des années soixante-dix et en l’absence d’alternative radicale, ces collectifs inventent d’autres modèles économiques.

La pièce analyse finement le mur dressé entre une jeunesse impatiente de vivre et une société capitaliste cruelle. Les désarrois du jeune homme s’expriment dans une prose rythmée, et une construction rigoureuse accompagne ses errances dans «la ville qui ne dort jamais »,  nous livrant des portraits sensibles de marginaux en tous genres, au fil des dialogues. Malgré son fort engagement politique, l’auteur belgo-portugais nous entraîne dans un voyage initiatique émouvant.

 

Représentation de « Gentil Petit Chien » aux Récréâtrales, de gauche à droite : le congolais David-Minor Ilunga et les stéphanoises Lou Chrétien-Février et Alicia Devidal. INÈS COVILLE

Représentation de « Gentil Petit Chien » aux Récréâtrales de Ouagadougou, ©INÈS COVILLE

Gentil Petit Chien d’Hakim Bah

Une clochard meurt avec son chien, en sauvant la jeune Ortie lors d’une attentat à la terrasse d’un café. Ortie ramène la dépouille du défunt dans son pays. L’homme, loin d’être accueilli en héros, va être maudit par une famille qui s’est fortement endettée pour lui payer le voyage. Il sera enterré comme un chien, et son chien à lui sera dépecé en viande de boucherie, et son cercueil revendu.

La jeune fille découvre, à ses dépens, la misère et les dérives d’une société pour survivre. Mêlant récit et dialogues, l’auteur qui vit entre sa Guinée natale et la France, nous balade entre deux continents, dans un constant jeu de miroir en fausse symétrie. Un regard ironique sur les blessures des uns et des autres, porté par une écriture à la croisée des genres. «  Le théâtre, dit-il, a cette générosité d’héberger la poésie et la fiction.»

 Nuit de Veille de Kouam Tawa

C’est la fête des Indépendances et, au village, on bat le tambour. Après les discours officiels, chacun prend la parole, pour dire sa vie, son destin, ses idées. Ces courts monologues, tous très écrits, constituent une mosaïque où se mêlent les bruits de la rue et les annonces,  jusqu’aux morts implorant qu’on ne les oublie pas.

L’écrivain camerounais s’est tourné vers le théâtre pour faire entendre les petites gens «porteurs d’une parole essentielle pour dire on est ensemble». Il déploie un vaste poème dramatique en forme de veillée libératoire, un impressionnant matériau pour un spectacle choral. Il a enthousiasmé et ému les spectateurs.

 Baby-Sitter de Catherine Léger

représentaion au Québec © Magali Cancel

représentation de « Baby Sitter » au Québec © Magali Cancel

Au regard des textes précédents, très investis, cette comédie peut sembler bien futile. Mais l’auteur québécoise propose ici une critique acide du politiquement correct qui affecte les sociétés occidentales. Un homme, qui a lancé en direct une blague sexiste à la télévision, fait la une de journaux et des réseaux sociaux. Viré de son travail, voué aux gémonies de ses proches, rejeté par sa femme, il décide d’écrire un livre pour présenter ses excuses… Une baby-sitter étrangement délurée vient semer la zizanie dans son couple et ébranler les dogmes féministes en vigueur. Une impressionnante machine à jouer comme les Québécois savent en faire: la plupart d’entre eux ont été formés à l’écriture à l’Ecole nationale de théâtre du Canada.

Point d’orgue de ces rencontres d’auteurs, trois prix ont été attribués cette année par de fidèles partenaires des Francophonies. Des extraits, lus par les élèves de l’Académie de théâtre de Limoges, nous ont donné à voir la couleur des pièces primées, et l’occasion d’apprécier leur style, et nous ont incité à poursuivre leur lecture.

 Prix SACD de la dramaturgie francophone

Sufo Sufo prix francophone SACD 2017

Sufo Sufo prix SACD dramaturgie francophone 2017

 

Il a été attribué à Debout un pied de Sufo Sufo. Dans un port, au bout d’une jetée, une femme attend le bateau d’un énigmatique capitaine. Un homme veut profiter du passage. Les embûches du voyage rapproche les deux candidats à l’exil… Vont-ils enfin embarquer ? Un narrateur démiurge (l’auteur camerounais en personne ?) manipule les personnages dans ce no man’s land cruel. La langue tendue et la construction en abyme offrent une belle matière à suspense.

Le Prix RFI Théâtre  

Il revient cette année à La Poupée barbue d’Edouard Elvis Bvouma, après Chemin de fer du Congolais Julien Mabiala Bissila en 2015, Tais toi et creuse de l’autrice libanaise Hala Moughanie en 2016, et Convulsions du Guinéen Hakim Bah. Suite à sa pièce, A la guerre comme à la Gameboy, histoire troublante d’un enfant-soldat, l’auteur camerounais, dans La Poupée barbue, donne la parole à une petite fille avec des mots tranchants comme la kalachnikov dont s’est emparée la gamine. Violent, le texte nous trouble par la beauté de la langue sans pourtant nous épargner les horreurs de la guerre civile. L’écrivain haïtien Dany Laferrière, président du jury annonce le résultat et loue  «la variété, la richesse a la fluidité des récits (…) le fil est tendu, tenu, va jusqu’au but et nous touche au cœur (…) une sorte de drôlerie qui est la seule lueur possible ».

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 Prix Etc_ Caraïbe

MAGALI SOLIGNAT et CHARLOTTE BOIMARE -© Christophe-Pean

MAGALI SOLIGNAT et CHARLOTTE BOIMARE -© Christophe-Pean

Cette association collecte et fait circuler des textes de théâtre dans toute la Caraïbe. Elle compte aujourd’hui quelques deux cents membres, de Caracas à Cuba, ou Haïti qui écrivent en français, créole, anglais, espagnol ou néerlandais. Depuis sa création, en 2003, à la Martinique, elle a permis aux écritures caribéennes d’être créées à Paris, à Bruxelles, le Québec  et la Caraïbe. Un véritable vivier comme en témoigne la pièce primée Black Bird dont nous avons entendu des extraits. Les  écrivaines Magali Solignat et Charlotte Boimare ont imaginé, à partir d’un fait divers sordide, l’assassinat d’un père par son fils, une comédie burlesque qui épingle la « jet ». Une belle énergie se dégage de cette comédie à quatre mains.

(A suivre)

 Mireille Davidovici

Les Francophonies en Limousin www.lesfrancophonies.fr. T. : (33) 5 55 10 90 10 Berlin Sequenz est publié aux éditions Espaces 34 et Baby -Sitter aux éditions Leméac.

