Go-on ou le son de la déraison

 

Go-on ou le son de la déraison, texte et mise en scène de Suzuki Matsuo (en japonais, surtitré en français)

 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Cette pièce pour huit acteurs et une danseuse, et dont c’est la première en France, a été créée il y a quinze ans par Suzuki Matsuo, aujourd’hui icône de la culture au Japon  et qui y fut révélé dans les années 90. La Maison de la Culture du Japon à Paris avait présenté pour la première fois hors de son pays cet artiste avec Le journal d’une machine. Il revient cette fois-ci avec une pièce où il joue avec les comédiens de sa compagnie, tous très connus chez eux au théâtre comme au cinéma ou à la télévision.

La pièce commence par un accident de voiture.  De retour d’une fête foraine, un couple discute de l’existence de Dieu. Juste au moment où elle trouve la solution pour prouver son existence, une voiture fonce sur cette jeune femme qui est projetée sur le pare-brise d’un petit 4/4 : elle est couverte de sang et dans le coma. Furieux, le mari (Suzuki Matsuo) séquestre la jeune femme qui était au volant et l’oblige à assumer ses responsabilités. Mais croulant sous les dettes, elle semble assez paumée : elle pensait devenir chanteuse et voulait se faire connaître avec des chansons larmoyantes  où  elle raconte  qu’elle s’est sacrifiée pour soigner sa mère vieillissante… Il y a aussi sur scène un jeune homosexuel et une vieille dame qui travaillent pour le mari, une sorte de manager qui couche avec la prétendue future chanteuse, un frère et sœur débarquant de province pour faire carrière dans le spectacle.

Suzuki Matsuo, à dix ans, avait dans la tête  croyait  « que toutes les pensées et les actions des êtres humains avaient été programmées par Dieu, que l’histoire de l’humanité avait suivi son intention. Même les désirs et les gestes les plus anodins, tels que le fait de prendre un verre d’eau, étaient décidés par Dieu. (…) Pour me libérer de cette obsession, quand j’étais seul, je recherchais les mouvements que Dieu ne pouvait pas avoir prévus pour l’homme. C’étaient des mouvements bizarres comme les enfants en inventent souvent. Pour moi, c’était un moyen de fuir le regard de Dieu. (…) J’ai grandi en ayant la manie de faire des gestes bizarres. Etrangement, ces gestes que je m’abstenais de faire au quotidien, j’ai eu envie de les libérer sur une scène de théâtre. Ces « mouvements impulsifs permettant de fuir le regard de Dieu », nés d’une nécessité oppressante, sans aucune intention comique, déclenchaient les rires du public sur un plateau de théâtre. Je suis entré dans le monde du théâtre en créant ma propre compagnie indépendante alors que j’étais un simple amateur. Dans un sens, j’ai formé mes comédiens non pas à la manière du théâtre occidental mais plutôt d’une façon proche de la transmission des arts vivants japonais tels que le kabuki. Je suis fier d’avoir formé de nombreux acteurs ayant autant de personnalité, qui parviennent à être très convaincants en ayant un jeu pas du tout naturel. Go-on décrit avec humour, la bêtise de gens qui se demandent si Dieu existe ou pas, un thème qui m’a tourmenté dès mon enfance. »

Cela se passe dans un décor blanc à la fois minimaliste et chargé d’éléments englués de blanc comme une lampe, une tête de cochon, une chaise, etc. Décor qui se modifie presque à chaque séquence jusqu’à donner un peu le tournis…  où on voit comme en gros plan les acteurs. Il y a aussi des numéros de danse d’une belle et jeune interprète toute en blanc (à gauche sur la photo ci-dessus) qui aèrent les choses et où on perçoit une certaine ironie envers la danse contemporaine.
Mais malgré une très grande précision dans la mise en scène, après une vingtaine de minutes,  le public avait tendance à décrocher d’un texte très estoufadou et pas très passionnant. Du moins pour nous, pauvres Occidentaux qui devons sans doute perdre ce que la pièce peut avoir de sarcastique là-bas. Mais bon, nous n’avons pas perçu-ou si peu-l’humour dont se vante l’auteur! Et il y avait aussi dans la salle des Japonais qui avaient tendance à s’endormir poliment mais sûrement… Reste une très bonne direction et un jeu d’acteurs qui ont un remarquable métier. Mais désolé, mais la Maison de la Culture du Japon nous a habitués à des spectacles d’un tout autre intérêt… 

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué à la Maison de la culture du Japon, 101 bis, quai Branly Paris XVème du 5 au 7 octobre.

 


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