La Mécanique de l’histoire de Yoann Bourgeois

 

La Mécanique de l’histoire de Yoann Bourgeois

 

(C) Jean Couturier

(C) Jean Couturier

Avec pour sous-titre, Une tentative d’approche d’un point de suspension / Exposition vivante au Panthéon, Yoann Bourgeois propose de réveiller la mémoire des grands hommes honorés par la République.
A la manière du pendule de Foucault,   boule de laiton qui oscille, accrochée par un câble à la voûte centrale du Panthéon,  sous l’impulsion du mouvement perpétuel de notre planète, il met en branle ce temple national, en apparence figé dans l’histoire. Sous ces imposantes colonnades, ces fresques et ces sculptures monumentales, rôdent encore les fantômes d’événements mouvementés…

 Le public se rassemble autour de l’épicentre de l’édifice, sous le dôme vertigineux de quatre-vingt-trois mètres, où, en même temps que le pendule, la danseuse Yurié Tsugawa évolue avec une lenteur calculée, blanche statue à la chevelure de jais, raidie dans un culbuto. Ce prologue solennel, à l’image du lieu, va donner son impulsion au spectacle qui se déroulera ensuite simultanément sur quatre scènes installées sous chacune des coupoles latérales qui ont la parfaite symétrie d’une croix grecque.

 Les spectateurs choisissent leur itinéraire, circulent, s’installent devant l’un au l’autre des numéros d’équilibre proposés, ou déambulent dans l’immense nécropole sans trop s’attarder. «Mes dispositifs cherchent à amplifier des phénomènes physiques élémentaires et à rendre perceptibles les forces qui interagissent en permanence sur la Terre, précise Yoann Bourgeois. Ces dispositifs sont circulaires, se donnant à voir de toute part, ouverts à la multitude des points de vue. »

 Dans Énergie, on retrouve l’artiste en acrobate et danseur lumineux, sur ses fameux escaliers, dans un ballet perpétuel de rebonds et de chutes. Seul d’abord, puis en compagnie de Damien Droin, Emilien Janneteau, Lucas Struna. Sur un plateau tournant, Elise Legros et Jean-Yves Phuong se cherchent, se trouvent et se quittent éternellement, élégantes figures d’Inertie, tels des automates d’une boîte à musique.

Dans Trajectoire, Sonia Delbost-Henry s’envole et danse dans l’espace, au bout de son agrès spectaculaire, une balance de Lévité : on raconte que cette machinerie révéla à Newton la loi de la gravitation universelle. Et Équilibre montre un couple qui tente de se rejoindre, sur un grand plancher oscillant dangereusement sur un pivot central : Estelle Clément-Béalem et Raphaël Defour y parviendront en se coordonnant. N’en est-il pas ainsi de la condition humaine ? « Vivants, nous restons debout sur nos pieds dans cet équilibre instable que nous contrôlons à chaque instant », commente le physicien Joël Chevrier qui a prêté son concours scientifique aux recherches du metteur en scène et les a mis en équation qu’on peut lire dans le programme.

Chacun des artistes mérite d’être cité. Tout de blanc vêtus, ils contribuent à cette prestation épurée et poétique, réglée à la seconde. Les numéros, joués quatre fois de suite, démarrent et finissent en même temps, modulés sur un arrangement musical de Badinage et Préludes en harpègements 1 et 2 (extraits des livres IV et V de pièces pour viole) de Marin Marais. Faire vivre les lieux historiques d’une autre façon, tel est l’objectif de « Monuments en Mouvement ». La Mécanique de l’histoire répond magistralement à cette ambition et apporte légèreté à cet édifice chargé et écrasant.

 Mireille Davidovici

Panthéon, Place du Panthéon, Paris Vème- T. :01 42 74 22 77  jusqu’au 14 octobre, www.theatredelaville-paris.com (Programmation hors les murs du Théâtre de la Ville de Paris)

 


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