Les manuscrits de Gentil Petit Chien et Nuit de Veille peuvent être demandés à la Maison des auteurs : n.chausse@les francophonies.fr

 

 

 

Entretien avec Guy-Pierre Couleau

Entretien avec Guy-Pierre Couleau

 Guy-Pierre Couleau-Vous allez célébrer les soixante-dix ans de ce qu’on a appelé encore la Décentralisation jusqu’à une date récente, soit  la création des Centres Dramatiques Nationaux, dont le premier à recevoir cette appellation fut celui de Colmar que vous dirigez depuis huit ans.  C’est une institution typiquement française et qui a, malgré tous ses défauts, fait ses preuves depuis longtemps.

-Oui, celui de Saint-Etienne avec Jean Dasté,  existait déjà mais c’est Jeanne Laurent-celle qui fit nommer Jean Vilar à la tête du T.N.P.-qui plaça André Clavé à la tête de la Comédie de l’Est à Colmar. Ce lieu reçut le label de Centre Dramatique en 1946 et André Clavé en prit les commandes  l’année suivante avec une troupe de dix-huit comédiens et… un seul technicien. Rien à voir donc avec l’intendance et les moyens actuels, on était dans une sorte d’artisanat, de fabrique de travail où on mettait l’accent sur la présence et  l’activité d’artistes en direction d’un public local.

Et justement, j’entends privilégier ce côté “fabrique de travail” que j’essaye d’expliciter dans mon livre En route vers le public. A Colmar (67.000 habitants), un pôle d’excellence industrielle, nous faisons tout pour nous rapprocher d’un public qui ne va pas au théâtre (exclus des banlieues de Colmar,  prisonniers, etc.) et nous allons souvent jouer dans de petites villes ou villages et dans des lieux non destinés au spectacle (gymnases, halles, salles des fêtes, médiathèques…). Et nous arrivons à 20.000 spectateurs par saison. Avec des petites formes d’auteurs comme Bertolt Brecht avec un cabaret  brechtien, Hannoch Levin, Harold Pinter… Avec chez nous, un prix moyen de 7€ la place, cela va de 5 € à 20 €.  Les jeunes, soit environ la moitié du public ont une carte culture, ce qui leur permet d’acheter leur place à 5, 50€.

-Que représente pour vous l’accès aux centres dramatiques, Scènes nationales et Scènes conventionnées, telle que l’a initié la France déjà avant mais et surtout depuis le moment où André Malraux fut ministre de la Culture?

-On ne s’en rend pas toujours compte chez nous mais cela a permis une véritable démocratisation de l’art,  avec trente-huit centres dramatiques: c’est un maillage exceptionnel à côté des grand théâtres nationaux. Et dont nous pouvons être fiers. Avec dans notre région Grand-Est , les centres dramatiques nationaux de Strasbourg, Reims, Nancy, Thionville et Colmar.

-Comment va se passer chez vous cet anniversaire de la Décentralisation?

-Cela concerne toute la Région du Grand-Est, ainsi pour cette anniversaire, j’ai voulu que ce soit un moment particulier soit l’occasion d’une réflexion et de retrouvailles entre amoureux du théâtre. Il y a aura une exposition photographique,  la projection d’ Une aventure théâtrale, Trente ans de decentralisation ( voir Le Théâtre du Blog), et j’ai invité du 28 au 30 septembre, mes six partenaires de la Région à venir présenter chacun une petite forme. Il y aura entre autres: Vincent Goethals, ex-directeur de Bussang, présentera Cancrelat de Sam Holcroft,  Jean Boilot du Nest-Thionville  directeur du du Nest-Thionville  viendra avec Ma langue pèle avec Isabelle Ronayette, une imitation de trois extraits de discours des Ministres de la Culture.

Directeur du Théâtre National de Strasbourg, Stanislas Nordey viendra faire une lecture de Ce que La Vie signifie pour moi, une sorte d’autobiographie de Jack London, etc. Et je reprendrai Don Juan revient de guerre d’Ödon Vön Horvath. Il y  aura aussi une table ronde à destination du public.  Et trois à quatre événements par jour auxquels donnera droit un passe à 5 € pour l’ensemble du festival.

-Vous avez aussi un volet formation? -Oui, il y a en dehors de l’Ecole supérieure du T. N. S. et de la classe d’art dramatique du Conservatoire de Colmar, ce nous appelons l’Acteurs Studio, destiné à faciliter l’insertion professionnelle de six jeunes comédiens.

 -Comment se gère un Centre Dramatique National comme le vôtre?

- Notre budget est alimenté par l’Etat c’est à dire par la Nation toute entière, à hauteur de 45% et par la Région, le Département, la Ville. Nous avons eu la possibilité cette année d’avoir cent représentations en tournée en France,  un peu en Suisse et en Allemagne pour rentabiliser au maximum nos spectacles, et nous avons aussi quelques mécénats pas seulement en argent mais aussi en prestations comme Monoprix  pour des goûters.

En Alsace, vieil héritage local, nous avons une particularité: nous sommes les seuls centres dramatiques sous le régime de l’association type loi 1907 (et non 1901)…Ce qui veut dire qu’à la fin de l’année, nous devons ni avoir pertes ni bénéfices.  D’où la nécessité d’avoir un volume de travail suffisant pour avoir des recettes propres. Mes collaborateurs et moi-même sommes payés selon la grille SYNDEAC et la grille des salaires va de 1 à 2,5, alors que la moyenne nationale dans le secteur privé va de 1 à 7.

-Ce moment d’anniversaire est un événement particulier pour votre ville?

-Bien sûr, ce sera à la fois un regard sur le passé mais  aussi et surtout l’occasion de tracer des perspectives d’avenir… Nous essayerons de montrer que théâtre et démocratie, art et liberté, sens et solidarité, restent des partenaires indissociables pour nous tous. Le théâtre pour moi, comme il le fut pour mes prédécesseurs, les pionniers de la Décentralisation, est un formidable gage de liberté de penser dans une démocratie et permet de rendre concrète une certaine forme de citoyenneté grâce à la pratique artistique.

Cette démocratisation de l’art théâtral me semble fondamentale aujourd’hui et nous devons la défendre face au terrorisme et à la violence. Il n’y a aucune fatalité!  La seule réponse à apporter à la peur et à la haine, doit être celle de l’intelligence de l’art et du respect de l’autre.

Philippe du Vignal

Festival du 28 au 10 septembre, Comédie de l’Est-Centre Dramatique National d’Alsace 6 route d’Ingersheim 68027 Colmar. T: 03 89 24 31 78.

