De quelques considérations sur les tarifs des spectacles

 

De quelques considérations sur les tarifs des spectacles

 OHtix2Nombreux sont nos lecteurs qui nous demandent ce que nous pensons des tarifs des spectacles, à Paris et en province. Tentons d’y voir plus clair avec quelques exemples. Dans notre capitale chérie, la moyenne des prix tourne autour de 30 €, mais dès qu’il y a un spectacle de cirque donc plus coûteux, comme entre autres chez Zingaro, que c’est une comédie musicale, ou qu’il vient de l’étranger, ou qu’il y a une vedette, ou que c’est un spectacle hors programmation habituelle, ou encore que c’est-vieille et sale habitude-Noël ou le 31 décembre surtout dans les théâtre privés et même chez Zingaro!- les prix peuvent vite s’envoler… Il y a bien les multiple sites de billets à réduction mais pas toujours voir jamais pour les  places et les jours des spectacles convoités…

 A y regarder de plus près,  cela ressemble une jungle où il n’est pas facile de se repérer. Même si dans l’ensemble, les théâtres subventionnés ont plutôt une politique à long terme et une vraie volonté de s’adresser à un plus large public. Ainsi le Théâtre National de la danse à Chaillot, vise plusieurs objectifs : d’abord maintenir un socle d’abonnés fidèles- vieille hantise déjà de Jean Vilar et donc une fréquentation satisfaisante, ce qui n’est pas évident, compte-tenu de la jauge de la grande salle Jean Vilar (environ 1.000 places). Même si Chaillot a maintenant conquis un large public de danse, et malheureusement plus que de théâtre, donc sur une durée d’exploitation assez courte, cela bien entendu complique les choses, quant à un soupçon de rentabilité, la place dans les théâtre subventionnés coûtant toujours beaucoup plus cher que le prix payé!

Didier Deschamps entend aussi ne pas exclure les publics les plus démunis, et en même temps attirer les jeunes… Comme essayent de le faire tous les théâtres, concurrencés sans exception, par d’autres modes de spectacle et par les jeux vidéo et Internet en général. Le théâtre étant souvent considéré par les enseignants des collèges et lycées comme non prioritaire ! En même temps, il faut aussi remplir la nouvelle salle Gémier (400 places) et permettre au public de naviguer dans les espaces de circulation autrefois fermés. Ce qui augmente aussi les dépenses de fonctionnement : surveillance, nettoyage, électricité…

Alors que les subventions du Ministère de la Culture ne sont pas extensibles ! Bref une sorte de quadrature du cercle et donc une nouvelle « approche»-pour rester poli-de la grille ! A Chaillot, la dernière revalorisation des prix des places plein pot et  hors abonnement remonte à trois ans et celle des abonnements, à six ans : soit plus 6% environ 37 et 41€, et pour les groupes et les plus de 65 ans, de 8 à 10% : 29 et 34€. Mais les prix des tarifs pour les jeunes, pour l’éducation artistique et culturelle, et les plus défavorisés, eux,  n’ont pas bougé : de 18 à 13 €.

Mais bon malgré tous leurs efforts, les grands théâtres surtout à Paris et moins semble-t-il, dans les grandes villes de province, ont toujours quelque difficulté à faire venir un public de moins de quarante ans. Question d’intérêt mais pas que…  Et les tarifs dépassent et de loin ceux du cinéma à Paris…. Il nous souvient que Gabriel Garran nous avait raconté à l’époque; c’était en 1969, quand il était directeur du Théâtre de la Commune à Aubervilliers, situé tout près de nombreux HLM, à titre d’expérience-il ne pouvait se le permettre qu’exceptionnellement !- il avait décidé de la gratuité pour Les Clowns mise en scène d’Ariane Mnouchkine. Et aussitôt, le théâtre avait été plein de spectateurs de tout âge qui n’avaient pas et n’auraient jamais les moyens d’un tel luxe: aller voir un spectacle! Alors que la salle était en face de chez eux… Et si à Chaillot comme ailleurs, les ouvreuses et ouvreurs sont rémunérés par le théâtre, en revanche, les consommations au bar sont chères. Mieux vaut apporter sa bouteille d’eau !

