Eddy Merckx a marché sur la lune de Jean-Marie Piemme, mise en scène d’Armel Roussel

 

Eddy Merckx a marché sur la lune de Jean-Marie Piemme, mise en scène d’Armel Roussel

EDDY MERCKX A MARCHÉ SUR LA LUNE - FRANCOPHONIES 2017 -CPEAN-11Le 20 juillet 1969, Eddy Merckx gagne son premier tour de France et Neil Armstrong fait le premier pas sur la lune. « Je me suis souvenu de cette coïncidence, quand j’ai voulu écrire sur l’après 68 » dit Jean-Marie Piemme. Comment mai 68 résonne-t-il chez des jeunes gens d’aujourd’hui?  La pièce répond à cette question à travers les destins croisés d’un couple et de leur fils, et d’une multitude d’autres personnages. Deux époques, distantes de près de cinquante ans, s’imbriquent dans un montage de courtes séquences. Le couple parental vit au présent sa « révolution » utopique et culturelle, le fils et ceux de sa génération interrogent cet héritage.  Il dialogue aussi avec le fantôme du père et sa mère âgée… Les histoires du passé et du présent se bousculent dans un va-et-vient constant.

 A part les trois personnages principaux, les rôles ne sont pas attribués. Si bien qu’Eddy Merckx a marché sur la lune peut se jouer avec une distribution variable et revêt un caractère choral dès le départ : « Hop là, nous vivons ! /Nous sommes deux, nous sommes cent, nous sommes mille, / inquiets du lendemain/ indécis dans l’aujourd’hui, quoique pas satisfaits de cet aujourd’hui,/ avant tout soucieux de ne pas ajouter du gris au gris, de la mort à la mort. (…) »  Armel Roussel relève le défi avec de jeunes comédiens qui entrecroisent leurs répliques et interchangent leurs rôles avec une belle énergie. Metteur en scène, scénographe, auteur, et performeur installé en Belgique avec sa compagnie [e]utopia3, il a découvert la pièce de Jean-Marie Piemme à l’INSAS (Institut national supérieur des arts du spectacle et des techniques de la scène) de Bruxelles où ils enseignaient. Après une première lecture scénique avec des apprentis-comédiens, il en entrevoit les potentialités et choisit aujourd’hui de la distribuer avec cinq hommes et cinq femmes entre trente-cinq et quarante-cinq ans qui évoluent sur le plateau nu, en costumes de ville, comme si la mise en scène s’inventait au fur et à mesure.

 Il convoque les images de La Chinoise de Jean-Luc Godard, des chants révolutionnaires, ou des slogans, autant que des histoires d’amour d’hier et d’aujourd’hui. La musique sur scène est au rendez-vous, et, comme dans un concert, on prend souvent le public à témoin. Passant d’un travail choral à des rôles individualisés, avec une grande liberté, les interprètes insufflent la vitalité de la jeunesse avec un bel équilibre entre intime et politique, présent et passé. Dans ce double mouvement, le fils se cherche, sans trop espérer du legs paternel : « Le fils : Tu me laisses quoi ?/ Le Père : Mon échec. /Le Fils : T’as cru à des foutaises et c’est de ça que tu es mort. »  Piteux bilan. L’historien Marcel Gauchet parle des protagonistes de mai 68 comme d’une génération qui n’a pas su transmettre…

 Mais il n’y a rien de testamentaire ou de moralisateur dans ce texte ni dans ce spectacle. Il ne faut pas y voir un quelconque message, une tentative de reconstitution historique, ou une analyse a posteriori. On y lit simplement les traces du passé dans notre présent : «Le passé se dissout, éclats de souvenirs qui me reviennent au présent», dit l’un des personnages. Et les questions d’hier se sont ici transformées… en questions d’aujourd’hui. Une proposition tonique où la nostalgie et la gravité s’effacent devant l’énergie et la fantaisie déployées et données en partage au public.

Mireille Davidovici

Spectacle vu aux Francophonies en Limousin, le 21 septembre.           

Théâtre Paris-Villette, du 14 novembre au 2 décembre.
Théâtre des Tanneurs à Bruxelles, du 5 au 16 décembre.
Et Nest Théâtre, Centre Dramatique National de Thionville-Lorraine, du 15 au 18 mai.  