La Maison Maria Casarès

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La Maison Maria Casarès

 

images« Maria Casarès, comme vous le savez, a eu une carrière exceptionnelle. Son enfance fut assez tragique. Elle était la fille du Premier ministre de la jeune république espagnole.(…). Avec sa famille, elle dut s’enfuir. L’exil, donc. La France. Paris. Très vite, le théâtre. (…) Un jour, c’était vers la fin de la guerre, quelqu’un lui présenta un auteur de théâtre jeune et séduisant. (…). Elle fut engagée pour jouer dans sa première pièce qui s’appelait Le Malentendu. Elle y fut très intense, vibrante,(…) . Albert Camus tomba sous le charme.
Elle joua aussi à la création, des Justes. Et puis dans État de siège quelque temps plus tard. Il l’adorait toujours.(…). Et puis un jour, Camus est mort. Dans un accident de voiture. Pour Maria, ce fut un évènement terrible. Elle commença à dépérir (…) Quelques amis ont alors eu l’idée de lui faire acheter une maison. »

 Ainsi commence Les Fantômes d’Alloue, conte imaginé par Rémi de Vos pour accompagner une visite théâtralisée dans le domaine de La Vergne, lors du premier festival d’été de la Maison Maria Casarès. Cinq hectares de prés et d’îles au bord de la Charente. Une grande maison flanquée de tours, des communs qui délimitent une vaste cour intérieure ombragée. Située au cœur de la Charente limousine, à équidistance de Poitiers, Angoulême et Limoges, le lieu tient son nom des vergnes, c’est-à-dire des aulnes, le long de la nonchalante rivière.

 « La maison de Maria Casarès, poursuit Rémi de Vos, c’est ça : un puissant antidote au chagrin, à la douleur d’aimer, à la perte irrémédiable. Parfois, dans la maison, on entend des bruits étranges. On sent une présence. Là-haut, dans la bibliothèque, il y a des livres d’Albert Camus. Certains sont dédicacés. (…) . »Selon le conte, d’autres fantômes peupleraient les lieux : Jean-Paul Sartre, Paul Claudel et Jean Genet « qui ne se fréquentaient pas de leur vivant, et s’ignorent tout autant fantômes. Et comme Maria est ici, ils sont bien obligés de venir ! (…). Le dernier auteur qui hante parfois ces murs s’appelle Bernard-Marie Koltès(…). Bernard-Marie Koltès avait vu Maria Casarès jouer Médée quand il était jeune et sa vie en avait été transformée. (…) C’est elle qui lui avait inoculé la passion du théâtre à vingt ans et là, des années plus tard, elle créait une de ses pièces sous la direction de Patrice Chéreau. Pas mal ! Il vient pour Maria qui le retrouve dans ce théâtre qu’elle n’a pas connu. »

 Aujourd’hui  un théâtre a été créé dans l’ancienne grange, ainsi que des logements pour accueillir de jeunes équipes de création. Quand Maria Casarès, sans héritiers, fit don de La Vergne, à la commune d’Alloue, bourg de cinq cents habitants, pour « remercier la France d’avoir été une terre d’asile  », le maire, en toute logique, chercha conseil auprès de la Maison Jean Vilar, à Avignon, étant donné le long compagnonnage de la comédienne avec le Théâtre National Populaire. Ainsi naquit et prit corps, impulsée par sa directrice Véronique Charrier et son président François Marthouret, un centre de résidence et de création la Maison des Comédiens Maria Casarès …

 Depuis janvier 2017, Mathieu Roy et Johanna Silberstein, fondateurs de la compagnie du Veilleur à Poitiers, se partagent la direction du lieu avec des projets plein les cartons. « Quatre axes de développement, explique Johanna Silberstein : théâtral, agricole, pédagogique et numérique, afin d’ouvrir la maison vers l’extérieur, et de favoriser les rencontres entre les acteurs de ces différents domaines culturels  »

 L’axe théâtral se décline en saisons : au printemps des équipes de jeunes créateurs choisies par un jury répètent leur spectacle pendant un mois et le montrent à l’issue de cette résidence. A l’automne, ils reviennent, présenter des maquettes aux “Rencontres jeunes pousses“, devant un public local et des professionnels. Cette première année, après un appel à projet, les dossiers de soixante-quinze candidats, sortis des écoles nationales ou privées depuis moins de cinq ans, ont été examinés par les jurés, et quatre ont été retenus. Les équipes bénéficient ensuite d’un accompagnement artistique et administratif, pour la diffusion de leur spectacle.

En été un festival, « pour sortir du laboratoire et ouvrir sur le territoire », permet au public de la région, Charentais et vacanciers, de découvrir ce lieu de mémoire tout en assistant à des spectacles. Il a été inauguré cette année avec trois productions issues du répertoire de la compagnie du Veilleur, exploitées pendant un bon mois. Mille cinq cents entrées. Johanna Silberstein n’exclut pas d’inviter bientôt d’autres compagnies.

L’axe agricole en gestation verra la mise en place des expériences de permaculture sur le domaine, avec des associations de paysans et des lycées agricoles. La plantation d’un « jardin remarquable » est à l’étude. L’axe pédagogique se met en place: d’ores et déjà, des élèves visitent le domaine, et la maison est associée à l’université de Poitiers. Culture et agriculture, ces deux domaines d’enseignement font ici bon ménage. Un travail de mémoire est aussi entamé : un groupe d’architectes urbanistes et paysagistes va établir l’inventaire du bâtiment, du mobilier et du paysage, afin d’étudier comment la mémoire de Maria Casarès cohabite et se prolonge avec les projets futurs

 Le quatrième axe, encore en jachère, se situe dans le domaine du numérique, en association notamment avec le pôle d’images animées d’Angoulême. Il s’agirait d’accueillir de jeunes artistes, en lien ou pas avec de projets théâtraux, la création numérique étant de plus en plus présente sur nos scènes, de manière pas toujours bien maîtrisée .

 Avec cet ambitieux programme, Mathieu Roy, metteur en scène et Johanna Silberstein, comédienne et enseignante, à la tête d’une toute petite équipe, visent à créer un site polyculturel ouvert au public au rythme des saisons, pour s’inscrire dans une action territoriale, grâce au rayonnement qu’offre la grande région Nouvelle Aquitaine. A ce titre, l’Office artistique région Nouvelle Aquitaine (OARA) y installe une antenne poitevine. La maison Maria Casarès veut aussi s’ouvrir à l’international car elle bénéficie de deux labels : elle s’inscrit dans le réseau des Centres culturels de rencontre ( comme par exemple la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon) et celui des Maisons des illustres ( à l’instar de la Maison Jean Vilar). On y accueille des écrivains dans le cadre de d’échanges internationaux : cette année un réalisateur syrien, l’an prochain un dramaturge iranien…

Productions artistiques, agricoles, enseignement, échanges et transmission, ainsi le jeune et généreux binôme envisage-il les divers productions de La Casa Casarès.