L’Odéon-Théâtre de l’Europe, cet autre grand théâtre parisien, avec deux belles salles,  se veut au service de tous les publics, dit Stéphane Braunschweig qui a remporté un succès certain l’an  passé avec des avant-premières à 50% moins cher. Opération renouvelée cette année encore, pour tous les spectacles bénéficiant de séries longues, avec  deux représentations en avant-première soit 10 .000 places à moitié prix*. « Je l’ai annoncé mon arrivée à l’Odéon : je souhaite ouvrir le théâtre à un plus large public, à tous ceux qui ne sont pas en mesure de payer le plein tarif ou de s’engager en souscrivant à un abonnement. Pour cela, j’ai voulu proposer nos spectacles en avant-première et à moitié prix. »  D’abord cette saison, avec Les Trois Sœurs d’après Anton Tchekhov, mise en scène de Simon Stone, artiste associé de notre théâtre.

L’occasion, dit Stéphane Braunschweig, de partager avec un nouveau public, l’émotion si particulière qui entoure la première des spectacles. On veut bien… mais c’est surtout le prix normal : 40 €, 28€, 18 €  et 14 € qui reste beaucoup trop élevé ! Mais là aussi c’est la quadrature du cercle, et faire venir des spectacles de l’étranger est toujours coûteux! Bref, il n’y a pas de solution miracle! Mais il nous semble que cet effort intelligent vers un public jeune et majoritairement étudiant, va dans le bon sens, celui qu’avait initié avec succès, Olivier Py quand il était directeur de ce même théâtre. mais les places au festival d’Avignon qu’il dirige maintenant restent chères pour un public jeune ou qui ne peut pas investir dans un TGV,quelques nuits d’hôtel, etc. En quelque vingt ans, on a vu un changement indéniable!

Dernier venu dans la tribu parisienne, Le Treizième Théâtre, place d’Italie à Paris XIIIème, une structure privée donc non subventionnée, avec une programmation diversifiée : “Ouvrir un nouveau théâtre à Paris , est un choix important, un acte fort, la preuve d’une démocratie un peu plus solide, disent ses directeurs Gilbert Rozon et Olivier Peyronnaud. Pourquoi un théâtre et pourquoi un de plus ? Nous croyons, modestement, qu’il y a encore de la place pour un théâtre différent, un théâtre moderne et décalé, qui brise les codes établis, les règles écrites, et les théories récurrentes. (…)Nous ferons de ce nouveau théâtre un lieu de rencontre, un lieu d’art et de divertissement pour tous, un lieu de vie. » Mais au-delà des bonnes intentions, il faut un certain courage pour se lancer dans une aventure pareille : une salle-ancien cinéma de 900 places peut plutôt accueillir de grands spectacles.

Mais il s’agit d’être concurrentiel et mieux vaut jouer sur des valeurs sûres: comme le fameux cirque québécois Eloise (voir Le Théâtre du Blog) ou prochainement, le non moins fameux Slava’ SnowShow russe. Il y a aussi une petite salle de 130 places mais par définition peu rentable. Chaque spectacle doit donc avoir un mode de financement et donc de recettes différent, ce qui implique des prix de place variables. Il y a même, comme dans certaines clubs privés, un Carré Or…
 Les directeurs ont conçu une «carte adhérent» qui devrait, selon eux, être attractive avec des avantages classiques mais dont certains ne coûtent rien au théâtre comme participations aux bords de scène, rencontres avec les équipes artistiques, et réservations prioritaires  pour les  grands évènements ou invitations aux répétitions et visites des coulisses du théâtre. Les réductions sur les spectacles de la saison, et tarifs préférentiels et offres privilégiées sur les services (restaurant, chauffeur, baby-sitting). Soit avec cette carte payante, 30€ ou tarif réduit pour les habitants du XIII ème : 15€. Ce qui n’est pas quand même donné! Mais bon, si on rentabilise cette foutue carte comme dans certains surfaces de bricolage, en y allant souvent,  le prix se rapproche  alors de ceux pratiqués dans les théâtre publics.

