Ça va ? de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Daniel Benoin

 

Ça va ? de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Daniel Benoin

 

 ©Phillip DUCAP

©Phillip DUCAP

Des personnages anonymes se croisent et des «ça va?» fusent, pour ne rien dire, ou en dire tellement et en si peu de temps, dans un ballet de courtes scènes où ils dialoguent et s’affrontent. Dans la rue, au café, à la sortie du théâtre, sur un banc, et pour finir, sur la scène même, avec une parodie hilarante d’En attendant Godot…  Le metteur en scène a choisi vingt petites pièces, parmi la cinquantaine publiées dans ce recueil, jouées ici en continu par trois comédiens et quatre figurants muets…

Jean-Pierre Laporte a imaginé des châssis coulissants en tulle pour figurer différents lieux,  avec un guéridon de café, un banc public et quelques chaises. Mais on aurait pu se passer d’un mini-Versailles ou d’une synagogue qui apparaissent en toile de fond pour illustrer deux courtes scènes dont l’esthétique kitsch rompt avec la finesse des dessins stylisés sur les châssis. Dans cette scénographie en perpétuel mouvement, le rythme du jeu ne faiblit jamais: Jean-Pierre Cassignard, François Marthouret et Eric Prat se partagent soixante rôles, changeant de peau à chaque costume, et composent tout de go des personnages-types qu’on reconnaît au quart de tour. Il est question de tout et de rien,  et dans les non-dits et les quiproquos, gisent souvent le sens et la drôlerie.

 «Le “çavavirus“, une saloperie de maladie (…) écrit Jean-Claude Grumberg. (…) Au plus fort de la maladie, j’en griffonnais un par jour. (…) Je m’installe à ma table, taille mon crayon et je me prépare à pondre la tragédie sur le temps qui passe, la misère qui s’amasse, les copains qui trépassent, et que dalle, nib, peau de balle et balai de crin, c’est un «ça va» qui me suinte des mains et vient salir le papier blanc de sa noirceur infecte.» N’en déplaise à l’auteur, ces scènes de longueur variable traitent avec humour des aléas de la condition de humaine. Et il nous propose, une fois encore, un théâtre de conversation, vif, caustique et bien écrit. Pas un mot de trop et un art consommé de la chute : «Une scène sucrée n’est jamais huée » dit l’un de ses personnages.

Il aborde des thèmes comme l’argent, la santé, le travail, l’amour, la politique… et épingle aussi sans concession cuistres, hypocondriaques, racistes, râleurs et jean-foutre… Il égratigne, au passage, les mœurs des théâtreux. Jean-Claude Grumberg en dit long, mine de rien, sur l’état de notre société et sur nos petits et grands tracas. On s’amuse à retrouver des situations vécues, à reconnaître quelques-uns de nos semblables, voire nous-mêmes et nos propres travers.

 Une heure vingt de rire garanti. Le plaisir est là. Ça va bien !

 Mireille Davidovici

 Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris VIII ème. T. : 01 44 95 98 00 jusqu’au 3 décembre.

 Le texte est publié chez Actes Sud-Papiers.

 


Un commentaire

  1. JOSE LUIS CASTRILLO dit :

    personnellement, je m’y suis particulièrement ennuyé malgré la présence de mon héros personnel, François Marthouret. Ca aurait sans doute gagné à être beaucoup plus bref et en salle Jean Tardieu… c’est bien la première fois que Grumberg me laisse de marbre. mais bon, ça va…

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