 Mireille Davidovici

 Propos recueillis pendant les rencontres jeunes pousses du 18 septembre, auprès de Johanna Silberstein.

 Maison Maria Casarès, Domaine de la Vergne 16490 Alloue. T. 05 45 31 81 22 www.mmcasares.fr

 

La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, mise en scène de Géraldine Martineau

La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, mise en scène de  Géraldine Martineau

© Antonia Bozzi

© Antonia Bozzi

 C’est une pièce un peu à part, écrite en 1894, qui fait partie de “trois petits drames pour marionnettes”. Marionnette signifiant sans doute pour l’auteur belge “non-acteurs” ; et qui  serait plutôt comme « une ombre, un reflet, une projection de formes symboliques ou un être qui aurait les allures de la vie sans avoir la vie”.
Cette vision du théâtre, révolutionnaire à la fin du XIXème puisqu’elle allait l’encontre des conventions et dispositifs naturalistes de l’époque, ouvre tous les champs du possible aux metteurs en scène. Reste à en restituer toute la magie  de ce conte qui participe de celle d’une BD à la Billal…

Le grand Meyerhold y avait travaillé, mais seulement travaillé, et Tadeusz Kantor qui admirait beaucoup le grand metteur en scène russe, avait, encore très jeune, monté cette pièce qu’il recréa ensuite  à Milan où nous l’avions vue mais avec un plateau tournant et des sortes de pantins-automates  en bois articulés. Mais  malgré sa passion bien connue pour les  mannequins et les marionnettes, il n’avait pas réussi à bien remettre en vie et à surtout à en restituer toute la magie qu’il attribuait  à cette étrange Mort de Tintagiles, à la fois drame ésotérique et fable métaphysique où la fascination de la mort est, dès le titre, omni-présente. Comme dans tous ses autres spectacles, en particulier la célèbre Classe morte, ou  Wielopole, Wielopole, sur la boucherie de la guerre de 14 qui avait anéanti une grande partie de sa famille. Comme nous lui demandions un peu étonné par son choix, ce qu’il y trouvait, il avait dit: “Je t’expliquerai plus longuement mais… il est mort sans l’avoir fait!
Ensuite Claude Régy la monta au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, avec  tous   les personnages soit le jeune Tintagiles et ses sœurs, Ygraine et Bellangère, le vieil Aglovale, et leurs trois servantes.  Puis Denis Podalydès mit en scène  cette pièce avec de vraies marionnettes actionnées à vue par des acteurs (voir Le Théâtre du Blog).

La Mort de Tintagiles participe d’une sorte de conte que le metteur en scène doit rendre crédible, ce qui n’a rien d’évident! et où le spectateur doit faire l’effort d’entrer! Cela se passe sur une île où deux jeunes sœurs, Ygraine et Bellangère vivent là, en compagnie de leur vieux serviteur d’Aglovale, un vieux serviteur. Leur frère Tintagiles dont la mort est annoncée dès le début, va revenir. Habite aussi là la reine, leur grand-mère qui veut enlever Tintagiles à leurs sœurs.

Comme chez Claude Régy, Géraldine Martineau a choisi de tout faire baigner, d’abord dans une obscurité nocturne presque totale, puis dans une pénombre avec brumes figurées par des jets de fumigènes. Quand les scènes se passent dans le château, l’obscurité est un peu moins dense mais toujours dans une sorte de crépuscule où on voit à peine le visage des acteurs qu’elle dirige bien. Tous remarquables dans ce travail pas facile: Ophélia Kolb en particulier, Agnès Lhuillier, Evelyne Istria et Sylvain Dieuaide.  Et, aucun doute là-dessus, Géraldine Martineau sait créer de belles images, même si elle use et abuse un peu trop des éclairages latéraux rasants. Mais bon, voilà, rien à faire: ce texte hermétique nous a toujours paru aussi  peu convaincant sur le plan théâtral, et la magie qu’on s’attendrait à y trouver n’est pas au rendez-vous. Il y a cependant un beau moment, quand, dans la brume, Tintagiles joue de l’harmonium dont les sons plaintifs ont quelque chose de bouleversant. Une belle image!

Mais plus d’un siècle après sa création, monter La Mort de Tintagiles parait relever d’un vrai défi. Géraldine Asselineau a voulu, dit-elle: “suggérer l’indicible, cristalliser le temps, donner du volume au silence, telle est l’ambition de ce théâtre poétique, à fleur d’âme qui ouvre un champ de perception bouleversant.” Oui, mais voilà cette “expérience sensorielle et émotionnelle” pour éloigner la mort avec de simples mots, a bien du mal à fonctionner. Et d’émotion point! Ou si peu, malgré la qualité  de la direction d’acteurs !

La faute à qui? Sans doute pas à la mise en scène et à la direction d’acteurs mais à la langue d’un texte heureusement court (une heure quinze) aux couleurs assez artificielles d’un Moyen-âge avec château et belles princesses . Maurice Maeterlinck jongle sans cesse avec les paraboles poétiques et les silences, pour dire l’amour et la mort, sans parvenir vraiment à créer au théâtre un univers, qu’on ressent peut-être un peu mieux à la lecture où tous les champs du possible sont ouverts… Donc à vous de voir! Si vous êtes un amateur inconditionnel de la poésie de Maurice Maeterlinck, vous pouvez y trouver votre compte, mais sinon… il y a de quoi rester perplexe.

 Philippe du Vignal

 Théâtre de la Tempête, salle Copi, Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 22 octobre. T: 01 43 28 36 36.

Tarkovski, le corps du poète

 

Tarkovski, le corps du poète, texte original de Julien Gaillard, extraits de textes de Antoine de Baecque et Andreï Tarkovski, mise en scène, montage de textes et scénographie de Simon Delétang

 

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©Jean-Louis Fernandez

 La démarche est poétique, hors de l’unité dramatique conventionnelle et s’accomplit dans la contemplation faite de dévoilements patients et mystérieux.

 Simon Delétang dresse ici  le portrait en fragments et le paysage mosaïque d’un poète visionnaire. Petite table et verre d’eau, une conférencière évoque l’acte de foi et d’orgueil de ce maître solitaire qui ne supporte pas la moindre trahison intérieure et milite pour la vérité : « Pourquoi une cruche de lait explose-t-elle dans Le Sacrifice ? Que fait un chien dans La Zone de Stalker ? Comment un cheval blanc traverse-t-il l’écran dans Solaris ou Nosthalgia ?, selon les commentaires avertis d’Antoine de Baecque.