Côté privé encore, La Seine Musicale, implantée sur l’Ile Seguin, longtemps fief des usines Renault en bordure de la ville de Boulogne-Billancourt,est un grand ensemble de bâtiments en forme de vaisseau, consacré à toute la musique et aux spectacles mais pouvant aussi accueillir des manifestations variées. Donc si on a bien compris, ouverte à la location d’espaces… Issu d’un partenariat entre des sociétés privées et le Conseil départemental des Hauts-de-Seine, ce nouveau complexe culturel, construit sur un terrain de 2.35 hectares cédé par le département des Hauts-de-Seine, est l’œuvre des architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines. Les prix des places est sans variable mais pour West side story, il faut compter 105€ au parterre! ou à la mezzanine, ce qui est bien cher pour une vision disons, des plus éloignées avec un son de micros HF ! Et jusqu’à 25 € sur les côtés ! Et cerise sur le gâteau, on retire gratuitement  (sic !!!!) les billets dans un des nombreux points de vente. Et on peut aussi acheter un e-billet collector sur carte plastifiée qui, munie d’un hologramme et d’un code barre. permet un accès direct à l’événement! Vous avez dit progrès? En tout cas,  il faut le payer!

Mais bon, vu le gigantisme de cette salle peu chaleureuse, aux sièges en  bois moulé et aux murs noirs,  mieux vaut investir dans une bonne paire de jumelles!  Et, si on a bien compris les indications du site, la direction de cette Seine musicale entend rentabiliser les choses au maximum, avec réservation par Internet et même si le département des Hauts-de-Seine est assez riche, la recherche d’un nouveau public ne semble pas être ici une priorité !

Du côté des petits-mais importants pour la création-théâtres comme le Théâtre Studio d’Alfortville en banlieue parisienne? Christian Benedetti annonce tout de suite la couleur : «Ce n’est pas un théâtre au sens de l’économie, mais au sens étymologique : l’endroit d’où l’on regarde, et au sens politique.Un théâtre de la distance, (comme l’image a besoin de la distance pour être vue, le théâtre a besoin de distance pour faire son travail). (…)
Le temps théâtral n’est pas le temps de la productivité de l’économie de marché. Il est celui, singulier, de la respiration et du regard de celui ou celle qui conduit le projet et de l’énergie du sens. » Un théâtre de recherche comme celui-là, on l’aura vite compris, a toute sa légitimité et se doit d’avoi une politique des prix très adaptée : un plein tarif à 20 €, et un tarif réduit à 15 € pour tout le monde ou presque : seniors, demandeurs d’emploi, intermittents, enseignants, étudiants, moins de trente ans, abonnés des théâtres partenaires. Et à 10€ pour  bénéficiaires du RSA, moins de 16 ans, Alfortvillais et le réseau Ticket Théâtre proposant un tarif unique de 12€ pour ses adhérents.

Autre exemple, le TnBA-Théâtre du Port de la Lune à Bordeaux, comme de nombreux centre dramatiques nationaux-Jean Vilar avec le célèbre T.N.P. ,avait déjà donné l’exemple il y a quelque soixante-dix ans- a adopté une politique d’abonnements et de cartes spéciales donc à prix réduits sauf spectacles majorés. Même si cela donne un peu le tournis, vu le nombre d’offres : 5 € par spectacle à partir de quatre personnes  et tarif réduit à 9 € le spectacle à partir de trois. Il y a aussi des carte pass solo et duo, des chèques-théâtre à échanger  contre un billet vendus 170 € par carnet de 10, au prix de 17 € la place

Mais il y a aussi un plein tarif qui ne doit pas concerner beaucoup de monde ! Soit  25 €  et tarif réduit 12 € (sauf spectacles majorés,  Théâtre en famille : plein tarif :12 € tarif réduit : 8 € Tarif dernière minute : plein tarif 17 €  et tarif réduit 10 € (sauf spectacles majorés).  Tarif collectivités et CE partenaires  7 € (sauf spectacles majorés) sur présentation de la carte CLAS, Cézam, TER Aquitaine, CNRS, MGEN, CE Pôle Emploi.

Du côté du NEST,
Centre Dramatique National transfrontalier de Thionville-Grand Est, il y aussi une volonté de s’adapter aux finances du public  avec un tarif plein à 21 €, un tarif réduit à 16 €  pour  les plus de 65 ans, abonnés structures partenaires, CE, demandeurs d’emploi, groupe de dix personnes. Mais aussi un tarif jeune à 8 € et enfin un tarif RSA à 5 €. Mais le Nest propose aussi  une carte adhérent à 15 € avec tous les spectacles à 10  €), une carte saison à 110 € pour douze spectacles + un offert : La Bonne éducation et une carte jeune à 21 € pour trois spectacles de la saison, et 5 €  le spectacle supplémentaire.
Pour son festival de formes brèves en septembre dernier, le NEST a donné la possibilité de prendre un pass journée à 20€ ou à 10€, pour les moins de 26 ans ou wek-end :  30€ et 15€. De même, le festival ados La Semaine extra au printemps prochain sera à 10€ , et tarif jeunes à 5€.