 


Archive pour 9 octobre, 2017

Go-on ou le son de la déraison

 

Go-on ou le son de la déraison, texte et mise en scène de Suzuki Matsuo (en japonais, surtitré en français)

 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Cette pièce pour huit acteurs et une danseuse, et dont c’est la première en France, a été créée il y a quinze ans par Suzuki Matsuo, aujourd’hui icône de la culture au Japon  et qui y fut révélé dans les années 90. La Maison de la Culture du Japon à Paris avait présenté pour la première fois hors de son pays cet artiste avec Le journal d’une machine. Il revient cette fois-ci avec une pièce où il joue avec les comédiens de sa compagnie, tous très connus chez eux au théâtre comme au cinéma ou à la télévision.

La pièce commence par un accident de voiture.  De retour d’une fête foraine, un couple discute de l’existence de Dieu. Juste au moment où elle trouve la solution pour prouver son existence, une voiture fonce sur cette jeune femme qui est projetée sur le pare-brise d’un petit 4/4 : elle est couverte de sang et dans le coma. Furieux, le mari (Suzuki Matsuo) séquestre la jeune femme qui était au volant et l’oblige à assumer ses responsabilités. Mais croulant sous les dettes, elle semble assez paumée : elle pensait devenir chanteuse et voulait se faire connaître avec des chansons larmoyantes  où  elle raconte  qu’elle s’est sacrifiée pour soigner sa mère vieillissante… Il y a aussi sur scène un jeune homosexuel et une vieille dame qui travaillent pour le mari, une sorte de manager qui couche avec la prétendue future chanteuse, un frère et sœur débarquant de province pour faire carrière dans le spectacle.

Suzuki Matsuo, à dix ans, avait dans la tête  croyait  « que toutes les pensées et les actions des êtres humains avaient été programmées par Dieu, que l’histoire de l’humanité avait suivi son intention. Même les désirs et les gestes les plus anodins, tels que le fait de prendre un verre d’eau, étaient décidés par Dieu. (…) Pour me libérer de cette obsession, quand j’étais seul, je recherchais les mouvements que Dieu ne pouvait pas avoir prévus pour l’homme. C’étaient des mouvements bizarres comme les enfants en inventent souvent. Pour moi, c’était un moyen de fuir le regard de Dieu. (…) J’ai grandi en ayant la manie de faire des gestes bizarres. Etrangement, ces gestes que je m’abstenais de faire au quotidien, j’ai eu envie de les libérer sur une scène de théâtre. Ces « mouvements impulsifs permettant de fuir le regard de Dieu », nés d’une nécessité oppressante, sans aucune intention comique, déclenchaient les rires du public sur un plateau de théâtre. Je suis entré dans le monde du théâtre en créant ma propre compagnie indépendante alors que j’étais un simple amateur. Dans un sens, j’ai formé mes comédiens non pas à la manière du théâtre occidental mais plutôt d’une façon proche de la transmission des arts vivants japonais tels que le kabuki. Je suis fier d’avoir formé de nombreux acteurs ayant autant de personnalité, qui parviennent à être très convaincants en ayant un jeu pas du tout naturel. Go-on décrit avec humour, la bêtise de gens qui se demandent si Dieu existe ou pas, un thème qui m’a tourmenté dès mon enfance. »

Cela se passe dans un décor blanc à la fois minimaliste et chargé d’éléments englués de blanc comme une lampe, une tête de cochon, une chaise, etc. Décor qui se modifie presque à chaque séquence jusqu’à donner un peu le tournis…  où on voit comme en gros plan les acteurs. Il y a aussi des numéros de danse d’une belle et jeune interprète toute en blanc (à gauche sur la photo ci-dessus) qui aèrent les choses et où on perçoit une certaine ironie envers la danse contemporaine.
Mais malgré une très grande précision dans la mise en scène, après une vingtaine de minutes,  le public avait tendance à décrocher d’un texte très estoufadou et pas très passionnant. Du moins pour nous, pauvres Occidentaux qui devons sans doute perdre ce que la pièce peut avoir de sarcastique là-bas. Mais bon, nous n’avons pas perçu-ou si peu-l’humour dont se vante l’auteur! Et il y avait aussi dans la salle des Japonais qui avaient tendance à s’endormir poliment mais sûrement… Reste une très bonne direction et un jeu d’acteurs qui ont un remarquable métier. Mais désolé, mais la Maison de la Culture du Japon nous a habitués à des spectacles d’un tout autre intérêt… 

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué à la Maison de la culture du Japon, 101 bis, quai Branly Paris XVème du 5 au 7 octobre.

