Le Marchand de Venise (Business in Venice) de William Shakespeare, mise en scène de Jacques Vincey

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

 

Le Marchand de Venise (Business in Venice) de William Shakespeare, mise en scène de Jacques Vincey, texte français et adaptation de Vanasay Khamphommala

Pièce-piège, pièce à problème, et à prendre avec des pincettes, Le Marchand de Venise n’est pas commode à monter. Aux fêtes de carnaval, le jeune Bassanio  tombe amoureux fou de la belle (et sage, on verra à quel point !) Portia, l’héritière avisée d’un père non moins avisé. Pour lui faire la cour, il lui faut des sous : ça a toujours coûté cher de fréquenter les riches! Circulation de l’argent et cascade financière : il emprunte à son ami Antonio, le marchand, qui, lui-même, a investi tous ses capitaux et doit donc emprunter au juif Shylock, qui leur fera, si possible, payer le prix fort à tous les deux. Une livre de la chair d’Antonio, s’il ne rembourse pas en temps et en heure. Les affaires de cœur, elles, vont bien, et Bassanio saura déchiffrer l’énigme qui lui donnera Portia. Mais…

Dans un décor de supermarché où la jeunesse de Venise vient se servir, Jacques Vincey choisit franchement le parti de la comédie et prend donc le risque que les personnages-légers-deviennent ici un peu lourds… Mais on ne lui reprochera pas un prologue en forme de «stand up» de Pierre-François Doireau en Lancelot, le bouffon : il vous dégoupille la pièce pour mieux jouer sur nos attentes, en un extrait délicieusement agaçant, drôle et efficace, ou comme dans la scène où Portia, en poupée Barbie (Océane Mozas, irrésistible) reçoit ses prétendants-le choix du coffret d’or, d‘argent ou de plomb, avec déchiffrement de l’énigme et avec à la clé : la main de la belle-se fait sur un podium de jeu télévisé avec images virtuelles, spots clignotants et ritournelle sonnant l’échec ou la victoire.

Joute verbale au procès où Shylock réclame son dû, et comédie galante au domaine enchanté de Belmont : la comédie joue sur différents registres sans perdre de sa gravité. Cela tient au malaise provoqué par le mépris presque naturel du patricien Antonio et de sa petite Cour pour le juif Shylock, mais surtout au jeu particulièrement sobre des principaux adversaires, le mélancolique Antonio et le juif condamné à l’amertume. Jean-René Lemoine, en homme qui n’aime plus la vie mais qui l’accepte, y compris dans le sacrifice de sa “livre de chair“ ou dans ’arrangement final qui l’enrichit aux dépens du juif, et Jacques Vincey lui-même, dans le rôle de Shylock, font preuve de la même intériorité, de la même dignité. En ennemis fraternels…

À la fin du procès, la victoire écrasante des chrétiens-conversions forcées et confiscation des biens-nous montre ce dont sont capables les “bons» contre les “méchants“. Nous connaissons cela, à l’échelle de la planète. Épilogue : une fois l’harmonie du monde rétablie avec une telle brutalité, le moment est venu de la rétablir aussi dans les couples amoureux : la soumission traditionnelle des femmes fondée sur l’obéissance absolue des hommes aux épreuves imposées: subtilités précieuses…

Par ces bizarreries, la pièce échappe peut-être au débat simplificateur : est-elle, oui ou non, antisémite ? Ou : jusqu’où peut on laisser la parole à des personnages antisémites ? Malheur au perdant ! Ce n’est pas un programme mais un constat ; tempéré par la compassion, selon Portia. Fin du match : rien de changé, la vraie question subsiste : celle des rapports de forces.  Voilà pourquoi, sans doute, cette lecture du Marchand de Venise ne provoque-du moins pas le soir où  nous y avons assisté-ni scandale ni agitation. Le public reconnaît trop bien ces jeux de pouvoir et d’argent, soulignés par le sous-titre du spectacle, pour se focaliser sur la figure du Juif. Et il en apprécie la comédie.

Christine Friedel

Théâtre 71 à Malakoff (Hauts-de Seine), jusqu’au 20 octobre.

En tournée à la Comédie de Reims-Centre Dramatique National, du 7 au 9 novembre; NEST-Centre Dramatique National de Thionville, les 15 et 16 novembre ; Théâtre Dijon Bourgogne-Centre Dramatique National du 21 au 24 novembre ; Comédie de Saint-Etienne-Centre Dramatique National, du 29 novembre au 1er décembre.
Hexagone de Meylan, Scène  nationale, les 6 et 7 décembre, et Maison de la Culture de Bourges, Scène nationale, du 12 au 14 décembre.

 

 

 


Archive pour octobre, 2017

Croquis de voyage par les élèves de l’Ecole du Nord

©Sébastien jarry

©Sébastien jarry

 

Croquis de voyage par les élèves de l’Ecole du Nord

Sortir du confort de l’Ecole, de la vie en groupe -en tournée, les acteurs vont ensemble d’un théâtre à l’autre- se retrouver seul, face à soi-même dans un environnement étranger, en revenir avec un point de vue et un projet artistique personnel, puis écrire, répéter et présenter son Croquis de voyage en quinze jours: un pari  difficile mais ici gagné. Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Cécile Garcia-Fogel en était convaincue, avant de proposer aux élèves de troisième année de l’Ecole du Nord, cette expérience initiatique.

