Conférence des choses

©Christophe Pean

©Christophe Pean

Conférence des choses de François Gremaud et Pierre Mifsud, conception de François Gremaud

Cela se passe dans la Salle d’honneur de la mairie d’Eymoutiers, inaugurée en 1997 après un incendie. Depuis 1629, cet austère bâtiment abritait la congrégation des Ursulines, avant de devenir un collège après la Révolution.
D’où la rue de Ursulines dans ce bourg limousin qui mène aux locaux municipaux. Autre odonyme (nom propre désignant un lieu) : la place Victor-Hugo, à Besançon, ville natale du poète. Ce que nous apprend Pierre Misfud au début de sa prestation, après être entré avec son sac à dos, avoir salué l’audience, et remonté son minuteur. Sa conférence dure cinquante-trois minutes trente-trois secondes, annonce -t-il.

De Bizontin à bison, de bison à Buffallo Bill, de Buffallo Bill à Sitting Bull, du western à l’arc, de l’arc au loup, pour finir par une fable de Jean de La Fontaine… Le comédien enchaîne les informations. Sautant du coq à l’âne, il entraîne le public, prompt à participer, dans une déambulation ludique en zig-zag au cœur d’un savoir encyclopédique de bric et de broc, glané sur Wikipedia. Pour construire cette performance, Pierre Mifsud et François Gremaud ont navigué de lien en lien sur cette encyclopédie collaborative en ligne, s’aventurant sur les vastes étendues de savoir qu’elle recouvre et ses digressions…

Dès que la sonnerie finale retentit, le comédien s’interrompt. Pour connaître la suite, il faudra se rendre à une prochaine représentation. Les Francophonies en Limousin proposent sept séances dans divers lieux, de châteaux en bibliothèques, suivant la politique de décentralisation dans la région. La compagnie suisse 2bcompany a mis sur pied huit heures de conférence, présentées en un ou plusieurs épisode(s) : « Nous avons minutieusement recopié nos circulations ”brutes“ puis avons sélectionné (…) certaines dates ou certaines informations-tantôt pour leur caractère didactique, tantôt pour leur caractère incongru.(…), explique le metteur en scène. A partir de cette structure, nous avons inclus de nouveaux développements, au fil de nos lectures et de nos improvisations…»

Sur ce canevas, Pierre Mifsud va broder, en fonction du lieu, aussi, dont l’histoire et les éléments de décor fournissent autant de points d’appui à partager avec le public. Ce soir-là, les tableaux qui ornent la salle offrent des balises idéales. Si les repérages sont primordiaux en amont du spectacle, la réactivité de l’assistance fait le reste car Pierre Mifsud, formidable improvisateur, garde une marge, sollicite les spectateurs et s’adapte à leurs réponses.

Un comédien face à un public, dans un espace et un temps donné, sans effet, sans éclairage, avec, pour seule arme, le langage. Voilà qui pourrait être une adaptation contemporaine du Bouvard et Pécuchet de Flaubert : la déambulation hasardeuse et cocasse à travers le savoir encyclopédique qu’effectue Pierre Mifsud se révèle pleinement «idiote», à la fois selon la définition étymologique du mot (simple, particulière, unique) et sa définition commune :dépourvue de raison. La matière de sa conférence semble ainsi révéler l’insignifiance du savoir, sa grandeur et sa vacuité. Mais la navigation erratique à travers ce magma de connaissances est un voyage partagé où conférencier et public se grisent de mots.

«  Ce n’est pas tant la matière traversée qui importe, mais le fait qu’un homme la trouve suffisamment prodigieuse pour se proposer de la traverser, à la manière de l’ivrogne – une des figures possible de l’idiot – décrit dans Le Réel, traité de l’idiotie, par le philosophe Clément Rosset qui a inspiré le spectacle : ”L’ivrogne est [...] hébété par la présence sous ses yeux d’une chose singulière et unique qu’il montre de l’index, tout en prenant l’entourage à témoin, et bientôt à partie, si celui-ci se rebiffe” ».

 On retrouvera prochainement les divagations de ce joyeux drille, en Suisse et ailleurs notamment en novembre à Paris, au Théâtre du Rond-Point où on pourra aussi assister à une séance intégrale de huit heures.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu à Eymoutiers (Limousin ) le 23 septembre, dans le cadre des Francophonies en Limousin 2017

 Et du 17au 22 octobre – Festival des Arts de Bordeaux ; du  13 au 19 novembre PerformanceProcess / Musée Tinguely – Bâle (CH) ,

du 21 novembre au 31 décembre: Théâtre du Rond-Point à Paris, Festival Vivat La Danse Le Vivat – Armentières; 6au 9 février – La Passerelle – Gap , le 16 février – La Grange - Le Locle (CH): le 17 février – Arbanel - Treyvaux (CH), 20-21 février - Théâtre de Poche - Bienne (CH), 22 février – Le Pommier - Neuchâtel (CH), 2-3 mars – Théâtre Jean-Marais - Sains-Fons, 6-10 mars – Théâtre de Chelles – Chelles, 16-22 mars – Tournée dans le Calvados (ODACC), 27 mars – Musée d’Ethnographie -  Neuchâtel (CH), 7 avril – Théâtre Denis - Hyères , 10 avril – Espace 1789 – Saint-Ouen (FR) les 17, 18, 22, 23, 26, 27, 28 avril – Le Reflet – Vevey (CH)19 mai – Le Familistère à Guise les 22 et 23 mai – La Passerelle – St-Brieuc 8 juin 2018 – TBA; et du  20au 24 juin – Nouveau Théâtre de Montreuil - Montreuil

 

 

 


 


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