Les Trois sœurs d’Anton Tchekhov, mise en scène de Timofeï Kouliabine

© Victor Dmitriev

© Victor Dmitriev

 

Les Trois sœurs d’Anton Tchekhov, mise en scène de Timofeï Kouliabine, (surtitré en français et en anglais)

On s’attend à monts et merveilles ou à un objet d’un snobisme absolu puisqu’en langue des signes russe. Mais le spectacle n’est ni l’un ni l’autre. Timofeï Kouliabine a mis en scène de façon assez classique, la chute de la maison Prozorov, une vieille famille cultivée et artiste, tombée entre les mains de l’arriviste et égoïste Natacha, incarnation d’un libéralisme prédateur.

La petite gourde du premier acte s’étale au second et au troisième, tisse sa toile, anéantissant son mari, déjà bien engagé sur la pente descendante, poussant dehors les trois sœurs qui n’en n’avaient pas besoin pour assister au gâchis de leurs souvenirs et à l’effondrement de leurs rêves. Irina, la plus jeune, qui voyait la vie en rose et blanc (en regardant un clip de Miley Cyrus…), finit veuve sans avoir connu l’amour, ni même la pâle consolation d’un mariage. Macha, la cadette, aura vu passer un  amour et devra revenir à un mari exaspérant, et Olga, l’aînée, à la fin directrice du lycée, aurait elle tant voulu être femme au foyer…

Résumée ainsi, la pièce paraît désespérante. Tous ceux qui la connaissent, savent qu’elle ne l’est pas. Quelqu’un, au moins, aime ces personnages frustrés d’amour et leur pardonne : l’auteur lui-même. Il les sait résilients, et même s’ils ne vont pas où il veulent, ils vont quelque part avec confiance, prêts pour «une vie nouvelle». Un décor tracé au sol, la grande table des jeux et des rires, et les meubles peints en gris clair évoquent ceux de la «chambre des enfants» où commence La Cerisaie: on est bien dans l’univers d’Anton Tchekhov, au-delà de la pièce elle-même, et souvent baigné de belles lumières.

La langue des signes n’apporte pas grand chose, d’autant que le troisième acte se passe en grande partie dans le noir! On peut y voir à la rigueur, un exercice intéressant pour des comédiens “entendants“, une façon de s’adresser plus directement les uns aux autres… Mais cela ne concerne guère le spectateur, à l’exception de quelques très beaux moments où la mise en scène joue sur la façon dont les sourds reçoivent dans tout le corps la vibration des sons : danse pieds nus, rare pause dans les conflits et les inquiétudes, têtes posées ensemble sur la table… Les “entendants”, eux, auraient préféré que le dernier acte ne soit pas saturé de crescendos et roulements de tonnerre forçant l’émotion et parasitant la belle gestuelles des trois sœurs enlacées, “pieuvre d’amour“ à six bras, « entre le rire et les larmes ».

La représentation dure quatre heures quinze, pauses comprises, car il faut après chaque acte, modifier le décor de la maison. On a vu des mises en scène plus fluides… Cette durée peut avoir sa beauté, mais il arrive qu’on s’ennuie et on a alors le temps de penser à d’autres interprétations, comme un aficionado à l’Opéra compare différentes Norma ou Traviata. Grâce aux sur-titres, on peut aussi le temps de vérifier son anglais courant… le festival d’Automne nous offre un objet théâtral inattendu dans une mise en scène qu’on nous dit « historique » mais pas entièrement convaincante. Attendons Les Trois Sœurs dans la mise en scène de Simon Stone, en novembre à l’Odéon.

Christine Friedel

Odéon-Théâtre national, aux Ateliers Berthier, Paris  jusqu’au 15 octobre. T. : 01 44 85 40 40.

Les Vibrants d’Aïda Asgharzadeh, mise en scène de Quentin Defalt

 

Les Vibrants d’Aïda Asgharzadeh, mise en scène de Quentin Defalt

©Jean-Christophe Lemasson

©Jean-Christophe Lemasson

 C’est l’histoire d’un jeune homme, Eugène, non pas appelé sous les drapeaux comme on dit mais engagé volontaire pour aller à la guerre en 1914. A la différence de ses nombreux camarades qui en sont morts, lui reviendra de cette boucherie mais défiguré pour toujours, à cause d’un éclat d’obus. Soigné puis opéré avec les moyens de l’époque, c’est à dire au prix d’incroyables souffrances, il n’a plus guère de goût à la vie. Pour ne traumatiser encore un peu plus ceux qu’on a très vite appelé les gueules cassées, tout miroir était formellement interdit aux infirmières qui leur évitaient aussi de pouvoir se regarder dans le verre d’une fenêtre.

