Soubresaut, mise en scène et scénographie de François Tanguy

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© Brigitte Enguerand

 

Soubresaut, mise en scène et scénographie de François Tanguy – Festival d’Automne à Paris

 

Ce nouveau poème théâtral de François Tanguy et du Théâtre du Radeau, rêve vivant transitoire  qui embarque le spectateur pour fouler un espace inouï entre ciel et terre, depuis les hauteurs obscures d’une planche de bois en équilibre, un toboggan où l’on glisse jusqu’à atteindre la ligne horizontale de tables de cantine rassemblées furtivement, avant leur désassemblage programmé.Rien n’est donné une fois pour toutes: tout bouge ou tremble, à la manière d’une photographie argentique un peu passée. On pourrait  évoquer les tableaux de maîtres d’où les sujets animés sortiraient de leur cadre pour s’offrir une vie à l’extérieur.

Le public assiste fasciné à la composition de fresques successives enrichies qui s’accomplissent à vue, de la même façon qu’elles se décomposent ou déstructurent.Tout ici est inconstant, les êtres, seuls, les générations, les époques et les lieux encore.

Restent en échos ou rappels des œuvres d’art dans leur siècle,  des récitatifs vocaux issus de de Franz Kafka, Ovide, Dante, Giordano Bruno, Eugène Labiche, Peter Weiss, Kierkegaard…, portés par un petit peuple d’acteurs qui s’amuse à surgir soudain puis à s’évanouir. Ombres, pénombres, entre distinction et obscurité, tout se mêle. Nous semblons conviés à la Foire à la Brocante et aux Jambons de Châtou, non loin du Théâtre Nanterre-Amandiers. Tout bouge, se déplace et se transforme : cadres de portes, ouvertures de fenêtres, panneaux de bois que l’on fait glisser dans le silence, les lumières éclairent au loin un couloir ou bien le retiennent dans la nuit.

Magasin des antiquités, objets hétéroclites, casques de chevalier façon Don Quichotte et vêtures anciennes, collerettes blanches et jupons à panier, robes de velours, bouquets de fleurs printanières et tête de sanglier.

Dans le lointain et en surélévation, une silhouette semble tenir au-dessus de soi un parasol immense à fond rouge, tableau indien avec éléphant en perspective. Accumulations, encombrements, désordre et obstacles à franchir et non plus à contourner, la vie se donne – généreuse – dans sa brutalité instinctive et changeante.Les bribes et élans de musique se succèdent: Bach, Haendel, Kagel ou Rossini…Les langues s’entrechoquent, comme les siècles: le matériau du Radeau est tissé de mémoire et de passé dont on aurait adouci l’infinie mélancolie…

Onirisme et imaginaire, ombres et spectres, présence des comédiens, la loi est celle du songe libre et de ses matières fuyantes et tenaces, palpables et évanescentes. Se déploie ici le temps ineffable et poétique de ce théâtre que l’on porte tous en soi dans les bruissements à peine perceptibles de ces soubresauts qui font la vie pleine.

Véronique Hotte

 

CDN – Nanterre-Amandiers avec le Festival d’Automne à Paris, du 22 septembre au 8 octobre. Tél : 01 46 14 70 00/ 01 53 45 17 17

 

CDN Caen – Festival Les Boréales, du 28 au 30 novembre (ou février 2018)

Théâtre du Beauvaisis à Beauvais, deux représentations (dates en cours)

La Fonderie- Le Mans, du 4 au 22 décembre.

Théâtre National de Strasbourg, 10 représentations, janvier 2018.

 


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