Les petites formes qui en résultent, livrées ce week-end le confirment. La comédienne, marraine de la promotion 2015-2018, leur a demandé de partir dans un pays européen de leur choix, téléphone mobile et ordinateur débranchés, pour une immersion totale. En poche, une carte inter-Rail donnant accès gratuit aux trains européens, et un petit défraiement. Pour préparer au mieux l’aventure, Cécile Garcia-Fogel a demandé à Jean-Pierre Thibaudat, homme de théâtre et grand voyageur, d’accompagner l’initiative,  : «Les seize élèves, dit-il, savent où ils vont, mais ne savent pas ce qu’ils trouveront en chemin. Tout voyage vaut pour ses imprévus (…). Je les ai aidés à préciser leurs objectifs puis, au retour, je leur ai donné quelques conseils sur leur textes et leurs réalisations,  sans jamais les guider ».

La Maison Folie Moulins, une ancienne brasserie en briques rouges, est en effervescence. De la cour aux Petit et Grand germoirs, à la Petite cuve, par des escaliers métalliques le public s’invite au voyage…

Mathias Zachar est descendu, en train, en bateau, en stop, de la source à l’embouchure du Danube (« Le petit robinet est devenu une bouche où le Danube se perd »). Lui qui, imprégné de littérature, n’a jamais vraiment écrit, compose un récit étonnant, rythmé comme La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars, avec des échappées poétiques à la Paul Celan : «L’Europe est un masque de papier qui porte le Danube en sourire ». Il retrouve au passage sa famille paternelle, hongroise : « Mon grand-père attend Dieu, assis dans les abeilles, et il chante ». Il plonge au cœur de cette Mitteleuropa aux langues et nationalités enchevêtrées : « Sarajevo, ses mosquées qui se frottent à ses églises, qui se frottent à ses synagogues, qui se frottent à mes mains (…) La rivière coule rouge, de tout le sang versé. (…) « Et mon impuissance. Je suis un petit jouet de l’histoire dans une boîte. (…) Je comprends que je ne suis rien, je suis vide, prisonnier de la puissance du monde. » Au terme du périple, arrivé au kilomètre zéro, paradoxalement là où le fleuve se jette dans la mer, après 2.882 kilomètres, il conclut :  «Le voyage est une longue quête vers un moi qui ne m’appartient pas. »

Croquis de voyage 1 - Simon Gosselin-73

©Simon Gosselin

Et nous voilà dans la cour de la Folie Moulins, sur les traces d’Allan Stone, un personnage de fiction inventé et joué par Alexandre Goldinchtein. Comme échappé du Bon,la Brute et le Truand, chapeau de cuir et cache-poussière, le double de l’auteur d’I am a poor lonesome car-boy  nous entraîne, avec sa vieille bagnole rouge – fidèle cheval d’acier-, dans le désert de Tabernas, en Andalousie. Hauts lieux du cinéma hollywoodien où furent jadis tournés westerns et peplums, les anciens villages de cowboys sont en ruine, ou exploités pour le tourisme, la région livrée aux chasseurs : “Coto de Caza” annoncent des pancartes. Un Indien acrobate rejoint le héros. Alexandre Goldinchtein rapporte dans ses bagages une brillante performance d’acteur, en partie improvisée, doublée d’une belle proposition scénique.

Croquis de voyage 1 - Simon Gosselin-84

© Simon Gosselin

Caroline Fouilhoux a choisi Sienne. Sur le blason de la ville italienne, une louve rappelle celle de Romulus et Remus. Elle recherche son jumeau perdu, qui aurait dû naître en même temps qu’elle. Elle ne trouvera sa propre identité qu’après mille et un travestissements, changeant de nom et de genre comme de chemise, au fil de ses rencontres et déambulations dans les rues sombres et les bars. Sa pièce grouille de tous ces personnages, et chaque séquence est ponctuée par de très belles lettres à sa mère. Elle se sent maintenant à l’aise entre ces deux moi. Mais elle avoue que, pour voyager, c’est plus commode d’être un garçon….

©Simon Gosselin

©Simon Gosselin

Morgane El Ayoubi dialogue avec une voix venue des coulisses : son genou malade. « Qui a dit que j’ai voyagé seule sur le chemin ? », dit-elle. Son genou n’était pas d’accord, et le lui fait savoir haut et fort.  Mais elle n’en a cure : « On est parti sur la route de  Saint-Jacques de Compostelle pour chercher le miracle. On vous raconte ensemble. » Même si elle ne croit pas au miracle, elle marche vers la guérison. En route, le genou proteste : « Je ne veux pas que tu oublies le goût de ma douleur. » Puis il se tait. Sa voix lui manque. Mais il y a les rencontres, les rires, « Et puis il y a l’océan, la fin des terres ». « Le poids de ton sac, c’est le poids de ta peur », lui dit encore la voix. La comédienne a choisi de suivre le Camino Frances pour apprivoiser sa douleur et apprendre à maîtriser son corps fragile dans son apprentissage de la scène… Elle en joue avec grâce.

Cyril Metzger, lui, ira au hasard : il s’en remet aux dés, et joue à pile ou face pour avancer.  Avec comme règle du jeu : pendant trente jours, toute décision sera prise en lançant sa pièce de cinq francs suisses, un format commode. Oui ou non, entrera- t-il dans ce bar ? Couchera-t-il dans cette auberge de jeunesse de Budapest? Non, répond la pièce. Et le voilà dans un palace, à dépenser le reste de son pécule… Le comédien applique  au public le même régime. A tour de rôle, les spectateurs, choisis à pile ou face, tirent au sort, dans un sac, un petit papier où s’inscrit le titre d’une anecdote. Quand arrive le mot FIN, il arrête de nous raconter ses aventures rencontrées à chaque étape. A itinéraire interactif, spectacle interactif. En parfaite adéquation, et malicieux.