Eugène, pourtant, rencontrera la grande Sarah Bernhardt qui le poussera à dire des textes et en particulier, Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand qui avait connu en 1897 donc récemment un incroyable succès  à la fois de la critique ( sauf André Gide!) et du public au Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris. Le jeune soldat progressera dans l’apprentissage de son rôle, protégé par une infirmière de l’hôpital qui lui a soigneusement caché la lettre de rupture de son amoureuse, pour ne pas le traumatiser davantage et lui en a substitué une autre. Bref, une situation  proche de celle qui fonde toute la pièce d’Edmond Rostand. Mais Eugène, la réalité rattrapant la fiction, sera condamné à porter sa vie durant, une prothèse nasale pour que l’on ne voit pas son affreuse blessure…

 La pièce, dit sa jeune auteure, lui a été inspirée par la vision de moulages de gueules cassées pris sur le vif, si on peut dire à un exposition sur la Grande Guerre, qu’elle avait vue il y a cinq ans au Centre Georges Pompidou de Metz. Oui, mais voilà, que peut-on faire d’un tel thème au théâtre, sans tomber dans l’imagerie et le pathos? Le parallèle avec Cyrano pourrait être habile mais le texte, très bavard, a bien du mal à s’imposer-les petites séquences succèdent aux petites séquences, ce qui casse le rythme-et les personnages stéréotypés, sauf à de rares moments, restent peu crédibles. Parfois même à la limite du théâtre amateur. Surtout celui de Sarah Bernardt caricatural mal joué, bref insupportable! Et les quatre acteurs qui jouent tous les rôles, peu dirigés, criaillent souvent dans un décor surtout constitué de rideaux de tulle transparent qui s’ouvrent et se ferment sans arrêt. Tous aux abris! Au théâtre aussi, l’enfer, c’est à dire un ennui pesant qui s’abat sur un salle peu remplie, est souvent pavé de bonnes intentions.

 Que sauver de cet ovni? Une excellente bande-son et quelques images peut-être mais cela ne suffit pas: la vie est courte et on ne vous  conseillera pas d’y consacrer une soirée. Le spectacle soutenu par l’Adami, a reçu un prix de la Presse au Festival d’Avignon 2016 (mais qui  parmi nos chers confrères a pu voter pour cette chose?) et est accueillie ici par Stéphanie Fagadau-Mercier.  Il y a, au théâtre comme ailleurs, des choses bien mystérieuses…

 Philippe du Vignal

 Studio des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne, Paris VIIIème. T : 01 53 23 99 19 jusqu’au 9 novembre.

 

Oncle Vania d’Anton Tchekhov, mise en scène de Philippe Nicaud

 

Oncle Vania d’Anton Tchekhov, mise en scène de Philippe Nicaud

onclevaniaNous avions dit tout le bien de ce spectacle quand il a été joué en janvier dernier. Nous persistons et signons…

La pièce, écrite en 1897  mais jouée deux ans plus tard, a précédé Les Trois sœurs  et La Cerisaie donc sept ans avant la mort d’Anton Tchekhov ; les quatre actes, sans indication de scène, racontent la fin du séjour l’été, d’un professeur  à la retraite, Sérébriakov et de son épouse Eléna (27 ans) dans la propriété agricole de Sonia, la nièce du professeur où vit aussi leur beau-frère Vania qui a travaillé toute sa vie dans ce domaine dont elle a hérité de sa mère, pour aider financièrement Sérébriakov. Vania, lui, a perdu ses illusions  sur celui qu’il prenait pour un génie et lui en veut. Et, comme il est amoureux d’Eléna, cela n’arrange pas ses rapports avec son mari qui se plaint tout le temps et supporte mal de se voir vieillir …

Quant à la belle Elena qui admirait aussi le professeur et en était amoureuse, elle avait fini par se marier avec lui. Désabusée, elle n’est plus amoureuse de cet insomniaque qui exaspère tout le monde avec ses prétendues maladies et qui voudrait imposer son rythme de vie aux autres  Elle s’ennuie et se laisserait bien séduire par Astrov, le médecin de campagne qui, fasciné par elle, vient souvent au domaine pour la voir. Il en a assez de courir chez ses patients, pense qu’il n’est plus utile et, visionnaire respectueux de la Nature, s’inquiète du sort de sa région dévastée par les coupes de bois. Mais il noie son mal de vivre dans la vodka…

