Les Ombres errantes, musique de François Couperin, mise en ombre et en lumière de Philippe Beau, mise en espace de Chine Curchod

 

Les Ombres errantes, musique de François Couperin, mise en ombre et en lumière de Philippe Beau, mise en espace de Chine Curchod

9ff8b16c74a5c63dcba293c233d4b7ecIddo Bar-Shaï, pianiste et Philippe Beau, ombromane, magiciens l’un du clavier, et l’autre, du théâtre d’ombre vont nous faire «entendre-voir» la musique de François Couperin (1668-1733). Avec une dizaine de petites pièces baroques aux titres évocateurs. Comme d’abord, Les Ombres errantes, l’une de ses dernières œuvres pour clavecin, publiée en 1730, alors que le musicien était déjà bien malade. Grâce à une seule lampe de poche,  Philippe Beau projette l’ombre du grand piano qui prend des allures de monstre sur un écran. L’espace s’anime en noir et blanc, et dans la lumière, les notes d’Iddo Bar-Shaï prennent lentement corps; une étrange nostalgie  nous étreint.

Mais des moments plus joyeux suivront avec un allègre Sœur Monique. Dans Le Rossignol en amour suivi de Double du Rossignol, des oiseaux en ombre convolent et puis s’enfuient. L’Ame en Peine retrouve une tonalité mineure, pour un moment de recueillement intense. Suivront le drôle et fameux Tic Toc Choc en fa majeur, ou Les Tambourins, en sol majeur. Les non moins fameuses Barricades Mistérieuses, témoignent, elles, du style dit « brisé»,  propre aux clavecinistes français de l’époque et emprunté aux joueurs de luth qui  avaient brisé les accords écrits dans les partitions pour mieux moduler l’intensité et l’expression du son. Avec la superposition de lignes mélodiques, cela fait alors penser au contrepoint.

Ces petites séquences sentimentales s’égrènent avec finesse… Naissent alors sous les doigts habiles de Philippe Beau, paysages, animaux et silhouettes humaines : un oiseau s’envole vers le nid de ses cheveux ou se perche sur son bras, un cheval galope, une grenouille bat du tambourin… Tout un bestiaire éphémère, mais aussi des images plus abstraites et avec de délicates découpes, sont projetés les titres des pièces. Ombre et lumière en adéquation avec cette musique baroque.  Bien que souvent figuratives, les saynètes de Philippe Beau ne viennent pas illustrer les pièces mais surgissent littéralement de la force évocatrice du piano. Musique et images se conjuguent en douceur. «J’ayme beaucoup mieux ce qui me touche, que ce qui me surprend, disait François Couperin. »

 La metteuse en scène suisse Chine Curchod a, pour ce concert, imaginé une scénographie dépouillée,  et a trouvé un accord parfait entre des artistes qui n’avaient jamais travaillé ensemble avant cette création en 2015. «La musique crée des ombres», dit le pianiste israélien.”(…) « Dans l’ombre, précise Philippe Beau, on peut tout imaginer: l’invisible est parfois plus intéressant que le visible. Je sens ça dans la musique.” Ils sont  quelques-uns comme lui, à pratiquer l’ombromanie (ballet de mains), un art proche de la magie. Il a collaboré à de nombreux spectacles, comme ceux, entre autres, de Philippe Decouflé, Robert Lepage, ou Peter Brook…

On pourra apprécier les effets spéciaux conçus par Philippe Beau dans Faust de Johan Wolfgang von Goethe, au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris, à partir du 21 mars.  .

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 8 novembre, à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy

 Théâtre des Pénitents, Montbrison, le 14 décembre. 

 Le concert d’Iddo Bar-ShaÏ, Couperin/ Les Ombres errantes est édité en DVD ( Mirare)

Robert-Houdin, le roi des magiciens de Philippe Beau est publié aux éditions A dos d’âne.

 

 


Archive pour 10 novembre, 2017

Crocodiles


Crocodiles de Fabio Geda, d’après l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari, adaptation et mise en scène de Cendre Chassanne et Carole Guittat

09432CE4-28D0-4019-AC3F-260E5E432C03Nous sommes assis de part et d’autre d’une longue piste, face à deux écrans où l’on projette par instants les frontières qu’Enaïat Akbari, un jeune Afghan de dix ans, va traverser dans des conditions invraisemblables. Sa mère l’a conduit au Pakistan et l’y abandonnera dans l’espoir de lui préserver la vie. Enaïat  va faire entendre ici la voix de tous ceux qui sont tus là-bas. Afghanistan. Pakistan, Turquie, Grèce, Italie… les frontières se passent en cordée dans les montagnes, dans le double-fond d’un camion, à bord d’un canot pneumatique! Le temps ne passe pas à la même vitesse partout mais est toujours accompagné de son cortège d’angoisses et de désirs.

Rémy Fortin nous fait vivre les épreuves douloureuses d’Enaïat qui va traverser les frontières, et dans cette  aventure aux multiples dangers, quelques-uns de ses amis y laisseront leurs vies, exploités, affamés, enfermés parfois, mais lui, réussira, malgré tout, à survivre et même à retrouver le contact avec sa mère.

  Ce solo formidable et  magistralement enlevé,dénonce sans pathos une émigration provoquée en partie, il y a des décennies par le pillage de ses anciennes colonies par les pays occidentaux. Un spectacle traversé par un beau souffle d’espoir dans la morosité et l’égoïsme de notre monde repu.

Edith Rappoport

Théâtre Dunois, 108 rue du Chevaleret, Paris XIIIème. T.  : 01 45 84 72 00, jusqu’au 18 novembre, en matinées scolaires, et le 16 à 10 h et 14 h 30, 17 à 10 h
Tout public : en novembre: le 15 à 15 h, le 18 à 18 h et le 12 à 16 h.

 

 

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