Non c’est pas ça ! (Treplev Variations)

 

Non c’est pas ça ! (Treplev Variations), librement inspiré de La Mouette d’Anton Tchekhov, traduction de Marina Voznyuk, création collective de Laureline Le Bris-Cep, Gabriel et Jean-Baptiste Tur

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Dans La Mouette (1896) Anton Tchekhov se reconnaît des affinités avec Trigorine, le romancier arrivé, et avec Treplev, jeune dramaturge révolutionnaire dont, avec le suicide, il veut montrer l’absence de toute issue existentielle. Pourtant,  l’auteur russe n’a eu de cesse de donner sens au fait d’être au monde, et il écrivait à son ami Souvorine qu’«une vie consciente, sans une conception du monde bien définie, n’est pas une vie, mais un fardeau, une horreur… ».

Il ajoute aussi dans ses Carnets que «le bonheur et la joie ne sont ni dans l’argent ni dans l’amour, mais dans la vérité » Quelle vérité ? La vérité contre le mal, à savoir l’autorité arbitraire. L’autorité des parents impose une tyrannie familiale ; celle du clergé et de la religion, l’hypocrisie ou l’ignorance; celle de la puissance de la richesse,  la servilité ; celle de la célébrité ou du talent dans les arts et les sciences, l’orgueil et l’obséquiosité ; enfin, celle de la tradition, la paresse et le conservatisme des mœurs. Des thèmes philosophiques qui interpellent tous les jeunes. Ainsi, les comédiens et metteurs en scène Laureline Le Bris-Cep, Gabriel et Jean-Baptiste Tur, du collectif Le Grand Cerf Bleu ont travaillé sur La Mouette.

Tout commence par des actes manqués, et des velléités d’action: d’abord, en un mouvement vertigineux de théâtre dans le théâtre, le suicide de Constant (Constantin Treplev), le dramaturge malheureux, empêche concrètement la mise en scène de La Mouette, aujourd’hui. Excuses polies et gênées présentées au public qui se demande ce qui l’attend. Nina toutefois est présente, mais l’actrice laisse de côté le rôle de Macha qui ouvre normalement le spectacle; à travers  une consommation exagérée d’alcool, elle avoue qu’elle a une vie d’ennui. Laureline Le bris-Cep, très posée, déclame la poésie de Treplev qui a un discours sensible sur la présence au monde des êtres vivants, dans une profération vibrante et inspirée par l’urgence du respect écologique de notre planète menacée. Un discours répété et significatif du besoin de sens, entrelacé à des morceaux choisis de la pièce, comme  la scène du pansement que fait l’actrice Arkadina, (Coco Felgeirolles) à Treplev, son fils blessé (Jean-Baptiste Tur). Conflit générationnel  et liens sentimentaux à la fois.

Sinon, le trio se plaint, crie, s’agace, rit et pleure, comme dans la vie. Dans le jardin on a  installé  un petit chapiteau avec portes transparentes ou aveugles levées ou bien déroulées, et avec aussi lampions et ballons bleus luminescents. Sur une petite table de fortune, un verre de blanc à la main, Gabriel Tur, joue un DJ et assure le fond musical et sonore de la représentation. Mais il interprète aussi de loin Trigorine, l’écrivain connu.

Quand reste le seul amour et quand on a peu d’argent, on n’en est pas heureux pour autant. Treplev en fait l’expérience: il va voir sa Nina séduite par l’écrivain en vogue. Des courses poursuites autour du chapiteau jusqu’aux arrêts furtifs pour reprendre leur respiration, les comédiens ne boudent pas leur plaisir de jouer. Non, c’est pas ça (Variations Treplev) est comme une chambre d’écho à toutes les questions que se posent les jeunes générations au seuil de l’existence: réussir et non rater. Dans le goût du jeu et de la fête, dans une démesure sympathique,  les personnages se  moquent ici d’eux-mêmes.

Véronique Hotte

Le Centquatre 5, rue Curial Paris XIXème, jusqu’au 14 octobre. T : 01 53 35 50 50

 


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