« Celui qui voyage sans rencontrer, l’autre ne voyage pas, il se déplace», pensait Alexandra David-Neel. Ce que découvre Etienne Toqué en Albanie. Seule contrainte  au départ : «Passer le plus de temps avec des Albanais. » La langue n’a pas été une barrière. Il a pu vivre une semaine dans la montagne avec des paysans, et partager leur quotidien. Son texte s’adresse à eux : « Vos vie sont dures mais vos esprits légers.(…) La religion vous rend beaux tous les deux. » De cette religion qui enferme les femmes, il se demande : « Est ce que ma mère est plus heureuse que ta femme qui ne peut pas aller au café ? » «Homme nouveau devant les choses inconnues, je marchais…Je suis face à mon ignorance et je me bats pour ne pas faire de généralité  » écrit-il.

Depuis son retour, Etienne se pose bien des questions sur la forme que prendra sa pièce :   «J’essaye de livrer avec minutie ce que j’ai observé. Est-ce le travail de l’acteur ? Le désir du spectateur ?  Faire de l’art pour dire ou pour distraire ? C’est les deux et c’est bien comme ça. » Et sur son métier : « Comme acteur est-ce bien de se cacher derrière un personnage ? »  Il conclut : « Plus j’avançais, plus je me rendais compte que je ne savais rien, dit-il. Je reviens blanc avec des questions parce que je suis entouré de gens qui se positionnent. Ne pas avoir d’avis, c’est accepter de se faire surprendre.  »

Faute d’avoir pu voir l’ensemble des projets, il faut citer tous les autres : Alexandra Gentil sur les traces de son grand-père, de Graz en Autriche jusqu’au Pirée ; Margot Madec embarquée sur un bateau en Méditerranée ;  Peio Berterretche dans la Bucarest des noctambules ; Victoire Goupil perdue dans la foule et les bruits de Berlin et de Cracovie, submergée par ses émotions ; Corentin Hot à la rencontre de la jeunesse chrétienne à Malte…

« En route, le mieux c’est de se perdre, lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises, et c’est alors, mais alors seulement, que le voyage commence. » écrivait Nicolas Bouvier. Christophe Rauck et son l’équipe de l’Ecole du Nord envisagent une nouvelle présentation des travaux d’élèves avant la fin de leur scolarité. En attendant, les inscriptions au concours pour la prochaine promotion seront ouvertes du 1er novembre au 1er février. On recrutera douze élèves comédiens et quatre élèves-auteurs, parrainés cette fois par Alain Françon. A suivre donc.

Mireille Davidovici

Présentation publique les 14 et 15 octobre, à Lille. www.ecoledunord.theatredunord.fr

Les Evaporés de Delphine Hecquet, (spectacle en japonais surtitré)

fbe0aa05f4

Les Evaporés de Delphine Hecquet, (spectacle en japonais surtitré)

 Un journaliste français décide de partir à la recherche de disparus qui , au Japon, s’évanouissent souvent pour des questions d’honneur, laissant leurs familles sans nouvelle, abandonnées au désespoir. On voit un personnage écrire une lettre sur un tas d’ordures au pied d’une colonne. Ainsi plus de cent mille personnes s’évaporent chaque année, sans laisser la moindre trace. Le sens de l’honneur y est intraitable.

Le journaliste français arrive à Tokyo et cherche d’abord vainement son hôtel. Il trouve un disparu, sa fille est interrogée par un commissaire de police intraitable, qui lui demande si elle reconnaît les objets dans son sac. Mais il lui dit aussi qu’elle n’a pas le droit d’y toucher…
Le journaliste filme  aussi une femme: elle a perdu son père mais ne veut plus le revoir ! Une fille s’adresse à sa mère qu’elle a quittée depuis neuf ans: « Je voudrais, dit-il, qu’elle meure une bonne fois pour toutes ! ». Une autre revient, sa mère ne veut pas la croire ! Au commissariat, un vieil homme pleure et parle à sa fille qui ne lui répond pas. Un autre compte jusqu’à dix, avant de se tirer une balle dans la tête. « Tu es une prêtresse et moi le seul homme perdu du coin. » Une autre hurle après son père qui l’a abandonnée…

Un vrai choc culturel et un bel éclairage sur les différences entre nos civilisations. Avec de belles projections, des effets de miroir au travers d’une porte transparente coulissante, le spectacle joué par dix Japonais et un seul Français de la Compagnie Magique Circonstancielle qui est installée en Nouvelle Aquitaine, nous laissé interdits…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 16 octobre,  au Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine

The Pianist par le Circo Aero, avec Thomas Monkton

 

The Pianist par le Circo Aero,  avec Thomas Monkton

3_765123

© Heli Sorjonen

Thomas Monkton arrive en se glissant dans les plis du rideau noir dont il a le plus grand mal à se dépêtrer: premier accroc à ce récital de piano qui n’aura jamais vraiment lieu. Visage impassible puis tout plissé, cheveux en bataille, ce Néo-Zélandais en queue-de-pie noir a un regard un peu triste et perdu, quand il veut nous prouver la grande maîtrise de son instrument. Mais bien entendu, rien à faire, les objets plus forts et toujours plus intelligents, lui résisteront. Impitoyablement!

