Le dernier jour où j’étais petite de Mounia Raoui, mise en scène de Jean-Yves Ruf et Mounia Raoui

 

Le dernier jour où j’étais petite de Mounia Raoui, mise en scène de Jean-Yves Ruf et Mounia Raoui

A peine visible et pas même entrée en scène, elle commence par vous susurrer à l’oreille que c’est le plus beau jour de sa vie, et puis non. Elle ? Elles sont deux, que l’auteure comédienne fait dialoguer comme des marionnettes invisibles, deux fictions qui se croisent : Plume, légère comme le rêve, et Moi, guère plus encline à peser sur la terre. Un point d’ancrage quand même lui permet de ne pas disparaître dans les nuages : son enfance. D’où le titre.

 Ce qui se raconte ? Un nom prédestiné : Mounia, «le désir», et Raoui, «raconter». Comment faire comprendre à des parents admirés et aimés, travailleurs loyaux, ouverts aux projets de leurs enfants, intégrés, ce qu’est faire du théâtre ? Mounia, ou son personnage, a fait une bonne école, a travaillé, et elle travaille. Même quand elle n’a pas d’emploi, ça travaille dans sa tête, dans ses lectures, dans ses inquiétudes. Au point de tomber parfois dans le  un épuisement total dû au chômage. Quand les portes de l’art et de l’imagination se referment, bloquées par les portes étanches de la société, et par les murs de l’offre et de la demande.

Sur un ton souvent enfantin, parfois caustique, avec un humour toujours présent et délicat, elle pointe ce que d’autres jeunes comédiens vont chercher encore et encore du côté d’Anton Tchekhov : le désarroi d’une jeunesse qui ne trouve pas sa place, son territoire dans le monde et les institutions telles qu’elles sont. Le poids de la désillusion, y compris pour ceux qui ne se faisaient aucune illusion. Et puis quand même l’ouverture : l’art, le théâtre, ce terrain de jeu de la liberté. Un endroit où l’on peut penser : encore faut-il avoir accès au terrain, à l’ «espace d’expression », comme dit Mounia Raoui, dont chacun a besoin.

Jean-Yves Ruf l’a organisé de façon très simple, avec un discret jeu de lumières : un coin de cloison définit un “chez soi“, refuge et enfermement, et un extérieur sans délimitation précise qui, de ce fait, enferme et isole aussi. Un petit monde clair, pour l’écriture et le jeu d’une comédienne «ouvrière de la pensée», porte-parole, de fait, d’une génération : nous avons des forces inemployées à donner, nous sommes là pour inventer, regardez-nous, écoutez-nous. Ce que le public fait bien volontiers, avec le sourire et une pointe d’émotion.

Christine Friedel

Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis (93) jusqu’au 26 novembre. T. :01 48 13 70 00

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