D comme Deleuze d’après L’Abécédaire de Gilles Deleuze, mise en scène de Cédric Orain

 

Photo Didier Crasnault

Photo Didier Crasnault

D comme Deleuze d’après L’Abécédaire de Gilles Deleuze,  mise en scène de Cédric Orain

 Gilles Deleuze, l’un des penseurs les plus importants du XXème siècle et que  l’on appelait « le philosophe du désir »,  fut aussi un pur innovateur et un créateur de concepts. Ami de Michel Foucault, il s’interrogea beaucoup sur la différence et la répétition, termes mis à l’honneur dans le spectacle. En 1991, dans Qu’est-ce que la philosophie? en collaboration avec son fidèle partenaire, Felix Guattari , il explique que la philosophie doit être une attitude de vie, un questionnement ouvert sur le réel, et non une doxa, porteuse d’une vérité définitive. Gilles Deleuze forge des outils conceptuels à la disposition de tous, pour tenter de comprendre le monde. Star de la philosophie de son vivant, il se montra  pourtant toujours très discret dans les médias et n’accepta qu’une seule interview,  avec son ancienne élève Claire Parnet, à la condition qu’elle ne soit  diffusée qu’après sa mort. Ce long entretien où règne le tutoiement et la convivialité constitue le matériau de départ du spectacle où trois comédiens interprètent les quatre premières entrées.

  Guillaume Clayssen, en guise d’introduction, devise sur la notion de  « commencement » d’un spectacle, et introduit le concept de « cause première », une cause qui se cause elle-même et qui n’est précédée par rien. Au théâtre, se demande-t-il avec malice, quand la représentation commence-t-elle vraiment ? Quand le comédien prend la parole pour la première fois ? Quand le premier spectateur passe la porte pour s’installer ? Il évoque deux manières de commencer : la méthode dite du rideau rouge, quand le spectacle commence au lever de ce rideau (mais n’a-il pas commencé avant, pour les comédiens qui jettent souvent un œil à la salle ?) et celle, plus contemporaine, qui consiste à commencer la pièce dès l’entrée du public, avec les comédiens déjà en place sur le plateau. Olav Benestvedt, qui annotait tranquillement ses papiers, profère le nom de Deleuze et nous apprend sa signification en norvégien, et Erwan Hakyoon Larcher lui se met à bouger…

Première lettre annoncée : A comme animalité. Gilles Deleuze démontre que nous avons tendance à prêter aux animaux des sentiments humains, oubliant que la nécessité de survie les pousse à être sans cesse aux aguets. B, comme boisson, permettra d’évoquer l’ivresse et ses limites, avec l’analogie du dernier verre, celui qui fait s’écrouler celui qui le boit. C’est toute la question de l’(auto)évaluation, illustrée par l’acrobate et ses innombrables sauts par-dessus la table. C sera l’occasion d’évoquer la culture. Gilles Deleuze se disait peu cultivé, malgré une fréquentation assidue des cinémas et musées (mais guère des théâtres !) C’est pour lui : « être aux aguets de quelques chose qui se passe en moi ». Et D renvoie au désir et à la capacité de construire, d’agencer.  Ainsi qu’au parallèle entre désir et délire.

 Cédric Orain propose ici une leçon de philosophie en forme de gai-savoir, avec des véritables concepts, et si l’on ne comprend pas tout, la poésie, aux limites de l’absurde, prend le relai. En une heure dix, on cerne le personnage de Gilles Deleuze, sans s’ennuyer un instant. Cette intelligence de la langue est servie par Guillaume Clayssen en professeur qui tente de garder le cap; Olav Benestvedt apporte un peu de folie, imitant Antonin Artaud à la perfection, et Erwan Hakyoon Larcher, acrobate, insuffle la légèreté et l’élévation physique indispensable. Simple mais bien construit, enlevé et souvent drôle, et fidèle à l’esprit de Gilles Deleuze, ce spectacle donne accès à son œuvre. Il s’arrête à la lettre D, mais on peut espérer d’autres épisodes à venir !

 Julien Barsan.

 Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet,  jusqu’au 9 novembre T. 01 43 62 71 20

 


Archive pour 7 novembre, 2017

D comme Deleuze d’après L’Abécédaire de Gilles Deleuze, mise en scène de Cédric Orain

 

Photo Didier Crasnault

Photo Didier Crasnault

D comme Deleuze d’après L’Abécédaire de Gilles Deleuze,  mise en scène de Cédric Orain

 Gilles Deleuze, l’un des penseurs les plus importants du XXème siècle et que  l’on appelait « le philosophe du désir »,  fut aussi un pur innovateur et un créateur de concepts. Ami de Michel Foucault, il s’interrogea beaucoup sur la différence et la répétition, termes mis à l’honneur dans le spectacle. En 1991, dans Qu’est-ce que la philosophie? en collaboration avec son fidèle partenaire, Felix Guattari , il explique que la philosophie doit être une attitude de vie, un questionnement ouvert sur le réel, et non une doxa, porteuse d’une vérité définitive. Gilles Deleuze forge des outils conceptuels à la disposition de tous, pour tenter de comprendre le monde. Star de la philosophie de son vivant, il se montra  pourtant toujours très discret dans les médias et n’accepta qu’une seule interview,  avec son ancienne élève Claire Parnet, à la condition qu’elle ne soit  diffusée qu’après sa mort. Ce long entretien où règne le tutoiement et la convivialité constitue le matériau de départ du spectacle où trois comédiens interprètent les quatre premières entrées.

  Guillaume Clayssen, en guise d’introduction, devise sur la notion de  « commencement » d’un spectacle, et introduit le concept de « cause première », une cause qui se cause elle-même et qui n’est précédée par rien. Au théâtre, se demande-t-il avec malice, quand la représentation commence-t-elle vraiment ? Quand le comédien prend la parole pour la première fois ? Quand le premier spectateur passe la porte pour s’installer ? Il évoque deux manières de commencer : la méthode dite du rideau rouge, quand le spectacle commence au lever de ce rideau (mais n’a-il pas commencé avant, pour les comédiens qui jettent souvent un œil à la salle ?) et celle, plus contemporaine, qui consiste à commencer la pièce dès l’entrée du public, avec les comédiens déjà en place sur le plateau. Olav Benestvedt, qui annotait tranquillement ses papiers, profère le nom de Deleuze et nous apprend sa signification en norvégien, et Erwan Hakyoon Larcher lui se met à bouger…

Première lettre annoncée : A comme animalité. Gilles Deleuze démontre que nous avons tendance à prêter aux animaux des sentiments humains, oubliant que la nécessité de survie les pousse à être sans cesse aux aguets. B, comme boisson, permettra d’évoquer l’ivresse et ses limites, avec l’analogie du dernier verre, celui qui fait s’écrouler celui qui le boit. C’est toute la question de l’(auto)évaluation, illustrée par l’acrobate et ses innombrables sauts par-dessus la table. C sera l’occasion d’évoquer la culture. Gilles Deleuze se disait peu cultivé, malgré une fréquentation assidue des cinémas et musées (mais guère des théâtres !) C’est pour lui : « être aux aguets de quelques chose qui se passe en moi ». Et D renvoie au désir et à la capacité de construire, d’agencer.  Ainsi qu’au parallèle entre désir et délire.

 Cédric Orain propose ici une leçon de philosophie en forme de gai-savoir, avec des véritables concepts, et si l’on ne comprend pas tout, la poésie, aux limites de l’absurde, prend le relai. En une heure dix, on cerne le personnage de Gilles Deleuze, sans s’ennuyer un instant. Cette intelligence de la langue est servie par Guillaume Clayssen en professeur qui tente de garder le cap; Olav Benestvedt apporte un peu de folie, imitant Antonin Artaud à la perfection, et Erwan Hakyoon Larcher, acrobate, insuffle la légèreté et l’élévation physique indispensable. Simple mais bien construit, enlevé et souvent drôle, et fidèle à l’esprit de Gilles Deleuze, ce spectacle donne accès à son œuvre. Il s’arrête à la lettre D, mais on peut espérer d’autres épisodes à venir !

 Julien Barsan.

 Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet,  jusqu’au 9 novembre T. 01 43 62 71 20

 

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