Ici, tout se détraque dans ce récital qui, pourtant au départ, paraissait bien rodé. Le pianiste au regard de plus en plus perdu, ne maîtrise plus rien et les gags vont se succéder: clavier qui n’arrive pas à s’ouvrir, partitions tombant sans arrêt, tabouret jamais à la bonne hauteur ni à la bonne distance, comme chez Grock, son illustre prédécesseur. Le piano, lui, part en fumée, puis perd un pied, et il devra provisoirement le soutenir, tant bien que mal, et plutôt mal que bien. Thomas Monkton monte sur le piano pour enlever la housse mais n’y arrive pas, et s’emmêle dedans. Apparaissent alors deux formes humaines qui, entièrement couvertes par un voile gris extensible, vont  se battre. Un court mais  sublime ballet. Il y a aussi autre moment sublime le vol plané quand il se balance accroché au petit lustre, d’abord par les mains puis par les pieds…

Les numéros sont souvent brillants, et toujours d’une grande virtuosité: Thomas Monkton possède  une force comique digne des plus grands  burlesques américains: on pense bien sûr d’abord à Buster Keaton avec ses glissements du corps toute entier sur sa fameuse General mais aussi  à Harold Lloyd quand il est se touve dans un équilibres des plus risqués et parfois aussi à Charlie Chaplin. Thomas Monkton a quelque chose d’unique: à la fois mime, jongleur, contorsionniste, acrobate. Toujours impeccable.

Des bémols: oui, un rythme parfois un peu lent et il y a quelques longueurs et redites : en fait le spectacle mériterait d’être mieux mis en scène: on oubliera ses trop longues incursions dans la salle qui sonnent assez faux et qui cassent le tempo. Par ailleurs, le spectacle est un peu perdu dans ce trop grand lieu où les gags ne passent donc pas toujours bien. Ce genre de comique en solo a besoin de plus d’intimité et d’une plus grande proximité avec le public. Le lieu en fait-même coupé par un rideau pour ce spectacle-reste malheureusement une salle de cinéma! Sans âme et un peu tristounette, comme son hall froid, et des plus mal foutus. Bravo l’architecte! Il faudrait  aussi que l’on supprime d’urgence deux des trois premiers rangs d’où l’on voit très mal le sol du plateau. Plutôt ennuyeux! Ou que l’on rehausse cette vaste scène aux mauvaises proportions : peu de profondeur et une ouverture de quelque dix-huit mètres
Mais bon, même si les places ne sont pas données-on est dans le théâtre privé! -allez quand même, si vous le pouvez, voir ces cinquante minutes de The Pianist: on n’a pas tous les jours l’occasion de rire… 

Philippe du Vignal

13ème Art, Place d’Italie jusqu’au 12 novembre.

Centre culturel Robert-Desnos à Ris-Orangis le 17 décembre.

 Image de prévisualisation YouTube

Grand miroir de Saburo Teshigawara avec les danseurs de l’Opéra de Paris

 

Un spectacle en répétition : Grand miroir de Saburo Teshigawara avec les danseurs de l’Opéra de Paris, 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Saburo Teshigawara répète avec dix danseurs du corps de ballet, dont les étoiles, Emilie Cozette, Mathieu Ganio et Germain Louvet, répartis sur deux distributions. Sa collaboration avec l’Opéra de Paris remonte à février 2003, avec Air, un duo créé sur une musique de John Cage, et repris en 2006. Aurélie Dupont, Nicolas Le Riche et Jérémie Bélingard ont dansé pour lui Darkness is hiding Black Horses en 2013.  Et Aurélie Dupont, Sleep à Tokyo, en 2014, avec lui,  Rihoko Sato et d’autres danseurs (voir Le Théâtre du blog).

La pièce a été reprise en juillet dernier au Lincoln Center de New York. Devenue directrice du ballet de l’Opéra, Aurélie Dupont offre à cet artiste hors-normes, une nouvelle occasion de déployer son talent au Palais Garnier, au niveau du langage chorégraphique, et de la création lumière et des costumes.

Nous avons assisté aux répétions, sous la coupole du studio Marius Petipa. Les danseurs suivent les indications du maître qui joint le geste à la parole, avec tout son corps et ses mains. Chez Saburo Teshigawara, comme chez Rihoko, sa danseuse japonaise fétiche qui participe à l’aventure, les mains nous parlent et  réalisent une chorégraphie a minima. «Je vous pousse, dit-il mais pas trop, pensez à respirer un peu».

Saburo Teshigawara sait que son désir de mobilité permanente requiert chez ses interprètes des qualités à part. Il apprécie ici leur ouverture à son univers, leur disponibilité physique et mentale. Mais il tient compte des singularités de chacun, en les accompagnant individuellement.  Pour lui, le corps doit voyager dans l’espace en tournoyant parfois sur lui-même et en alternant des séquences rapides et lentes. «Vas-y, vas-y, ne t’arrête pas, tourne sur toi-même, pour toi-même, pas pour ce voyage»,  répète-t-il. Il réalise avec eux une calligraphie dans l’espace, avec l’aide de Rihoko Sato et de Chiara Mezzadri, danseuse de sa compagnie qui l’assiste ici.