 Pauline Panassenko, qui parle un beau russe tonique, accorde toute l’intensité, la conviction et l’énergie attendues de la part de l’artiste génial. Puis résonnent les basses profondes des chantres orthodoxes, et le rideau s’ouvre sur la chambre d’une villa italienne aux murs blanchis à la chaux et aux fenêtres de bois sombre qui projettent une lumière solaire sur un sol à damiers. Cela pourrait être un intérieur de Nostalghia (1983), film tourné en Italie, non loin peut-être de de la maison que Tarkovski aurait achetée pour y vivre un jour.

L’absolu reste inaccessible, au-delà de la sentimentalité et de la mélancolie pour une terre natale forcément trop lointaine. Dès 1984, il ne plus retourne plus en URSS.Au lointain, trône un large lit en fer forgé où un drap blanc recouvre le défunt sur lequel est posé une bougie fragile, lumière vivante d’un gisant qui tout à coup se met à parler.  Entre rêveries et souvenirs, Stanislas Nordey, acteur, metteur en scène et directeur du Théâtre National de Strasbourg, incarne Tarkovski dont le monologue exprime la teneur existentielle d’un artiste avisé, habité par une exigence constante. Malade cloué au lit, le créateur solitaire s’auto-analyse (Le Miroir (1974), se lève et marche.

 Surgit un paysan à la belle carrure, interprété (Jean-Yves Ruf)qui à la fois interpelle et veille l’artiste, au nom de la Russie. Quelque chose lie Tarkovski à Ivan de L’Enfance d’Ivan (1962), cette souffrance qui associe le héros aux jeunes russes de la génération des années 1960 dont il exige qu’ils ne s’endorment pas spirituellement. Les images d’eau, un thème récurrent, nourrissent les rêves, les souvenirs de Tarkovski dirigés vers la mère, femme et patrie. Un cabinet de toilette, lavabo et faïence blanche permet à l’un ou l’autre des acteurs de venir boire un verre d’eau.

 Nombreux, les journalistes, critiques et reporters radio viennent interroger le Maître : Que signifient les films Andreï Roublev (1966), Stalker (1979), Nostalghia !1983) … ? De belles énigmes auxquelles nulle réponse objective ou concrète n’est jamais dispensée. Le poète doit avoir l’imagination et la psychologie d’un enfant qui découvre le monde. Seul, il affronte tous les autres, insensé, intransigeant, malheureux et fou.

 Stanislas Nordey, alias Tarkovski, alias Don Quichotte, alias le Prince Mychkine, joue le Stalker dans la Zone, idéaliste affrontant le tragique d’un monde désespéré. Il marche en avant, épaules relevées et rentrées, bras balancés de travailleur soviétique, se tourne, reculant, pas arrière, et observe l’imaginaire déposé. Quelques scènes du film sont reprises qu’inaugure le lancer vif d’un tissu blanc sur le plateau. Thierry Gibault, présence chaleureuse et esprit facétieux, joue L’Ecrivain, et le paisible Jean-Yves Ruf le Professeur physicien. Ce duo beckettien médite sur l’art, la science et la conscience, déroulant une parabole morale aspirant à la beauté.

 Et si la beauté doit sauver le monde,prophétie dostoïevskienne, elle passe aussi par Andreï Roublev (1966), sa Russie du XVème siècle avec la passion pour Andreï Roublev, peintre d’icônes inspiré, habité par l’immensité de la terre et du peuple russes. La beauté advient encore avec l’apparition au lointain d’un détail démesurément agrandi de La Madonna del Parto de Piero della Francesca  : « les yeux tournés/ en dedans toute/ à ce qui vit en elle/ elle voit/ ce qui l’aveugle… », écrit Julien Gaillard.

 Hélène Alexandridis représente la Femme, la Fille et la Mère, prétexte d’une Annonciation où la dame aurait été prise par le vent. Elle incarne aussi Larissa, l’épouse aimée de Tarkovski dont les paroles apaisent le poète épuisé et souffrant : « Ainsi j’ai compris que je n’étais pas seule. Qu’au monde il existait encore une âme. … Comme toi, j’avance sans savoir où je vais. Comme toi, mon pas pèse sur la terre. Comme toi, il ne pèsera bientôt plus… La mémoire des morts est en nous… »

 Des évocations encore du Sacrifice (1986) – l’incendie d’une maison et d’un arbre. Avec la couleur de l’or et du feu, rappel du fond doré des icônes , envahit le dessin des murs de la maison radieuse qui luit au soleil de l’amour, de la foi et de la charité. Le plateau final est jonché de cloches, d’un chien et de bottes , rappels symboliques.

 Tarkovski, le corps du poète de Simon Delétang propose reflets et échos de l’œuvre du cinéaste, prenant le temps de la pause et du silence, laissant les solos, duos et trios advenir tandis que les autres figures scéniques restent immobiles et muettes. Les musiques sacrées de Bach, entre autres, livrent à la fresque poétique sa capacité à sculpter le temps – temps de théâtre, de méditation et de contemplation.

 Véronique Hotte

 Théâtre National de Strasbourg, salle Grüber, du 19 septembre au 29 septembre.

Théâtre Les Célestins à Lyon, du 11 au 15 octobre.

La Manufacture Théâtre des Quartiers d’Ivry, du 2 au 6 mai.

Comédie de Reims à Reims, le 11 mai.

 

Soirée Roland Petit par le Ballet de l’Opéra de Rome.

 

Soirée Roland Petit par le Ballet de l’Opéra de Rome. dans Danse img_9065

©yasuko kageyama

Soirée Roland Petit par le Ballet de l’Opéra de Rome

Alors que les programmateurs français ont tendance à négliger Roland Petit, ses chorégraphies font le bonheur les publics étrangers, en particulier en Russie et en Italie.

Eleonora Abbagnato, danseuse étoile de l’Opéra de Paris, grande interprète du maître et nouvelle directrice du corps de ballet de l’Opéra de Rome a œuvré à la renaissance de trois pièces emblématiques avec l’aide de Luigi Bonino, danseur de Roland Petit alors qu’il dirigeait le Ballet national Marseille. L’Arlésienne, créé en 1976 pour le Ballet national de Marseille, sur la célèbre musique de Georges Bizet, raconte une noce provençale contrariée par une belle Arlésienne dont le souvenir hante le marié. Les deux solistes, Alessio Rezza et Sara Loro, ont du mal à trouver le bon rythme en début de représentation, puis la pièce gagne en fluidité, grâce au danses rituelles d’inspiration provençale interprétées par le chœur de ballet.

