Festen, mise en scène de Cyril Teste

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Festen, mise en scène de Cyril Teste, d’après Festen, un film de Thomas Vinterberg, co-scénariste Mogens Rukov, adaptation de  Bo Hr. Hansen, traduction française de  Daniel Benoin

 

«Quand on fête ses soixante ans, on n’a plus vraiment de projet (…) On peut regarder en arrière (…) On peut être fier de sa famille. (…).  » Dans le noir, on entend la voix du père qui nous convie à un banquet en son honneur. A la fin, on verra qu’il aura été servi… mais pas comme il l’entendait ! Le rideau s’ouvre sur une immense pièce où trône une longue table nappée de blanc ornée de bouquets de fleurs. Les domestiques s’affairent et les convives arrivent, suivis par une caméra, entre la cuisine où se prépare le repas d’anniversaire, le vestibule où l’on pose son manteau, et la grande salle à manger-salon. Avec allers et venues des personnages dans des plans-séquences et gros plans en alternance, projetés sur un écran au centre.

La caméra s’attarde, au dessus du piano, sur l’étrange scène bucolique du tableau de Jean-Baptiste Camille Corot (1796- 1877), Orphée ramenant Eurydice des enfers. Ce sera aussi la dernière image du spectacle. Toute une ambiance… Ici l’Enfer s’apparente à ce repas de famille où, en pleines festivités, Christian, le fils aîné, va faire tomber les masques, et dévoiler au grand jour les crimes d’un père incestueux qu’il tient pour responsable du suicide de Linda, sa sœur jumelle. Pour Thomas Vinterberg, «Festen établit un lien entre la montée du fascisme dans un pays et la pression du mensonge structurant tous les membres de cette famille ».

 Mais ce drame familial jusque là bien caché et brutalement mis à nu est aussi une histoire de fantôme, d’un lieu hanté par les démons du passé et par une soeur Linda qui a laissé derrière elle une lettre expliquant son geste et corroborant les révélations de Christian, d’abord fermement démenties par ses parents. La jeune fille, de temps en temps apparaît sur l’écran, vue du seul Christian et, bien sûr, du public, par le truchement de séquences préenregistrées, les seules du spectacle.

 La scénographie de Valérie Grall permet au chef-opérateur de se transporter dans tous les espaces de cet hôtel particulier cossu : le spectateur devient ainsi voyeur et découvre l’envers d’un décor d’apparat, jusque dans les chambres, où l’on débusque des scènes intimes entre les personnages… et les secrets, nombreux, qui pèsent sur la famille. Ce sont les coulisses de la fête, analogues à celles du théâtre, en attente de l’action principale.

 Après le remarquable Nobody (voir Le Théâtre du Blog), Cyril Teste avec cette nouvelle  «performance filmique», s’empare de l’un des deux premiers films-culte labellisés Dogme95 : Festen de Thomas Vinterberg (1998) avec Les Idiots (Idioterne) de Lars von Trier, les instigateurs de ce mouvement. Premier-nés de la Nouvelle Vague danoise dont l’esthétique participe d’une sobriété formelle, avec tournage,  caméra à l’épaule, en son direct, et enregistrant sans artifices, des situations brutes. Leurs auteurs adoptent un style vif, nerveux, brutal et réaliste.

 Comme Lars von Trier et Thomas Vinterberg, Cyril Teste, le directeur artistique du collectif MxM,  s’est lui aussi donné des règles strictes :  “cette performance filmique  doit être tournée, montée et réalisée en direct sous les yeux du public. Musique et son doivent ainsi être mixés en temps réel, et les images pré-enregistrées ne doivent pas dépasser cinq minutes et sont utilisées pour des raisons pratiques (…) »

Homme de théâtre autant qu’artiste plasticien, Cyril Teste, revisite sur un plateau qui devient à la fois scène et studio de cinéma, la théâtralité d’une réception, en trois chapitres. Il tient bien son spectacle et nous offre une plongée d’une heure cinquante dans un univers dramatique et plastique où théâtre et cinéma cohabitent dans la plus grande complémentarité.  Avec un travail méticuleux de tournage et montage en direct, réalisé par une habile équipe. Seize excellents comédiens jouent magistralement le jeu, pour la caméra comme pour la salle. Le film, par écran interposé, et avec une sonorisation constante, opère une distance entre public et acteurs, une  «déréalisation»,  comme si  manquait parfois la présence réelle des corps et les voix. Quelques spectateurs sont invités chaque soir à partager le repas cuisiné, servi et dégusté le temps de la représentation, mais cela ne nous inclut pas pour autant dans le vif.

Il faut saluer ici un remarquable travail d’équipe, cohérent et très bien réglé : il aura fallu deux ans au metteur en scène pour élaborer ce projet. Le collectif MxM confirme ici sa capacité d’invention et la beauté formelle de ses réalisations. Le public a réservé à ce brillant exercice de style, un accueil enthousiaste. Ne le manquez pas…

 

Mireille Davidovici

Spectacle créé du 7 au 10 novembre à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy.

Du 24 novembre au 21 décembre, Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris.

Du 10 au 12 janvier, Le Quai, Centre Dramatique National d’Angers-Pays de la Loire. Du 23 au 27 janvier, MC2 de Grenoble .
 Le 11 février, Théâtre du Nord, Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing-Hauts de France. Du  20 au 24 février, Théâtre National de Bretagne, Rennes.
Les 8 et 9 mars, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines ; le 15 et 16 mars, Le Liberté, Toulon; les 20 et 21 mars, Comédie de Valence ; les  29 et 30 mars, Le Parvis, Tarbes.
Les 3 et 4 avril, Théâtre de Cornouaille,Quimper; du 10 au 13 avril, Comédie de Reims ; les 17 et 18 avril, Equinoxe, Châteauroux; du 24 au 26 avril, TAP, Scène nationale de Poitiers.
Du 12 au 16 juin, Les Célestins, Théâtre de Lyon.

 


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