Passagers clandestins et Ecran sensible, performance d’Alain Fleischer

 

Passagers clandestins et Ecran sensible, performance d’Alain Fleischer

 C’est aussi un livre publié à l’occasion de la belle exposition Passagers clandestins/Transferts, Transformations, et Restes,   au Centre des Arts d’Enghien-les-bains dirigé par Dominique Roland qui a présenté sa nouvelle saison d’abord par le biais d’un très remarquable hologramme de lui-même après avoir  serré la main de son double. Brillante saison, avec, entre autres  des spectacles et des films, notamment quelques fabuleux court-métrages de Charlie Chaplin et de Buster Keaton, dans une salle de presque quatre cent places, des ateliers, des conférences et des résidences de création, toujours à la marge entre arts scéniques et plastiques, et nouvelles technologies de l’image et du son. Bienheureux habitants d’Enghien-les-bains…

Le livre reprend avec des textes de Daniel Doebbels et de cet écrivain, cinéaste et artiste multidisciplinaire,avec photos et textes relatif aux quelque trente œuvres ici exposées. Passagers clandestins est aussi le titre de la nouvelle qui ouvre cette sorte de catalogue “En fait, dit-il, c’est la première fois qu’ne œuvre littéraire constitue pour moi la sorte de partition d’une exposition (…) Ici, le texte littéraire tente de parcourir l’exposition, de relier entre elles certaines ouvres, d’annoncer le thème du transfert des formes, de leur transformation, du passage d’un support à un autre, à travers de multiples interfaces.”
De ce long parcours artistique-certaines œuvres remontent à trente ans, voire plus- il y a d’évidence une filiation par le biais de l’image  avec l’art conceptuel mais pas seulement. Comme cette très belle installation avec projection vidéo ( 1979) où on peut voir l’image du visage d’une très jeune femme dont les cheveux volent, et qui est projetée sur les pales d’un ventilateur. L’appareil ayant ici une double fonction poétique: fabriquer un courant d’air provoquant l’envol des cheveux mais aussi servir d’écran, constitué par les pales en mouvement.  Un peu dans la même veine, si on peut dire: Nuage, une vidéo réalisée cette année avec la collaboration de Gaïa Riposati et Massimo di Leone avec des éclairs de lumière à l’intérieur d’un nuage qui sont comme imposés par une voix répétant: “Je ne suis qu’une image.”
Il y a aussi la projection d’une vidéo en noir et blanc (1992) sur très grand écran qui fascine avec raison le public.  Dans cet Homme dans Les Draps, aucun être vivant  sur ce grand lit mais seulement les plis du coton qui, avec une grande lenteur, se forment et se déforment. Libre à nous d’y voir quelque chose comme des visages énigmatiques. En tout cas, pendant une dizaine de minutes, la présence indéniable d’un ou deux personnages dont nous n’apercevrons jamais le corps mais qui ont une formidable présence.  Il y a aussi une installation Premier regard/Dernier regard ( 1991), soit deux séries de dix étagères en verre qui évoquent les péripéties de la vie humaine en deux mots: premier regard/dernier regard, premier mot/dernier mot: premier amour/dernier amour,etc. Soit vingt propositions rigoureusement traitées en verre sérigraphié. Le verre, on le sait, est un matériau exemplaire de pureté mais aussi difficile à traiter en sculpture, mais ici devenu un support remarquable.

 Ces œuvres réalisées par Alain Fleischer en papier argent, vidéo, objets ou appareils existants, papier, verre… posent aussi en filigrane la question du support, souvent nouveau  et sans cesse modifié, réinventé voire emprunté à l’industrie par les artistes mais toujours fragile et voué à la disparition en totalité ou en partie: surtout  la parole enregistrée, l’image projetée, et la lumière. A l’exemple de toute vie humaine, semble nous dire Alain Fleischer.

 Ecran sensible

 La présentation de saison comportait aussi une performance de cet artiste. Un très court-métrage avec scénario est projeté dans la salle. Entrée et sortie interdites et, bien entendu, extinction obligatoire des téléphones portables pendant les vingt minutes que dure la projection! Consigne répétée plusieurs fois et, curieusement, très respectée. Mais à la fin, aucun éclairage dans la salle qui reste noire.
Quelques assistants en combinaison blanche vont ensuite peindre l’écran de cinéma avec un rouleau imprégné de révélateur et une image fixe va apparaître, comme une sorte de mémoire là aussi fragile de la narration du petit film. Avec des manques et des ajouts. Et comme la métaphore et la preuve par neuf de  l’impossibilité de garder vraiment la trace d’un film, c’est à dire du sens d’images en mouvement quand on les reporte sur une image fixe.

Philippe du Vignal

Centre des Arts, Scène conventionnée Ecritures numériques, 12-16 rue de la Libération 95880 Enghien-les-bains. T: 01 30 10 88 91.
Passagers clandestins ( 175 pages) est édité par le Centre des Arts d’Enghien-les-bains. 20€.

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