Le jeune homme et la mort, est une pièce historique du chorégraphe : sa forte théâtralité lui a été souvent reprochée. De grands artistes ont créé, en 1946, ce tableau chorégraphique montrant un jeune peintre aux prises avec la mort qui l’envoûte sous les traits d’une jeune fille. Jean Cocteau, auteur de l’argument, en signa aussi les costumes avec Christian Bérard, et Georges Wakhévitch conçut le décor de l’atelier et des toits de Paris qui apparaissent par magie après la pendaison du jeune homme.

La partition musicale est empruntée à Johann Sebastian Bach. Créé par Jan Babilée qui l’a dansé en 1967 sur cette même scène, le rôle est tenu ce soir-là par Stéphane Bullion, danseur étoile de l’Opéra de Paris. Il compose avec Eléonora Abbagnato, un duo harmonieux et plein de tension dramatique.

Dans Carmen, c’est la chorégraphie qui l’emporte sur la narration. Créée et dansée par Roland Petit avec Zizi Jeanmaire à Londres en 1949, cette pièce aussi a été adaptée pour la télévision par Mikhail Baryshnikov, avec Zizi Jeanmaire et Luigi Bonino. Les danseurs de l’Opéra de Rome accompagnent avec fougue les excellents solistes Rebecca Bianchi et Claudio Cocino.

L’âme de Roland Petit, disparu en 2011 à Genève, a survolé cette soirée, loin de Paris et de Marseille, pour le plus grand plaisir d’un public enthousiaste.

Jean Couturier

 Opéra de Rome, du 8 au 14 septembre, Operaroma.it

Michel Vinaver, officier de la Légion d’Honneur

 

Michel Vinaver, officier de la Légion d’Honneur

 Michel-Vinaver,-1892017-miniCe lundi 18 septembre, Robert Abirached a remis cette médaille, à l’auteur dramatique vivant de langue française le plus important, avec Valère Novarina. Ce fut, aussi et surtout, l’occasion d’entendre une brillante et intelligente leçon d’histoire de théâtre contemporain. Il a d’abord rappelé que Michel Vinaver avait d’abord écrit-à vingt-trois ans-un roman vite édité chez Gallimard grâce à Albert Camus qui l’avait repéré. Avant de devenir l’auteur dramatique que l’on sait…

Engagé par la société Gillette, avant de devenir son Président Directeur Général, Michel Vinaver avait débuté à Annecy où il avait, au cours d’un stage de théâtre, rencontré Gabriel Monnet, metteur en scène et personnage important de ce que l’on a appelé la décentralisation théâtrale… Il écrivit sa première pièce Les Coréens en 56 qui fut mise en scène par Roger Planchon à Villeurbanne à la fureur des politiciens de droite et sans recevoir pour autant l’approbation des brechtiens qui faisaient un peu la loi dans le théâtre public des années cinquante.

L’œuvre, nous dit Robert Abirached, fut aussi montée peu de temps après, par Jean-Marie Serreau peu de temps après. Ce qui serait inespéré aujourd’hui! Ensuite vint une de ses pièces majeures, Par-dessus bord, en quatre versions et où, fait rare à l’époque, le jeune auteur avait adopté une toute nouvelle dramaturgie (“Tout y est banal et compliqué” disait-il, et des dialogues sans ponctuation! Puis Iphigénie Hôtel que monta Antoine Vitez.

 Robert Abirached souligna avec l’humour qu’on lui connaît, le formidable écho quand  La Saga Bettencourt fut créée il y a quelques années au Théâtre de la Colline par Christian Schiarretti. Il rappella que Michel Vinaver auteur, s’impliqua aussi dans la pédagogie des universités Paris III et Paris VIII et que ses séminaires, publiés avec succès en 1993, sous le titre Exercices de théâtre, étaient devenus un classique du genre.

Michel Vinaver, très à l’aise, remercia pour son aide avec beaucoup de sincérité Robert Abirached qui fut un temps, directeur des spectacles sous le règne de Jack Lang au Ministère de la Culture, mais aussi Audrey Azoulay, l’ex-ministre de la Culture qui lui offrit ce nouveau grade dans l’ordre de la Légion d’honneur, et enfin l’actuelle ministre Françoise Nyssen alors à la tête des éditions Actes Sud et les éditions de l’Arche qui, dit-il, eurent l’élégance de s’associer pour faire paraître son Théâtre complet.

Il tint aussi à remercier les nombreux metteurs en scène qui choisirent de monter ses pièces: en particulier  Jacques Lassalle, Alain Françon, Christian Schiaretti mais aussi entre autres, Charles Jorris, fondateur du Théâtre Populaire Romand, Anne Marie-Lazzarini, Catherine Anne, René Loyon, Jean-Pierre Vincent, et Oriza Irata au Japon. Miche Vinaver enfin évoqua avec beaucoup d’émotion les ombres qui l’aidèrent à se construire dont son père Léon, mais aussi Hubert Nyssen, Roland Barthes  qui l’aida alors qu’il était encore inconnu et qui défendit Les Coréens,  et La Fête du Cordonnier. Il évoqua aussi la figure de Boris Schloezer, traducteur de Nicolas Gogol qui s’intéressa beaucoup à son théâtre.

Michel Vinaver,  avec beaucoup de panache, dit en conclusion qu’il allait bientôt rejoindre ces ombres qu’il trouvait avoir été bienveillantes avec lui, en espérant qu’on aurait aussi la même estime à son égard.
Bref, un beau moment pour un bel auteur contemporain! Michel Vinaver méritait bien une telle fête.

 

Philippe du Vignal

Cette cérémonie a eu lieu à la SACD le 18 septembre rue Ballu, Paris VIIIème.

 

 

Le Corps utopique

 

Le Corps utopique ou Il faut tuer le chien sur une idée de Nikolaus Holz, mise en scène de Christian Lucas

le corps utopiqueDes rideaux plissés mal accrochés beige foncé, d’une laideur repoussante et qui pendouillent. Dans cet univers déjanté Face public, une très longue table bordée d’une jupe plissée verdâtre, avec les noms des participants: Colonel, Dupont, Mendhelhson, Nathan, Robi, etc. imprimés sur une petite pancarte, avec une bouteille d’eau par personne coiffée d’un verre en plastique blanc qu’une secrétaire très sérieuse à lunettes-escarpins et mini-jupe ultra-serrée va redisposer sans fin. Côté jardin, un vieux fauteuil de bureau rafistolé à coups de bandes adhésives devant un piano à queue. Et derrière un échafaudage métallique à deux niveaux.

