La Grande Echelle, Festival jeune Public

 

La Grande Echelle, Festival jeune public

Pierre Planchenault

Pierre Planchenault

Après une première édition au Monfort Théâtre, le Festival jeune public La Grande Echelle, porté par l’ADAMI et Tsen Productions, en partenariat avec la Maison des Métallos, invite petits et grands à un week-end de partages et rencontres autour de la création contemporaine: cirque, danse, théâtre, musique, arts visuels et sonores, bal, ateliers.

Ce festival engagé remet en question nos certitudes et nous interroge sur la place de l’enfant et de l’adulte dans la sphère familiale et sociale. Avec d’abord Les Voies de l’Enfance, un documentaire sonore et ludique, direction artistique de Dominique Duthuit, à partir de six ans. La forme expérimentale s’annonce comme contemporaine,  et l’auteur interroge la relation entre enfants et adultes. Et c’est les premiers, forcément, qui ont le droit à la parole : le public écoute avec émotion, sourire et plaisir, les voix de ces enfants de six à neuf ans: des sons glanés par Dominique Duthuit qui a enquêté auprès d’élèves de deux écoles élémentaires du XX ème arrondissement.

Les spectateurs sont assis sur des coussins dans la salle carrée dont la scène serait un couloir étroit longeant deux des côtés en angle droit de l’espace. Chacun se laisse absorber par le jeu acidulé et facétieux de ces voix enfantines et juvéniles, tremblantes ou articulées, à la fois spontanées et réfléchies, entre maladresse et savoir-faire inné. Qu’est-ce qu’un enfant ? Qu’est-ce qu’un adulte ? Qui apprend à l’autre ? Qu’est-ce qui relie ou sépare les générations ? « Les adultes ne font que travailler, manger et dormir-et travailler, manger et dormir encore – ils ne s’amusent jamais. Quelle vie ! 
« Moi, quand mes parents se disputent, ce sont de vraies disputes fortes et mon père ne dit que des gros mots ! »

Les enfants nourrissent de vrais rêves dont celui de  « se débrouiller »  sans les adultes. Une  performance musicale, visuelle et sonore, avec accordéon et chants ludiques de l’interprète, à la fois musicienne et cantatrice.  Elle se déroule dans la pénombre, invitant les spectateurs à une sieste enfantine. Des dessins d’enfants sont projetées sur un mur blanc grâce à deux petites machines malicieuses artisanales, des jouets inventifs et créatifs. Un joli spectacle délicat, rare et si juste, quant à la saisie des instants de l’enfance.

Piletta Remix de et par Le Collectif WOW ! (Belgique) à partir de 7 ans.

Piletta Remix, adapté de la fiction radiophonique Piletta Louise, est à la fois un spectacle vif, coloré – enchanteur – et une invitation à venir découvrir la fabrication d’une fiction radiophonique en direct : comment cela fonctionne-t-il ? La fabrication scénique et scénographique relève de la puissante magie des sons : bruitages, personnages, musique, mise en ondes et mixage en direct. L’héroïne Piletta,  (Emilie Praneuf) est debout face à son micro sur pied. A ses côtés, debout encore ou le plus souvent assis à leur table de bruitage, les autres interprètes qui s’essaient à la diffusion exacte et précise des bruits du monde : voix d’interlocuteurs plus ou moins sympathiques ou dangereux, voix chaude de la grand-mère,  du père inattentif, bruit de la boisson versée, du vent qui souffle, d’une vitre brisée.

Les sons de la vie sont ainsi répercutés au creux de l’oreille de chaque spectateur-petits ou grand-auxquel on a prêté un casque sonore. L’histoire de Piletta Remix  se rapproche de celle du Petit Chaperon rouge ; la fillette porte une salopette d’un rouge éclatant, et est partie à la recherche de la fameuse fleur de «bibiscus», seule capable de sauver sa grand-mère affaiblie. Rencontre de loups méchants et cruels, rencontre de Luis, un garçon si attachant que Piletta en tombe amoureuse, allant pour lui jusqu’à dévaliser une banque… Un conte initiatique d’aujourd’hui bien mené par Florent Barat, Michel Bystranowski, Benoît Randaxhe et Sébastien Schmitz. Un conte  charmant, résonnant avec une belle dimension à travers les bruits et la fureur d’une aventure ludique, tonique et rythmée.

L’Arche part à 8h, traduction de Jeanne-Lise Pépin, mise en scène de Betty Heurtebise (à partir de sept ans)

La fin du monde est annoncée, selon un temps approximatif mais de plus en plus proche. Face au déluge originel décidé par Dieu, seul un couple de chaque espèce pourra embarquer dans l’arche. Trois pingouins dérogent à la règle en vue d’une drôle de traversée, incertaine, menaçante et angoissante, quand on sait les lions si près. De toute façon, les compères s’ennuyaient à mourir sur la glace blanche et dure de leur banquise, et passaient leur temps à se disputer pour des vétilles. La colombe organise l’embarquement, exigeant que les règles soient honorées. Vive et active, elle ne peut, malgré tous ses efforts, accepter un troisième larron.

Malgré cette situation difficile, nos trois phoques échapperont aux menaces d’exclusion, grâce à leur capacité de jouer, simuler et danser. Dans cette arche fabriquée en lattes de bois de pin accueillante et chaleureuse, les comédiens s’engouffrent avec plaisir et  le déluge arrive représenté par des  gouttes de lumière à n’en plus finir sur les murs de l’arche, en images vidéo. Quant au passager clandestin, il s’amuse de ses incursions agiles dans une malle. Un mythe revisité avec fantaisie, et traversé par des questionnements sur la désobéissance, la croyance et la solidarité. « Dieu est partout, donc dans le grille-pain. » Le rire des jeunes enfants fuse, acquis à  une interrogation spirituelle.

Un joli spectacle, populaire au sens noble, qui ouvre les chemins de l’imaginaire et du rêve grâce à l’invention technique et esthétique soignée de cette arche, grâce aussi au jeu savoureux-phoques et colombe-de Stéphanie Cassignard, Alexandre Cardin, Julie Menut et Sarah Leck.

Véronique Hotte

Spectacles présentés à La Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud Paris XIème, les 6, 7 et 8 octobre. T : 01 47 00 25 20.

 

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