«Dans la danse, tout le corps et, dans la danse contemporaine, chaque doigt, dessine des lignes aux expressions précises. Le danseur moderne suit sur la scène des lignes distinctes et il les inclut comme un élément essentiel dans la composition de sa danse. Tout le corps du danseur jusqu’au bout des doigts constitue à tout moment une composition linéaire ininterrompue.»  Cette remarque de Vassili Kandinsky, pourrait illustrer le travail de Saburo Teshigawara qui pousse le corps de l’artiste au maximum de ses possibilités en lui faisant prendre conscience de sa place sur le plateau de répétition, identique à celui du Palais Garnier, située quelque  vingt mètres plus bas. Pour le chorégraphe, cette création trouve son origine dans la musique:  ici un Concerto pour violon d’Esa-Pekka Salonen qui donne le tempo au mouvement. Puis viennent la gestuelle minutieuse du danseur, et enfin un plan-lumière d’une extrême précision.

Nous sommes impatients de découvrir, sur la scène de Garnier, ce voyage ininterrompu. Cette pièce de trente minutes sera accompagnée d’une chorégraphie de George Balanchine, Agon, et de la reprise du chef-d’œuvre de Pina Bausch Le  Sacre du Printemps par les Etoiles, les Premiers danseurs et le Corps de ballet.

Jean Couturier

Opéra Garnier, Paris VIIIème, du 27 octobre au 12 novembre. Operadeparis.fr

Le Pas de Bême, écriture et mise en scène Adrien Béal

 

©Martin Colombet

©Martin Colombet

Le Pas de Bême, écriture et mise en scène d’Adrien Béal

 Cette pièce avec Olivier Constant, Charlotte Corman et Etienne Parc, s’inspire de L’Objecteur (1951) de Michel Vinaver. L’objecteur de conscience est celui qui, en temps de paix ou de guerre, refuse d’accomplir ses obligations militaires,  au nom de ses convictions d’ordre moral ou religieux qui lui enjoignent le respect absolu de la vie humaine.

La création d’Adrien Béal-une écriture collective-met en scène Bême, un lycéen qui,  aux devoirs sur table, rend systématiquement copie blanche. Horreur ! Le refus d’obtempérer  d’un élève sans problème, apparaît  d’autant plus incompréhensible, qu’il n’exprime ni colère ni révolte. En échange, ce non-consentement ouvre un abîme, et remet en question l’ordre établi et les relations sociales. L’objection discrète reste forcément subversive.

 Professeurs, parents, élèves, tous plus ou moins étonnés et incrédules, apportent leur contribution à la recherche d’un sens qui leur échappe. Pour quelles raisons implicites contrevenir et transgresser ? Comment use-t-on de l’indiscipline, de l’insoumission et de la résistance?  Pour le philosophe Alain, la désobéissance est un essai de liberté et de courage. Savoir dire non: une part non négligeable de l’art existentiel…  Mais c’est aussi savoir vivre seul.

 Les comédiens vont dans la salle et prennent place avec agilité au milieu du public, sur un siège du premier rang d’une scénographie quadrifrontale; assis ou debout, changeant de rangée puis descendant  sur la scène, ils jouent tous les rôles et alternativement. Ils explorent ainsi toutes les facettes possibles de la posture choisie par l’élève: selon des circonstances initiales obscures, si ce n’est une durée vérifiée des trois mois, sans que personne des autorités enseignantes n’ait jamais osé s’exprimer sur ce refus qui dérange tout le monde.

 Chacun des protagonistes prend peu à peu conscience de cette situation inédite, parle avec l’autre qui ne partageant pas le même point de vue que lui, et cela à l’infini.Les uns comprennent avec empathie, les autres rejettent la superbe du geste. Le spectateur pris à partie, écoute, sensible  au propos. Un spectacle propice à la réflexion dans une atmosphère ludique et joueuse.

 Véronique Hotte

 Le spectacle s’est joué au T2G -Théâtre de Gennevilliers, du 3 au 14 octobre.

La Mission d’Heiner Müller, mise en scène de Matthias Langhoff

 

c_colin_dunlop-1_copie

La Mission, Souvenir d’une révolution d’Heiner Müller, mise en scène de Matthias Langhoff  (en espagnol surtitré)

Sur le plateau, tout est donné : une fête au village unique, qui englobe la Bolivie d‘aujourd’hui,  le souvenir de la Grande Révolution française, les morts de la Commune, entortillés dans leurs linceuls comme des nouveaux-nés, un petit théâtre branlant, et un écran pour le cinéma en plein air et pour l’engagement personnel du metteur en scène. Une femme cuisine devant nous, la soupe sera offerte au public, à la fin : «C’est pour vous, mangez pendant que c’est chaud ». Sur un praticable à la pente dangereuse, le spectacle, les acteurs et l’action elle-même sont toujours en danger, toujours en mouvement, dans le rétablissement d’un équilibre impossible. Pouvait-on mieux réaliser la dialectique poétique d’Heiner Müller ?

La pièce ? D’abord la vaine Odyssée de Sasportas, Galloudec et Dubuisson, envoyés par la Convention finissante, porter la rébellion parmi les esclaves noirs de la Jamaïque : d’une pierre deux coups, une opération de politique extérieure contre les Anglais et la diffusion des principes de la grande Révolution française. Seulement, le temps des échanges de messages, des lettres perdues et revenues, de la durée  du voyage, leur mission n’a plus d’objet : Napoléon s’est fait sacrer empereur et a rétabli l’esclavage. !

