C’est la vie, texte et conception de Mohamed El Khatib

 

C’est la vie, texte et conception de Mohamed El Khatib

© Joseph Banderet

© Joseph Banderet

On a envie d’ajouter tout de suite : avec Fanny Catel et Daniel Kenigsberg. La pièce  n’existe pas sans eux qui en sont la substance, la chair et le souffle, et ils sont acteurs. Jamais un « avec » n’aura été aussi plein. Ils jouent leur propre tragédie, leur propre deuil, impossible à faire : chacun a perdu un enfant.
Leurs histoires sont différentes et pourtant ils connaissent ensemble un autre monde, pour lequel il n’y a pas de mot. Orphelin d’enfant? Ça existe en hébreu, shakoul : «l’ourse à qui on a enlevé sa portée» ; ou en arabe, takal : «qui a perdu ses bourgeons», mais pas dans notre langue.

Association-des-parents-qui-ont-perdu-un-enfant ? Cette tragédie, ils la jouent depuis la création en  mars dernier au Centre Dramatique Orléans-Loiret. Ils ont peu répété: Mohamed El Khatib exige que toute parole soit dans sa vérité naissante, vivante.

Daniel et Fanny sont des gens, donc, qui exercent leur métier. Leur présence sur le plateau, dans la vidéo de leur histoire : « toute ressemblance avec la réalité n’est jamais le fruit d’une coïncidence, mais d’un laborieux travail d’écriture », précise Mohamed El Kathib. C’est la vie n’est pas du théâtre-documentaire, mais vraiment la vie, la vérité des acteurs, de leur personne, celle de l’auteur, qui ordonne, construit, modifie ici ou là, le récit, en tension forte et productive avec eux.  Mais aussi la vie du spectateur : pas exactement mis en scène, mais plutôt mis en demeure de lire le mode d’emploi du spectacle, pour ainsi y entrer, tout en restant, avec intelligence, à sa juste place.

 La scénographie fonctionne en ce sens : un plateau en angle formant une sorte de quadrilatère irrégulier avec les bancs du public : c’est la vie  et les choses ne s’ajustent pas parfaitement mais s’emboitent : une affaire de centre de gravité. De pure gravité, en jouant sur les mots, à mille lieues du trac, pour les acteurs, et pour le public d’une sacralité pesante.

 Car il y a là, de l’humour, à commencer par le dispositif d’écrans « pédagogiques », quand ils ne sont pas le support d’une part trop lourde du récit pour les acteurs. Et puis il y a le rire imparable du vrai. Sans compter les blagues que Daniel raconte durant l’entracte annoncé –où rien ne s’arrête, pas plus que ne s’arrêtent la douleur ni le deuil- qui ramènent, d’aussi loin que l’on voudra, la perte obsédante d’un fils.

Qu’est-ce que chercher la vérité, au théâtre ? La faire apparaître, là où elle est.  Même sage, respectueux et docile au spectacle ainsi proposé, le public y participe, et nul besoin pour cela de le faire monter sur scène. Au fond, nous voyons là, sans être voyeurs, sans pathos et sans triche, un théâtre d’écorché. Non du côté d’une émotion forcée, mais  proche d’un outil scientifique qui donne à voir les ressorts de la vie et l’émotion à sa place exacte.

Pas  dans l’effet de réel, dans la transgression ou le malaise. Le théâtre-vérité de Mohamed El Khatib décape les évidences, construit une théorie de l’acteur, poussée très loin, et qui fait corps (et âme) avec la sensibilité. Deux mots résument, paradoxalement, cette mise à nu de la douleur : pudeur et respect. C’est la vie : une expérience à ne pas manquer.

Christine Friedel

Théâtre Ouvert, Festival d’Automne, 4bis Cité Véron, Paris XVIIIème jusqu’au 7 novembre T. 01 42 55 74 40.

Espace Cardin/Théâtre de la Ville,  1 avenue Gabriel, Paris VIIIème, du 10 au 22 novembre. T. : 01 42 74 22 77 .

 

 

 

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