Voilà, de quoi méditer en ces temps où les mises en scène de spectacles deviennent sauf exception de plus en plus techniques et donc de plus en plus coûteux , les partenariats privés/publics se portent comme un charme. Avec toutes les dérives que cela peut occasionner! Aller pour finir de quoi enchanter votre soirée pluvieuse et triste cette belle réflexion de la grande chorégraphe Anne Teresa De Kerresmaeker: Nous sommes dans un monde où les expériences à vivre ensemble deviennent de plus en plus rares. Ce qui rend le spectacle vivant encore plus précieux. » C’est effectivement l’essentiel.A suivre donc…

Philippe du Vignal

*Odéon : ouverture de la location des places en avant-premières à 50% sur toutes les catégories, le 
mardi 31 octobre 2017, pour Les Trois Sœurs d’après Anton Tchekhov, mise en scène de Simon Stone.
Prix : 20€ / 14€ / 9€ / 7€ (séries 1, 2, 3, 4) au lieu de 40€ / 28€ / 18€ / 14€
.
T : 01.44.85.40.40 et sur www.theatre-odeon.eu

 

 


Archive pour 4 novembre, 2017

Triumvirus, conception et mise en scène de Nina Villanova

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

TriumVirus, conception et mise en scène de Nina Villanova

 

Après cinq étapes de travail au Local à Marseille, puis à Athènes, Falaise et à Alfortville,  première de ce spectacle sur la dette, la crise et l’état d’exception conçu par la metteuse en scène qui devient artiste associé au Théâtre Studio d’Alfortville, aux côtés de son directeur Christian Benedetti. « Que serait aujourd’hui un théâtre politique ? Et quels moyens avons nous pour dire notre époque et sa nécessaire transgression ? ».

Nina Villanova partie d’une analyse de la crise grecque,  y a ajouté des textes théoriques et poétiques, des extraits de pièces et de films, de livres et de musiques dont Le Malade imaginaire de Molière, Une femme sous influence de John Cassavetes, Knock de Jules Romains et quelques citations de personnalités médiatiques et politiques. « TriumVirus,pièce/montage en douze tableaux pour quatre actrices est une réflexion sur la dette, son accumulation et sa conséquence indéfectible : la crise, un cycle infernal qui se répète à l’infini et nous plonge dans un état d’exception permanente. (…)  Nous vivons au jour le jour, sans projet à long terme, nous ne voyons pas plus loin que le bout de nos peines.  La « dette souveraine » écrit Paniagiotis Grigoriou dans La Grèce fantôme, est passée du statut de « crédit bancaire », à celui d’échéance téléologique perpétuelle.

Dans un joyeux capharnaüm, Marine Behar, Julie Cardile, Zoe Houtin et Nina Villanova se déchaînent et courent après un lapin masqué sur une musique de chasse à courre : « Élever et discipliner un animal qui tienne ses promesses, n’est-ce pas le véritable problème de l’homme ? (…)  Celui qui a de l’argent, peut vivre, celui qui n’en a pas,  peut mourir ».
Elles installent une table qui sera rapidement mise en l’air… « J’ai voulu parler de la dette ! ». Une actrice se déshabille, puis se barbouille de noir et revêt un masque de lapin. «Les uniformes sont bientôt prêts ».. Nous assistons au supplice décrit dans La Colonie pénitentiaire par Franz Kafka expliquée à Lapinou qui écoute de ses deux oreilles;  dans un foutoir intégral, l’une des actrices est enterrée sous les débris. Difficile de rendre compte des surgissements inopinés des nombreuses images qui se succèdent, élaborées à partir de lectures.

Un spectacle souvent drôle et tragique en même temps, interprété par une équipe qui n’a pas froid aux yeux, et toujours lucide.


Edith Rappoport

Théâtre Studio d’Alfortville, 16 rue Marcelin Berthelot 94140 Alfortville. T :  01 43 76 86 56, jusqu’au 9 novembre. 

 

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