Les Vibrants d’Aïda Asgharzadeh, mise en scène de Quentin Defalt

 

Les Vibrants d’Aïda Asgharzadeh, mise en scène de Quentin Defalt

©Jean-Christophe Lemasson

©Jean-Christophe Lemasson

 C’est l’histoire d’un jeune homme, Eugène, non pas appelé sous les drapeaux comme on dit mais engagé volontaire pour aller à la guerre en 1914. A la différence de ses nombreux camarades qui en sont morts, lui reviendra de cette boucherie mais défiguré pour toujours, à cause d’un éclat d’obus. Soigné puis opéré avec les moyens de l’époque, c’est à dire au prix d’incroyables souffrances, il n’a plus guère de goût à la vie. Pour ne traumatiser encore un peu plus ceux qu’on a très vite appelé les gueules cassées, tout miroir était formellement interdit aux infirmières qui leur évitaient aussi de pouvoir se regarder dans le verre d’une fenêtre.

Eugène, pourtant, rencontrera la grande Sarah Bernhardt qui le poussera à dire des textes et en particulier, Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand qui avait connu en 1897 donc récemment un incroyable succès  à la fois de la critique ( sauf André Gide!) et du public au Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris. Le jeune soldat progressera dans l’apprentissage de son rôle, protégé par une infirmière de l’hôpital qui lui a soigneusement caché la lettre de rupture de son amoureuse, pour ne pas le traumatiser davantage et lui en a substitué une autre. Bref, une situation  proche de celle qui fonde toute la pièce d’Edmond Rostand. Mais Eugène, la réalité rattrapant la fiction, sera condamné à porter sa vie durant, une prothèse nasale pour que l’on ne voit pas son affreuse blessure…

 La pièce, dit sa jeune auteure, lui a été inspirée par la vision de moulages de gueules cassées pris sur le vif, si on peut dire à un exposition sur la Grande Guerre, qu’elle avait vue il y a cinq ans au Centre Georges Pompidou de Metz. Oui, mais voilà, que peut-on faire d’un tel thème au théâtre, sans tomber dans l’imagerie et le pathos? Le parallèle avec Cyrano pourrait être habile mais le texte, très bavard, a bien du mal à s’imposer-les petites séquences succèdent aux petites séquences, ce qui casse le rythme-et les personnages stéréotypés, sauf à de rares moments, restent peu crédibles. Parfois même à la limite du théâtre amateur. Surtout celui de Sarah Bernardt caricatural mal joué, bref insupportable! Et les quatre acteurs qui jouent tous les rôles, peu dirigés, criaillent souvent dans un décor surtout constitué de rideaux de tulle transparent qui s’ouvrent et se ferment sans arrêt. Tous aux abris! Au théâtre aussi, l’enfer, c’est à dire un ennui pesant qui s’abat sur un salle peu remplie, est souvent pavé de bonnes intentions.

 Que sauver de cet ovni? Une excellente bande-son et quelques images peut-être mais cela ne suffit pas: la vie est courte et on ne vous  conseillera pas d’y consacrer une soirée. Le spectacle soutenu par l’Adami, a reçu un prix de la Presse au Festival d’Avignon 2016 (mais qui  parmi nos chers confrères a pu voter pour cette chose?) et est accueillie ici par Stéphanie Fagadau-Mercier.  Il y a, au théâtre comme ailleurs, des choses bien mystérieuses…

 Philippe du Vignal

 Studio des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne, Paris VIIIème. T : 01 53 23 99 19 jusqu’au 9 novembre.

 

 


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