Bella Figura, texte et mise en scène de Yasmina Reza

 

Crédit photo : Pascal Victor

Crédit photo : Pascal Victor

Bella Figura, texte et mise en scène de Yasmina Reza

 «Un homme et une femme se tiennent sur un parking de restaurant de province, dit l’auteure et dramaturge;  elle, Andrea, mère célibataire, préparatrice en pharmacie, est encore dans la voiture. Son amant, Boris, patron d’une entreprise de minoterie, essaie de la convaincre d’en sortir  malgré l’erreur qu’il vient de commettre: il a mentionné que ce restaurant lui a été conseillé par sa femme! Bella Figura explore la soirée consécutive  à cette faute originelle… »
La pièce a été créée il y a deux ans par Thomas Ostermeier à la Schaubühne de Berlin, avec dans le rôle principal, une de ses égéries, Nina Hoss (voir Le Théâtre du Blog). Une histoire d’adultère qui pourrait verser dans le théâtre de boulevard, mais aux propos raffinés et moqueurs. Emmanuelle Devos dans une petite robe courte estivale d’ado, allonge ses longues jambes sur le siège avant d’une magnifique Audi jaune, objet de désir pour les avides de clinquant. On est ici dans le non-dit, l’implicite et le sous-entendu, et dans  un monde à l’humour âpre et à l’ironie acerbe, un rien angoissant.

Boris, dont l’entreprise est en grande difficulté, joue les rustres sensibles, avec pourtant des pointes judicieuses de souffrance et de mélancolie. En voulant quitter les lieux en marche arrière, il a failli renverser avec sa voiture, une dame âgée, qui, accompagnée de son fils et de sa femme, fête son anniversaire au restaurant (malicieuse Josiane Stoléru). Elle a un début d’Alzheimer et l’envie d’agacer son fils. Micha Lescot joue les clowns à merveille pour détendre l’atmosphère pesante, et sa belle-fille, incarnée avec une belle réserve par Camille Japy, est l’amie de l’épouse de Boris ! D’où… un sentiment de malaise.

Entre les scènes, résonne la musique de Nathan Zanagar et Théodore Eristoff avec une revisitation de Gimme shelthe des Rolling Stones, et des images vidéo font vivre la campagne nocturne alentour: herbes et roseaux en ombres chinoises  et croassements des crapauds. Andrea, fâchée contre Boris et qui le lui fait payer, traverse le plateau et n’en finit pas de fumer cigarette sur cigarette; en talons rouges, petit sac à la main et tirant sans cesse sur sa robe trop courte, elle avale en pagaïe calmants et autres antidépresseurs.

Souriante et avenante,  elle interpelle les convives qui s’apprêtent à fêter cet anniversaire et s’invite à la table  de fête, à la plus grande gêne de Françoise, agacée par cette intruse sans vergogne qui, peu à peu, s’enivre pour le plaisir d’Eric, charmé, et pour le bonheur de la mère qui s’entiche de cette provocatrice. Mais rien n’arrive, et il y a une atmosphère pesante que le public-patient-éprouve… trop longuement! Les acteurs, vifs, facétieux et précis, sont heureux d’en découdre, mais à quelle fin? Le téléphone blanc du  boulevard d’autrefois-symbole de luxe, car l’abonnement des P.T.T. était plus cher!-sont remplacés ici par une belle Audi jaune, et par des canapés de jardin. Frivoles et désenchantés, tous ces personnages qui se rencontrent ici, n’ont rien à se dire…

 Reste la gracieuse Emmanuelle Devos qui mime les Marylin émerveillées…

 Véronique Hotte

 Théâtre du Rond-Point, 2 avenue Franklin-Roosevelt, Paris VIII ème, jusqu’au 31 décembre. T. : 01 44 95 98 21.

 

 


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