Sonia, elle, profondément seule, est aussi amoureuse folle de ce très beau et séduisant Astrov mais, en larmes, finira par comprendre que c’est sans espoir. Sérébriakov voudrait vendre le domaine pour réaliser une opération soi-disant juteuse; bien entendu, Vania n’accepte pas et une violente dispute va les opposer. Sérébriakov et Elena, après une réconciliation de façade, partiront à jamais… laissant Sonia désespérée, Astrov encore plus amer et Vania accablé de tristesse, enfin débarrassés du professeur mais tous encore plus seuls avec eux-même.

La pièce, admirablement construite, comprend en plus des cinq personnages cités plus haut, Maria, la grand-mère de Sonia et mère de Vania et de la première femme de Sérébriakov, Téléguine, un propriétaire ruiné qui vit là, aux crochets de Sonia et Vania, Marina, la vieille nourrice, et un valet. Bref, une communauté de gens qui se sont toujours connus et qui vivent étroitement les uns avec les autres, maîtres et domestiques, dans un microcosme coupé du monde, surtout pendant les longs hivers russes. Sur fond de tristesse et de solitude mais aussi de moments joyeux comme Anton Tchekhov tenait à le souligner.

Philippe Nicaud a éliminé tout folklore du genre : samovar, costumes d’époque et neige qui tombe, et a donc éliminé les autres personnages secondaires et a recentré la pièce sur les cinq principaux, sans doute pour des raisons financières. Oncle Vania y perd de ce côté grande famille qui est un peu la marque de la fabrique Tchekhov mais y gagne sans doute en intimité. Sur le petit plateau de la cave voûtée de l’Essaïon, juste une table de bois, quelques tabourets, une étagère avec quelques assiettes, des bouteilles de vin et de vodka, une cafetière électrique qui répand son fumet, et dans le fond, une autre table pleine des papiers et livres en fouillis du professeur. Et quelques lampes de chevet. Sur des cintres accrochés au mur, trois robes d’Eléna. Et les cinq personnages tous présents sur scène restent discrets, quand il ne jouent pas dans une scène. «J’ai voulu  cela, dit Philippe Nicaud, pour recréer cette atmosphère étouffante». En fait, cela ne fonctionne pas très bien et fait convention post-brechtienne des années 70 et le début a un peu de mal à se mettre en place. Mais qu’importe ces réserves, rien de grave.

Oncle Vania a souvent été montée ces dernières années, notamment par Eric Lacascade, Pierre Pradinas, Christian Benedetti, Jacques Livchine et Hervée de Lafond qui l’avaient joué en plein air et l’une des meilleures mises en scène que nous avions toutes vues, et il y a deux mois par Julie Deliquet (voir Le Théâtre du Blog). Mais ce spectacle bien rodé, est à la fois simple, (pas de criailleries, de micros HF,  d’effets inutiles, pas non plus de grossissement vidéos, pas de musique, sinon quelques airs à la guitare chantés par Astrov) mais exigeant, avec un grand respect du texte, même s’il a été élagué, et une bonne direction d’acteurs. Tous les personnages sont très crédibles, que ce soit Céline Spang (Eléna) (photo plus haut), Bernard Starck (le professeur) et Philippe Nicaud (Astrov) mais surtout Fabrice Merlo (Vania) et Marie Hasse (Sonia). Tous les deux exceptionnels et sublimes de justesse (photo ci-dessus). La grande classe…

Quand les  choses s’accélèrent vers la fin, et qu’Astrov et Eléna échangent de longs baisers, juste au moment où arrive le pauvre Vania avec son bouquet de roses ! Quand, désespérée, la pauvre Sonia  voit son bel amour s’écrouler et sanglote… On a beau en avoir vu des scènes de Tchekhov fortes et pathétiques mais là, et croyez-nous-et c’est vraiment rare dans une vie de critique-on en a plus que les larmes aux yeux. Une absence de prétention, une très bonne diction, et un travail approfondi de Philippe Nicaud et de ses acteurs sur les personnages aux costumes simples mais justes! Résultat: une vérité et une émotion palpable devenus rares dans le théâtre contemporain!