Le colonel arrive, cheveux très courts, chemise bleu pâle et képi, avec  une serviette noire à soufflet où il va aussitôt glisser la bouteille d’eau qu’il vient de piquer à la place voisine.
Arrive un jeune punk aux cheveux rouges qui s’assied à la place marquée Robi et qui provoque rapidement la colère du colonel. Bagarres, poursuites, coup de pied aux fesses entre les deux hommes. Puis un brave bonhomme en complet et chapeau noir s’assied entre eux deux; imperturbable, il répétera souvent au cours du spectacle: “Y-a-t-il des questions à poser? « 
Puis le spectacle, une fois la table explosée par un parpaing tombé des cintres évoluera plutôt vers l’acrobatie et le jonglage. Il y a une merveille scène très poétique où,  une boule rouge en équilibre sur la tête, Nikolaus Holz marche en équilibre sur les barres d’une sorte de cage puis arrive à se glisser en dessous, toujours avec sa boule rouge sur la tête, puis à en ressortir… 

Cet univers proche de celui de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps, avec un échafaudage, quelques planches, des barres de fer rond, et des plafonniers qui, surtout à la fin, déversent de la poudre blanche sur les personnages, a été remarquablement conçu par Raymond Sarti.  Le spectacle participe d’un exercice corporel de très haut niveau, avec Nikolaus Holz lui-même, acrobate et jongleur hors pair qui joue le colonel,  deux jeunes circassiens: Mehdi Azema, lui aussi excellent acrobate et mime exemplaire quand il joue un chien et un singe, et Ode Rosset,  très bonne comédienne(la jeune secrétaire) et aussi acrobate. Vite métamorphosée dans la seconde partie, elle reprend son costume d’acrobate. Tous deux sortis de l’Ecole Nationale des Arts du cirque de Châlons-en-Champagne. Tiens, Le Corps Utopique: une idée de sortie pour le politique Laurent Wauquiez  qui n’a pas de mots assez durs pour les écoles de cirque. (On peut avoir été élève à  Normale Sup  puis à l’E.N.A, et dire des conneries exemplaires!) Un spectacle comme celui-ci, mais il y a peu de chances qu’il le voit, lui remettrait peut-être les idées en place quand il émettra des jugements!)

Et il y a aussi le merveilleux Pierre Byland (quatre vingts-ans au compteur), grand clown de théâtre, professeur chez Jacques Lecoq et que l’on a vu autrefois comme metteur en scène et comme acteur chez-exusez-du peu-Beno Besson, Samuel Beckett, Roger Blin, Antoine Vitez, Jérôme Savary! Un personnage hors-normes comme les aimait Tadeusz Kantor, d’une grande présence scénique, avec une précision gestuelle exemplaire. Avec une silhouette de gros bonhomme un peu paumé, il apporte une touche d’humour incroyable, même si parfois ses blagues sont un peu longuettes. Mais quand il se met à jouer le début de la Cinquième de Beethoven au piano ou quand il pose sa question rituelle: “Y-a-t-il des questions?”, le public est emporté.

Soit trois générations d’acteurs-circassiens au service d’un spectacle où des objets dérisoires vont tout d’un coup acquérir une vie réelle: un gros chapeau noir, de grosses boules rouges, un simple parpaing ( qui va quand même tomber des cintres et casser une table!), une barre de fer, des gobelets en plastique, se mettent à vivre. Objets inanimés avez-vous donc une âme disait déjà Charles Baudelaire? « Les objets dit justement Nikolaus, font le lien entre les hommes-lieu et l’espace-lieu mais surtout… mais surtout ils racontent que l’homme est passé par là, qu’il était beau, qu’il était fier, qu’il voulait faire un salto tellement il était content et qu’il s’est fait mal.”

Éternelle revanche de l’objet fragile, utile quelques minutes comme ce verre en plastique mais qui en général, peut vivre beaucoup plus longtemps que l’homme! Il y a sans doute ici peu visible, mais que le public ressent profondément, une belle leçon de métaphysique. Où les artistes prennent  constamment des risques avec leur corps. “Mon corps c’est le lieu sans recours auquel je suis condamné, dit Nikolaus;  en jonglant, quand il rate, une seule fois et de peu, une boule rouge, le public, comme pour le consoler, applaudit très fort…

Belle connivence!Certes le spectacle qui vient d’être recréé, est encore un peu brut de décoffrage-il y a quelques longueurs surtout au début, une fausse fin, et des petites erreurs de mise en scène: quand Pierre Byland est au piano, la belle acrobate à sa barre verticale n’est pas bien mise en valeur ,alors qu’elle le mérite amplement.  Sinon, ne vous privez surtout pas de ce spectacle qui reste pendant quatre-vingt dix minutes, un vrai bonheur, et mon voisin, un petit garçon de cinq ans, riait sans arrêt. Un signe qui ne trompe pas!

 Philippe du Vignal

Nouveau Théâtre de Montreuil, Centre Dramatique National, Place Jean Jaurès, Montreuil (Essone) jusqu’au 29 septembre.
Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon  du 3 au 7 octobre.

 

Nos grands-mères, conception et mise en scène de Nathalie Thauvin

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Nos grands-mères, conception et mise en scène de Nathalie Thauvin

 

Un spectacle singulier, à la fois documentaire et familial  fondé sur la mémoire des grands-mères de Russie et de France, celle de la deuxième guerre mondiale. Il a été préparé à la Gare Franche de Marseille  lors d’une résidence d’été par Nathalie Thauvin. Le spectacle se passe à chaque fois un cadre différent : cette fois, dans l’ancien château de Clayes-sous-Bois (Yvelines) à l’intérieur d’abord dans des salles qui devaient appartenir autrefois aux communs mais aussi sur la terrasse, et dans le jardin devant la belle façade restaurée du château. Il y a quelque trois cent spectateurs répartis en deux groupes.

L’un est invité à entrer dans une salle où est projetée la vidéo filmée par Luc Thauvin d’une dame âgée de Clay-sous-Bois qui raconte avec une grande sensibilité, ses souvenirs de la dernière guerre avec le sauvetage d’un aviateur allié par la population. Jeunes et moins jeunes sont pétris d’émotion par ce court document remarquablement filmé par Luc Thauvin sur ce passé de la France qui, soixante-dix ans plus tard, semble toujours aussi présent. Même si la majorité du public ne l’a pas connu. Dans l’autre salle, encore un histoire de famille entre femmes, style poupées russes ! Une petite table, un samovar, quelques meubles pittoresques et des photos de famille accrochées au mur. Nous sommes dans un appartement de Moscou.