Dès lors, la lutte des classes va refaire surface entre Galloudec, le paysan breton, au moment où ses compatriotes chouannent, Dubuisson, le fils de colons, et le nègre Sasportas. Ils pourront s’envoyer à la figure les têtes de Danton et de Robespierre, ils pourront mourir trois fois, échanger leur peau, faire un bond dans l’époque contemporaine, jouir ou ne pas jouir selon la figure qu’ils prendront dans cet incroyable jeu de masques. « La révolution est le masque de la mort, la mort est le masque de la révolution », c’est la litanie du spectacle. Et chaque visage porte un masque, qu’on ne peut pas toujours arracher.

Et pourtant l’on nage dans des flots de réel. Au point de perdre pied, parfois, mais sans s’y noyer. La brutalité des faits et la puissance de la liberté nous malmènent avec une vraie générosité. Le spectacle est riche d’une rencontre exceptionnelle entre la troupe Amassunu,, issue de l’École Nationale de Théâtre de Bolivie, et son metteur en scène. Mais surtout entre le texte de Heiner Müller et l’histoire de la Bolivie, secouée de révolutions et de contre-révolutions, de mouvements de libération et d’un «libéralisme» assassin.

La pièce parle de ce monde-là… L’émotion n’y a rien d’un masque, mais est une figure de l’analyse. L’une et l’autre fusionnent pour un moment d’une poésie rare. Voilà, on est au cœur du théâtre, si l’on croit tant soit peu qu’il puisse jouer un rôle citoyen.

Christine Friedel

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, ( Hauts de Seine), jusqu’au 20 octobre. T. : 01 48 33 16 16

 

 

 

C’est bien au moins de savoir ce qui nous détermine à contribuer à notre propre malheur , une pièce sous influence de Pierre Bourdieu

 

 

 

©Christophe Raynaud de Christophe RAYNAUD DE Lage

©Christophe Raynaud de Lage

C’est bien au moins de savoir ce qui nous détermine à contribuer à notre propre malheur , une pièce sous influence de Pierre Bourdieu, texte et mise en scène de Guillermo Pisani

 Nommé au Collège de France, le sociologue Pierre Bourdieu travaillait sur ce qu’il appelait la magie sociale de la consécration, et sur les rites d’institution : « En entreprenant de réfléchir sur ce que j’étais en train de vivre, je cherchais à m’assurer un certain degré de liberté, par rapport à ce qui m’arrivait. Mon œuvre est souvent lue-à tort, selon moi-comme déterministe et fataliste. Mais faire une sociologie des intellectuels… au moment même où on est pris dans, et par le jeu, c’est affirmer, sinon la possibilité de s’en libérer complètement, du moins la possibilité de faire un effort en ce sens… » ( Leçon inaugurale au Collège de France, le 23 avril 1982).

 Guillermo Pisani, artiste associé à la Comédie de Caen-Centre dramatique national de Normandie, met en scène une professeure de lycée enthousiaste-éblouissante Caroline Arrouas-à la fois grave et comique, rigoureuse et didactique, qui élucide, avec sa classe, quelques points de sa discipline scientifique, progressant par paliers, et s’attache à ce qu’elle suive les articulations successives de sa démonstration et en cerne les enjeux. Et la voilà qui dérive, sans prévenir son auditoire: la classe et le public, et associe sa leçon, à la situation sociale prédéterminée de ses élèves à laquelle, dit-elle, et malgré tous leurs efforts, ils n’échapperont pas …

 Dans une vision sociologique prophétique, elle reconnaît quelques exceptions qui consacrent les règles : «Si vous réussissez ou ratez les concours des grandes écoles, vous serez, soit du bon côté des études entreprises, soit du mauvais côté définitif en allant directement à la fac. Et ce qui, pour les chanceux relevait aussi d’un privilège social, devient mérite personnel. » Selon un ordre social et des rituels institutionnels qui ne se sont pas encore atténués !

 Et l’enseignante joue avec l’idée de catalogue en prenant appui sur une liste de pense-bête : « Vous irez peut-être à tel théâtre, lirez tel journal, choisirez telles vacances, telle décoration d’intérieur… Même si on pense rester soi, on échappe très peu à ses prédéterminés sociaux ». Rappelons le livre emblématique Les Héritiers de Bourdieu et Passeron…

 Ici, on ne sait plus si Caroline Arrouas joue son propre rôle quand elle  fait un retour sur sa formation universitaire, puis sur son passage réussi au concours de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg. S’invente-t-elle vraiment une sœur jumelle qui serait cantatrice à l’Opéra de Vienne? Alors qu’elle resterait de son côté, à Paris, fonctionnaire de l’Education Nationale, et devrait faire front à une simulation d’intrusion terroriste dans son établissement,  alors qu’elle supporte en même temps, le harcèlement d’un élève qui aurait été son amant.

 La fiction prend souvent le pas sur la réalité, et on s’amuse de la présence efficace et loufoque de l’actrice : avec son bagou, ses interrogations sa tendance au bavardage téléphonique. Entre salle de classe et scène de théâtre, les postures sont aisément interchangeables, mais elle porte le rôle de Lechy dans L’Echange de Paul Claudel, la scène qu’elle a passée à son concours d’entrée avec grâce et talent.  On apprécie par ailleurs sa maîtrise des langues anglaise et allemande qui en disent long sur son parcours.

 Qu’est-ce qui fait la valeur d’une œuvre d’art ? Sans doute, la croyance personnelle qu’on a précisément de cette valeur. Guillermo Pisani, dit-il, s’essaye sur la scène, à la pratique comme à une réflexion sur cette pratique : «Nous tentons de mettre en lumière ce qui, d’habitude, reste ignoré ; nous entendons ainsi expérimenter en acte, l’un des mouvements fondamentaux de la pensée de Pierre Bourdieu.»

