La Famille royale, d’après William T. Vollmann, adaptation et mise en scène de Thierry Jolivet

 

©Simon Gosselin

©Simon Gosselin

La Famille royale, d’après William T. Vollmann, adaptation et mise en scène de Thierry Jolivet

 Ce roman-fleuve de cet écrivain américain, traduit par Claro, est fondé sur un bon scénario fondé sur le pouvoir du néo-libéralisme et de la société du spectacle, à l’heure de la globalisation. Le commerce sexuel et sa captation numérique-un des thèmes du roman-est un témoignage de l’oppression du monde marchand sur les corps. Le jeune metteur en scène regarde cette fiction politique comme un moment de l’Histoire où est mise en relief la violence d’une société dont les représentants antithétiques se rejoignent dans des rapports de maître à esclave.  

Deux frères ennemis, tels Abel et Caïn, se regardent en miroir, se croisant parfois mais à peine, l’un du côté du Bien, et l’autre, du côté du Mal. Le bon Tyler, un détective privé, a été embauché par un proche d’un de ces frères ennemi- à la fois homme d’affaires cynique et avocat arrogant. A la recherche de la mythique « Reine des Putes » de San Francisco,  pour en faire la vedette d’un bordel virtuel à Las Vegas! Tyler va donc fréquenter les bas-fonds de la ville, il localisera cette « Reine » …et en tombera amoureux. Il y a aussi dans ce roman, une tribu de prostituées sous l’emprise de l’héroïne et du crack «que le Roi Dollar et ses sbires vont s’employer à anéantir». Pour raffiner encore ce tableau d’une société corrompue-vies détruites et amours malheureuses-le bon Tyler va aimer l’épouse du frère diabolique qui se suicidera.

Dégradation des existences mises à mal : les personnages masculins comme féminins ne se montrent pas sous leur meilleur jour, et sont les victimes et les proies sexuelles des souteneurs (les hommes les plus forts physiquement) et des hommes d’argent. Coups et blessures, femmes ravalées au rang d’esclaves violées, hommes spectateurs passifs ou acteurs mais souvent impuissants… Bref, tout ce monde équivoque des bas-fonds vit dans une solitude extrême. Une fresque très noire, même si la Reine paraît plus humaine!

Toute la mise en scène  est fondée sur une énergie et une fougue non simulées. Côté scénographie, murs, parois et habitacles se déplacent, donnant à voir avec beaucoup d’invention et de façon simultanée, des situations pourtant éloignées mais dont les scènes s’enchaînent comme dans un film, à un rythme tendu. Les comédiens ne ménagent pas leurs efforts, et assument pleinement leur rôle de bandit ou de prostituée. Dans une sorte de danse macabre, ils essayent de résister aux menaces et d’éviter coups et mauvais traitements. Le représentant du Mal déroule au micro le catalogue des catastrophes sociales actuelles : crise des subprimes aux États-Unis et ses répercussions en Europe, attentat et chute des Tours jumelles… L’animateur fait son show, tous micros ouverts, sous les spots d’une télé, invectivant le Mal sur un ton de colère, en écho au trio Mémorial: composition et interprétation musicale de Clément Bondu, Jean-Baptiste Cognet et Yann Sandeau.

 Mais le niveau sonore beaucoup trop élevé réduit le propos et oblige Florian Bardet, Zoé Fauconnet, Isabel Aimé Gonzalez Sola, Thierry Jolivet, Nicolas Mollard, Julie Recoing, Savannah Rol et Paul Schirck à ne mettre aucune distance entre eux et leur personnage: ils jouent un peu sommairement au premier degré, criaillant et s’époumonant sans nuance. Dommage…

 Véronique Hotte

Le spectacle a été joué au Théâtre de la Cité internationale, 17 boulevard Jourdan, Paris XIVème, du 5 au 10 octobre.

Le roman traduit par Caro est publié aux éditions Actes Sud.

 

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