Jours radieux de Jean-Marie Piemme mise en scène de Fabrice Schillaci

 

Jours radieux de Jean-Marie Piemme mise en scène de Fabrice Schillaci

©Alice Piemme

©Alice Piemme

Le Théâtre Varia a programmé nombre de pièces de Jean-Marie Piemme et  accueille aujourd’hui Jours radieux, une création du Théâtre de Liège. Officiellement inauguré en 1988 comme Théâtre de la Communauté française, ce centre dramatique est né à l’initiative des metteurs en scène Michel Dezoteux Marcel Deval et Philippe Sireuil, pour y créer leur projets. Ensemble, ils ont découvert cet ancien théâtre, devenu entre temps un garage…
Les premiers spectacles présentés connurent d’immenses succès. Depuis, avec une deuxième salle: le Petit Varia, il reste un lieu de création incontournable, ouvert aux aventures artistiques et aux écritures nouvelles, en théâtre comme en danse. On y verra cette saison des pièces d’auteurs comme Manuel Antoine Pereira,  Rafael Spregelburg,et Yannis Ritsos avec La  Trilogie des éléments (voir Le Théâtre du Blog).

 Jours radieux commence comme un conte de fées : « Il était une fois une paisible maison, habitée par de braves gens. » Le Blond, la Blonde et la Blondinette forment une famille heureuse. «Tout va bien !» s’extasie chacun, confortablement installé dans un intérieur douillet : «Dans la tête, j’ai un rêve, dit  Le Blond,  un monde blond. Désirs blonds, pensées blondes, paysages blonds, argent blond, esprit national blond, chaque génération ferait l’amour dans un champ de blé et les progrès de la génétique aidant, un jour, tous les êtres humains sur terre deviendraient blonds. »

Mais, dans ce monde clos sur lui-même, s’insinue la peur. Peur de l’autre, de l’étranger, peur aussi de ne plus pouvoir manger du cochon, de perdre leur français, peur de dire cette peur viscérale. Ils ont beau se protéger, se cacher, ils sont de plus en plus désorientés, isolés, perdus. Ces braves blonds sans histoire cèdent à la paranoïa : fini le bonheur. Heureusement, un parti radical ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. La Blondinette en est. Et, comme Blanche-Neige Démocratie, elle se laisse entraîner par la « vieille sorcière facho ». Alors, le conte vire au cauchemar… 

 La scénographie, très simple, avec un  praticable central carré qui tourne sur lui-même, figure le salon de la petite famille. Ce décor, efficace, va se transformer dans la deuxième partie, en Château maudit. Composée de onze tableaux, la narration avance par ellipses. Avec des répliques courtes et percutantes, émaillées de blagues et de comique de situation, comme par exemple, quand La Blonde est prise d’un spasme l’obligeant à parler arabe. On rit au quart de tour, même si l’auteur ne fait pas toujours dans la dentelle et opte pour la farce chansonnière. 

 

©Alice Piemme

©Alice Piemme

Fabrice Schillaci flirte avec le grotesque, et ses comédiens se saisissent du texte, sans avoir peur de la caricature. Elisabeth Karlik, la fille, a tout d’une passionaria à la Marion Maréchal Le Pen, Joëlle Franco, la mère, campe une fausse blonde vulgaire, quant à Stéphane Vincent, il a le physique du rôle. Comme l’auteur, les interprètes s’en donnent à cœur joie,  sans pitié pour leurs personnages. Ridicules, monstrueux, mais, comme il s’agit d’un conte moral, on comprend qu’ils sont aussi des victimes, aveuglés par leur trouille.

 A l’instar de Joël Pommerat et avec le succès que l’on sait, le théâtre, depuis quelques années, a renoué avec cette littérature populaire,  les contes d’antan, revus et corrigés, Voire, comme ici détournés. L’ humour caustique de Jean-Marie Piemme stigmatise la montée des extrêmes droites européennes ; la  mise en scène, sur le fil du rasoir, évite le piège de la vulgarité. Un spectacle chaleureusement applaudi par le public qui rit à bon escient, ce qui témoigne de la justesse de l’interprétation.

 Mireille Davidovici

Petit Varia. Billetterie Rue du Sceptre, 78 71050 Bruxelles T. : 032 / 640 35 50, jusqu’au 28 octobre.
Le NEST de Thionville du 16 au 18 avril.

Le texte est publié chez Lansman éditeur (2017)


Archive pour 14 octobre, 2017

Les Batteurs, conception : Théâtre Déplié, mise en scène d’Adrien Béal

 

Les Batteurs, conception : Théâtre Déplié, mise en scène d’Adrien Béal

 

©Martin Colombet

©Martin Colombet

La batterie soit l’ensemble des instruments à percussion d’un orchestre : caisse claire, grosse caisse et cymbales, frappées avec la main, à la baguette, ou au balai, pour en tirer des sons arrondis ou proéminents, secs ou légers. L’un de ces six instrumentistes raconte ce qu’il doit à Kenny Clarke, pionnier de l’utilisation de la cymbale pour tenir le rythme. Jusque là, en effet, on utilisait la caisse claire pour le rythme principal, soutenu par la grosse caisse, et il est maintenant marqué par la cymbale, que grosse caisse et caisse claire soutiennent. Ainsi, naît la technique de la batterie du jazz, que l’on perçoit peu mais qui donne pourtant le tempo, autour duquel les autres instrumentistes se rassemblent implicitement. Ici, le pouvoir passe de mains en mains, et s’échange, selon la mesure de chacun, quand il y a six batteurs en scène : Anthony Capelli, Héloïse Divilly, Arnaud Laprêt, Louis Lubat, Christiane Prince et Vincent Sauve.

A partir de situations fictives élaborées en commun, Adrien Béal a associé l’esprit d’un chœur de batteurs à celui du chœur du théâtre antique grec mais cette fois sans coryphée. Récits et gestes scéniques s’éloignent ou se rapprochement, et les groupes se rejoignent pour une composition nouvelle ou bien s’isolent. Comment l’individu participe-t-il à l’histoire collective ? En jouant en solo parfois, puis avec les autres, à l’instant donné ? Dans une énergie communicative qui traverse les êtres dialoguant sourdement entre eux et se parlant sensuellement

Souvenirs d’enfance où l’enfant qu’on a été, les garçons surtout, bat un objet avec une baguette ou un bâton, et se sent alors vivre au plus près de son corps et de son cœur qu’il ignore encore. Souvenirs aussi de résonances de musique africaine, en solo ou en chœur, musique quotidienne des femmes qui battent le millet ; souvenirs des légendes chamaniques aux percussions éloquentes ; actualité contemporaine aux battements du cœur accélérés par l’émotion, dans une violente agitation des sens.

A la fin, les batteurs se rassemblent en une ligne horizontale nette, jouant de plus en plus intensément, quand le noir se fait absolu, et que la musique résonne dans le corps de chaque spectateur. Une jolie croisière musicale…

 Véronique Hotte

T2G –Théâtre de Gennevilliers, avenue des Grésillons, jusqu’au 16 octobre. T : 01 41 32 26 26.

 

 

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