 L’auteur et metteur en scène vient commenter (théâtre dans le théâtre!), sa démarche tandis que Caroline Arrouas disparaît du plateau un instant. Quand est-on soi-même ? En jouant, et en inventant et en se racontant … Un spectacle malicieux qui s’arrête sur le privilège implicite que possèdent à la fois les consommateurs et les acteurs du théâtre.

 Véronique Hotte

 Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris T: 01 48 06 72 34, du 22 au 24 octobre.

Lycée Allende, à Hérouville Saint-Clair (Calvados) le 27 novembre.

Comédie de Caen-Centre Dramatique National de Normandie ( Calvados), les 28 et 29 novembre.

 

Pièce en plastique de Marius von Mayenburg,mise en scène de Patrice Bigel

La bouillabaisse

 

Deux points de vue:

Pièce en  plastique de Marius von Mayenburg, texte français de Mathilde Sobottke, mise en scène de Patrice Bigel

 Michael et Ulrike sont des “gens bien“, ils ont réussi. Lui, grand chirurgien, tenté par l’aventure Médecins du monde-tenté seulement. Elle, assistante d’un célèbre artiste performeur. Mais incapable d’être elle-même artiste : trop de sens du confort, trop grande trouille devant ce qu’exige l’art.

Ils ont un fils tout juste adolescent. Et c’est lui le premier grain de sable dans cet équilibre apparent, « faute d‘amour », comme dans le film de Andrei Zviaguintsev. Pour s’en occuper,  le couple engage une femme de ménage. On n’ «emploie» pas sans risque, une personne. Telle l’ange du Théorème de Pasolini, Jessica va bouleverser la famille avec l’arme la plus imparable : la soumission à sa tâche, si étendue qu’elle soit. Une inébranlable résistance! En donnant tout, elle ne donne rien, un noyau dur auquel se heurtent ses employeurs bourgeois, y compris dans la complaisance. Un OK qui fait froid dans le dos.

Marius von Mayenburg explore cette destruction d’un couple avec son obstination habituelle : ne rien lâcher de ses personnages, tant qu’il n’a pas poussé jusqu’au bout les conséquences de leurs comportements. On rit alors de leur harmonie de façade, des propos violents et désinhibés d’Ulrike contre l’employée de maison «qui pue », des hésitations et balbutiements de Michael qui essaie d’arranger les choses, de la haine réciproque née des illusions perdues de leur amour de jeunesse. Et de l’évocation hystérico-sentimentale  de ce qui était peut-être déjà un mensonge, mis en scène pour masquer le vide de leur vie… Et leur enfant porte, avec son autodestruction, le fer dans la plaie.

L’auteur y va fort, à la hache et au scalpel. Bon, le discours de l“artiste contemporain“ a quelque chose de caricatural dans sa provocation infantile, mais, peu à peu, de vraies questions le remplissent, qui ébranlent sans le moindre moralisme une Allemagne satisfaite, et plus généralement notre mode de vie d’Occidentaux privilégiés. Ironie, sarcasme, dérision : ça devrait être sinistre, et pourtant on sort de la représentation gonflé à bloc.

les robes Marius von Mayenburg vide son sac, et le nôtre avec. Mais c’est surtout la beauté du spectacle qui fait du bien. Dans la scénographie et les lumières de Jean-Charles Clair,  en elles-mêmes une œuvre d’art, la mise en scène de Patrice Bigel est d’une parfaite cohérence et d’une précision réjouissante. L’interprétation des acteurs a la même qualité, la même élégance, y compris dans l’outrance : Jean-Michel Marnet et Bettina Kühlke forment le couple idéal de cette catastrophe conjugale: du “pas de deux“ initial au chaos final, totalement engagés dans leur jeu et aiguisés par la pointe d’ironie qui remet les choses en place; Karl-Ludwig Francisco a l’élasticité gracieuse et agaçante de l’artiste irresponsable, et Juliette Parmantier, l’employée de maison, est belle, impressionnante de force opaque et de dignité. Ce soir-là, Julien Vion, l’adolescent qui joue Vincent, apportait sa part d’émotion retenue avec une remarquable maîtrise ; logique, il est formé dans les ateliers de la compagnie La Rumeur, la compagnie de Patrice Bigel qui s’est installé depuis une trentaine d’années à Choisy-le-Roi, dans l’ancienne Usine Hollander.

Un lieu vivant, variable, où l’on peut se réunir, boire, manger, et travailler, et le camp de base d’un travail de longue haleine et de large souffle sur la ville, les quartiers. Ce qui s’y passe mérite sans discussion, l’effort d’aller jusque là. Pour l’heure, y voir l’un des spectacles les plus réussis de Patrice Bigel qui nous a déjà habitués à un théâtre de haute qualité. À ne pas manquer.

Christine Friedel

Pour une fois, nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec notre amie Christine Friedel! Désolé, nous n’avons pas dû voir tout à fait le même spectacle. On se demande bien pourquoi Patrice Bigel est allé chercher cette pièce indigeste, ennuyeuse et interminable, dont on ne discerne pas bien le fil rouge. Entre règlements de compte dans un vieux couple de la bonne société allemande, avec cette vieille ficelle de l’ange exterminateur qui vient bousculer le jeu de quilles, et démolition programmée de l’art contemporain surtout du côté performances et installations. S’il ne portait pas la signature von Mayenburg mais celle d’un obscur auteur dramatique de la France profonde, on peut parier à coup sûr que son texte n’aurait pas été retenu! La démonstration appuyée pèse des kilo-tonnes et passées les vingt première minutes, on s’ennuie sec: pas dupe, le public-avant hier, une vingtaine de personnes-a salué poliment mas pas plus!