Irina Conio joue le rôle de sa mère Valentina, devant sa vieille machine à écrire, Nathalie Conio-Thauvin, la petite-fille de Valentina et metteuse en scène du spectacle, raconte sa vie pendant l’effroyable blocus de Léningrad de 41 à 45 et  Maroussia Thauvin,  la fille de Nathalie, chante des chansons russes dans la cuisine à Moscou. (Vous suivez toujours?) Nathalie Thauvin raconte: «Ma grand-mère, ma babouchka, s’appelait Valentina Vavilova, elle a vécu jusqu’en 2007. Pendant mes années d’étudiante, j’ai habité avec elle dans son appartement de Moscou. Les meubles, les photos sur les murs étaient les témoins sans parole de son histoire. Elle avait 97 ans quand elle est morte sans que je la revoie. Quand je suis entrée dans son appartement vide, au milieu des cartons des livres, et de ses dessins qu’elle faisait les dernières années de sa vie, j’ai trouvée sur la table cette enveloppe kraft.« A mes enfants et mes petits enfants. »

Dans un dernier message à la fois simple et magnifique, cette très vielle grand-mère avoue: «Je me bats contre cette dépression qui m’a prise après la mort de Papa et qui est si profonde parce que je n’ai consacré toute ma vie qu’à notre famille. Vous, mes enfants, vous avez beaucoup d’autres intérêts que la famille dans la vie. Vous vivez dans la création, intellectuelle, artistique… et c’est précieux pour aujourd’hui mais surtout pour vos vieux jours. Je vous promets, de me plaindre moins de mon moral, de ma santé, vous ne le méritez pas. Merci pour votre attention et votre amour… »

Puis les deux groupes de spectateurs se rejoignent pour aller s’asseoir dans le jardin de  l’ancien château maintenant dévolu à la médiathèque et voir une autre séquence. Cela se passe à l’intérieur devant les fenêtres ouvertes mais aussi devant la façade. Cette fois, c’est Rachel Auriol, comédienne, qui raconte et joue la vie aussi pendant la guerre en France, sa grand-mère, Jacqueline, belle-fille de Vincent Auriol, devenu ensuite président de la République.

Là aussi, une histoire de famille: le mari et les enfants de Rachel Auriol jouent le mari  et les enfants de Jacqueline. (Vous suivez toujours?)  «Nous sommes en 1942, dit Rachel, ma grand-mère Jacqueline est à Muret près de Toulouse, avec son mari, ses enfants et sa belle-famille. Son beau-père Vincent Auriol venait de voter contre les pleins pouvoirs de Pétain. Un jour, l’inspecteur Lamartre, officier de police les prévient qu’il va être arrêté par ordre du gouvernement de Vichy. Vincent doit prendre la fuite. Il s’en va avec sa femme dans l’Aveyron. Tous deux prennent le nom de Morel. Quelques semaines plus tard, mes grands parents reçoivent eux aussi un avertissement. Paul, mon grand-père, part de son côté, et ma grand-mère quitte la maison dans la nuit, avec ses deux petits garçons de quatre et un an…. Ils prennent le nom de Moune. Elle a 25 ans. »

 Jacqueline apprend de son mari les humbles mais indispensables tâches de la Résistance. Ils devaient se retrouver avec d’autres résistants chez un charpentier mais il a été dénoncé et sera fusillé avec toute sa famille. Ils logent alors se faisant passer pour un couple illégitime pour mieux sauver les apparences dans un hôtel truffé de membres de la Gestapo. On entend au loin des sirènes pour avertir la population d’aller dans les abris pour fuir les bombardements des avions allemands. Souvenir, souvenirs d’enfants : cela nous a donné le chair de poule.

On cite un formidable phrase d’Anton Tchekov qui disait en 1901, trois ans avant sa mort : «Les soi-disant classes dirigeantes ne peuvent pas longtemps se passer de guerre. Sans guerre, elles s’ennuient, l’oisiveté les fatigue, les énerve, elles ne savent plus pourquoi elles vivent, elles se dévorent entre elles se disent des méchancetés… Mais la guerre arrive, affecte chacun, elle s’immisce partout et relie les uns et les autres. »

La guerre, dit Nathalie Thauvin, est une telle épreuve qu’elle joue un rôle de loupe sur les personnalités de chacune et de chacun. Chacune s’y engage à sa manière et la raconte d’une voix singulière.Nos grands-mères se sont engagées toutes le deux pour la victoire des alliés contre les nazis: Jacqueline dans la résistance française et Valentina dans la diplomatie soviétique pour convaincre les Etats-Unis d’entrer en guerre. Elles l’ont fait avec des enfants en bas âge et des familles souvent dispersées, tout à la fois en femmes de tête et femmes de cœur. Leurs témoignages redécouverts nous ont semblé des trésors que nous avons eu envie de faire partager.

Puis on offre au public un bol d’une excellente soupe chaude, et à regarder aussi  les témoignages d’autres grands-mères de Clayes-ous-Bois, tout aussi passionnants, sur cette sale période de notre passé récent. Nous sommes invités à regagner la cour du château mais  la pluie  commence à tomber  on assiste à plusieurs séquences sur la guerre en Russie et en France, mais il y a des longueurs et des redites dans un texte sans doute moins solide. Seul bémol à ce spectacle un peu trop long surtout sous la pluie qui s’est invitée à la fin,  cette partie pourrait être éliminée sans dommage.

Mais ce spectacle est remarquable à plus d’un titre. D’abord impeccablement construit et organisé : pas évident quand il s’agit  d’une forme déambulatoire, et bien interprété par les deux solides comédiennes que sont Irina Conio, Rachel Auriol, Nathalie Thauvin qui a su aussi le mettre en scène avec habileté et pudeur mais aussi diriger une équipe d’une vingtaine d’acteurs adultes et enfants…

Nos grands-mères a connu une dizaine de représentations à la maison de George Sand à Nohant, à Ensues-la Redonne près de Marseille, puis a été repris en Russie au Centre d’Art Contemporain de Nijni-Novgorod. Chaque unique représentation nécessite un grand investissement des collectivités qui invitent le spectacle gratuit et la participation d’acteurs locaux indispensables, puisqu’à chaque fois, ce sont des grands-mères différentes qui ont été filmées.
Une  belle réussite fondée à la fois sur un curieux cocktail mais qui fonctionne parfaitement : une intelligente interprétation en famille très assumée et des souvenirs encore bien vivants de la deuxième guerre mondiale.

 Edith Rappoport et Philippe du Vignal

Spectacle vu aux Clayes-sous-Bois, le 16 septembre.

Et le 8 octobre, Maison de quartier du Roucas blanc à 18 h, 232 chemin du Roucas, Marseille (VIIème).

Les 14 et 15 octobre à la Maison des Arts et Loisirs, 233 Corniche Kennedy,  Marseille (VIIème).

 

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