Cette compagnie ne joue certains jours! Sans doute une histoire de finances, mais si vous le pouvez, allez-y, vous ne regretterez pas cet Oncle Vania qui a été aussi  joué à Avignon  où nous n’avions pu le voir. Le public a applaudi longuement et avec raison cette mise en scène. Reste aux directeurs-des grands et moins grands-théâtres parisiens à accueillir ce remarquable spectacle sur le plateau d’une petite salle. Des noms, du Vignal ? Allez en vrac : Le Théâtre des Abbesses, le Théâtre de Paris, le Paris-Villette, le Théâtre de Belleville, le Grand Parquet, le Théâtre de la Tempête…Ne répondez pas tous en même temps!
Mais ce serait en effet dommage que ce formidable spectacle ne soit pas plus largement vu…il le mérite.

Philippe du Vignal

En ce moment au Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre au Lard. T: 01 43 78 46 42. Le spectacle avait été  joué jusqu’au 14 janvier 2017. 

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Cirkopolis par le Cirque Eloize, mise en scène de Dave Saint-Pierre et Jeannot Painchaud

©Cirque Eloize

©Cirque Eloize

Cirkopolis par le Cirque Eloize, mise en scène de Dave Saint-Pierre et Jeannot Painchaud

Il faut saluer l’ouverture d’un nouveau théâtre dans  le XIIIème, place d’Italie, succédant à un cinéma,  ce qui est très rare.  Avec un spectacle grand public mais non racoleur de cette compagnie de cirque québécoise au doux nom d’Éloize, un mot du patois acadien se prononçant elwaz et signifiant «éclair de chaleur» aux Îles-de-la-Madeleine, archipel du golfe du Saint-Laurent à 200 km de la côte Est du Québec et dont les artistes de la première troupe du Cirque Éloize étaient tous originaires. Fondé en 1993, la compagnie a créé quelque onze spectacles originaux dont iD en 2009, Cirkopolis en 2012, Le Music-Hall de la Baronne en 2014 et Saloon en 2016. Avec plus de 4.000 représentations dans cinquante  pays…

«Ce spectacle, dit Jeannot Painchaud qui a fondé la compagnie et en est le directeur artistique, parle d’espoir, de la quête de soi-même qui conduit à la liberté,  Le personnage principal se rend compte qu’il veut échapper à ces engrenages de la ville-usine, quitter cet environnement déshumanisé qui finirait par l’écraser. » Dave Saint-Pierre dont  nous avions vu un spectacle en solo au dernier festival d’ Avignon, (voir Le Théâtre du Blog) en a réalisé la chorégraphie, avec un souci d’esthétique et d’harmonie du geste. Et les performances circassiennes qui se succèdent, ont donc, grâce à lui ici, un supplément d’âme. Un vrai plaisir… Hasley, un homme seul, évolue dans l’environnement étouffant d’une ville-usine et d’immenses engrenages, en images de synthèse d’une qualité exceptionnelle qui s’inspirent du fameux Metropolis de Fritz Lang ou Brazil de Terry Gilliam.

Détournant les agrès et accessoires de cirque de leur fonction initiale, les artistes réalisent des tableaux très réussis, entre poésie et performance. Avec, en particulier, un superbe numéro de roue Cyr, du nom de son inventeur québécois, de diabolo-exceptionnel de virtuosité et de beauté-puis de mât chinois, avec une danseuse et son partenaire. Nous rêvons avec le personnage principal, quand une autre danseuse, toute de mauve vêtue, passe dans les airs avec tendresse entre les mains de ses partenaires qui la soutiennent telle une déesse: une véritable icône reprise sur l’affiche. Une chanson l’accompagne : «Saurais-tu quitter les songes pour te joindre à nous? » Tout un programme! La partition musicale transporte le public. Mais les applaudissements à la fin de chaque numéro, nuisent un peu à la fluidité du spectacle.

Les jeunes artistes de neuf nationalités occupent avec une belle énergie les quelque trente mètres d’ouverture du plateau. et nous offrent, pour le final, un vrai feu d’artifice de performances, mêlant danse, cirque et théâtre. Un beau spectacle qu’Olivier Peyronnaud, le directeur de ce nouveau lieu qui vient d’ouvrir (voir prochainement l’entretien avec lui dans Le Théâtre du Blog) offre au public.

Jean Couturier

Le 13ème Art, Place d’Italie, Paris XIII ème ,jusqu’au 29 octobre.
www.le13emeart.com www.justepourrire.fr

             

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