Patrice Bigel a toujours cette indéniable faculté d’imaginer un espace avec quelques éléments scéniques et de belles lumières. Il y a notamment  devant un mur blanc un énorme tas de fripes, très beau dans toute sa vulgarité de couleurs qui fait penser bien sûr à cette installation de Christian Boltanski au Grand-Palais il y a quelques années… Et un réfrigérateur en fond de scène, dont les artistes conceptuels se sont beaucoup servi!

Il y a une chose aussi que l’on comprend avec difficulté: pourquoi Jean-Michel Marmet (le médecin) a-t-il une diction aussi déplorable: la plupart du temps, il bouffe ses mots si bien qu’on a le plus grand mal à le comprendre. Reste une belle consolation, dans cette logorrhée de deux heures: Julie Parmentier (l’employée de maison). Dès qu’elle arrive, elle a une telle présence scénique qu’à chaque fois, il se passe quelque chose.
Voilà: vous aurez sans doute compris qu’il n’y avait aucune urgence à aller voir une chose aussi peu passionnante et aussi estouffadou! 

Philippe du Vignal

Usine Hollander, 1 rue de Docteur Roux à Choisy-le-Roi, jusqu’au 22 octobre, et du 9 novembre au 3 décembre.  T. : 01 46 82 19 63

RER C Choisy-le Roi (Travaux sur la ligne, horaires variables)

Retour Paris :

TVM bus rapide en face de la gare RER direction Créteil RER/ Arrêt Pompadour, départ  23h18  / arrivée 23h23, départ Créteil Pompadour:direction Gare de Lyon : 23h27 / arrivée : 23h37

ou bus 182 ( Arrêt à la sortie de l’Usine à droite) direction Mairie d’Ivry. Départ : 23h15 puis 23h45

 

Zig Zig, conception et mise en scène de Laïla Soliman

 

Zig Zig, conception et mise en scène de Laïla Soliman en arabe et anglais surtitré

 tandem-internet-1920x1280px-11-zigzig-01

En 1919, l’Egypte est en ébullition, en lutte pour son indépendance contre l’occupant anglais. En représailles des sabotages du chemin de fer par les partisans, à Nazlat al-Shobak, petit village au bord du Nil, près de Gizeh, des soldats britanniques pillent, brûlent les maisons, violent… « Zig zig ! », baragouinaient les violeurs, désignant en arabe populaire, l’acte sexuel.

Dix-neuf villageoises ont porté plainte contre eux auprès du tribunal. Reprises par le mouvement nationaliste de l’époque, leurs histoires furent une cause célèbre, avant de tomber dans l’oubli. Leila Soliman les ramène ici sur le devant de la scène, en résonance avec les violences et abus sexuels faits aux femmes dans l’Egypte d’aujourd’hui, comme ailleurs.

 La metteuse en scène égyptienne, qui défend un théâtre résolument engagé, s’est emparée des minutes du procès, trouvées dans les archives du ministère britannique des Affaires étrangères alors qu’elle préparait sa pièce précédente, Whims of Freedom, sur la première révolution égyptienne de 1919, amenant son pays à l’Indépendance en 1922.

 Cinq  comédiennes dont une musicienne, s’installent face public à de petits pupitres ; elles  compulsent les documents et vont témoigner au nom de ces femmes. Dans ce rapport frontal, en s’adressant directement au public, elles reconstituent les interrogatoires musclés auxquels sont soumises les paysannes, interprétant alternativement les deux parties. Tantôt en anglais, tantôt en arabe.

Mona Hala, Reem Hegab, Sherin Hegazy, Zainab Magdy, Nancy Mounir jouent sobre et énergique. Pour casser la raideur  de la reconstitution historique, elles dansent et chantent, accompagnées par le violon. Tour à tour juges et témoins, victimes et soldats. Et elles font la démonstration, sans aucun commentaire, de la partialité du tribunal dans ses conclusions. Justice n’a pas été rendue. Justice n’est toujours pas rendue aujourd’hui aux femmes violentées.

 Ce documentaire théâtral, créé en avril 2016 au Jesuit Cultural Centre du Caire, est sans doute un acte politique nécessaire mais a du mal à passer la rampe: la mise en scène reste statique malgré les intermèdes. Le jeu des actrices se noie dans un texte souvent insistant, démonstratif et répétitif, si abondant qu’il est difficile de suivre les surtitres et de saisir les nuances. Dommage, car Zig Zig rend hommage au courage de simples paysannes, bravant la honte et le silence qui musèlent encore aujourd’hui nombre de femmes violentées.

 Mireille Davidovici

 Nouveau théâtre de Montreuil, centre dramatique national, avec le Festival d’Automne à Paris, jusqu’au 21 octobre.

Festival Sens Interdit, Lyon les 25 et 26 octobre ; Spielart Festival, Munich  les 28 et 29 octobre.

Tandem-Théâtre d’Arras, Douai les 14-15 novembre ; Les Rencontres à l’échelle, Les Bancs Publics, Friche la Belle de Mai, Marseille les 17 et 18 novembre.  

Théâtre Garonne, Toulouse du 21 au  23 novembre.

Festival Vagamondes, La Filature, Mulhouse le 23 janvier.

12345...7

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...