Cyrano, d’après Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Lazare Herson-Macarel

 

Cyrano, d’après Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Lazare Herson-Macarel 

 

©Baptiste Lobjoy

©Baptiste Lobjoy

Cyrano de Bergerac n’a jamais été aussi joué que depuis une dizaine d’ années. Et le plus souvent en format de poche, c’est à dire sans le grand nombre d’acteurs et figurants et tous les décors qui vont avec.

Ici la scénographie toute simple a été conçue avec intelligence par Ingrid Pettigrew: quelque feuilles de contre-plaqué pour figurer un décor vu de la scène, et quelques praticables montés sur roulettes, et c’est tout.

Jérôme Savary adorait cette pièce et ses deux mises en scène à Mogador avec Jacques Weber, puis à Chaillot avec Francis Huster resteront sans doute comme de grands moments de théâtre populaire, au meilleur sens du terme. La lecture que nous en offre aujourd’hui Lazare Herson-Macarel, même dans un style très différent, en est finalement assez proche. C’est l’occasion pour lui de montrer,  comme Jérôme Savary que cette pièce est « une fête qui rassemble les gens les plus différents pour un festin de mots, d’intelligence, d’énergie vitale, de dépense improductive. Parce que ce texte est une expérience de jubilation pure, tant pour l’acteur que pour le spectateur. (…) Parce que la figure même de Cyrano nous inspire la liberté, l’insolence, l’insoumission, le désir d’insurrection pour un monde meilleur, le refus des compromissions, des paresses intellectuelles et des résignations-toutes choses dont notre société oublie petit à petit qu’elles sont possibles. »

Vaguement inspirée de la vie et de l’œuvre de l’écrivain  du XVIIème siècle, Savinien de Cyrano de Bergerac  et créée en 1897 au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, la  pièce eut un succès inimaginable, surtout pour un jeune auteur-Edmond Rostand n’avait que vingt neuf ans !-et à la première, il y eut vingt minutes d’applaudissements! Aujourd’hui, souvent méprisée par des hommes de théâtre reconnus, la pièce continue à attirer nombre de jeunes metteurs en scène. Mais très longue-quelque quatre heures-et donc jamais jouée dans son intégralité, elle n’est pas des plus faciles à monter! D’abord pour des raisons évidentes de gros sous, auxquelles avait dû aussi faire face Jérôme Savary, même à Chaillot: il y a normalement de nombreux décors, et quarante-cinq personnages dont les fameux cadets de Gascogne et une importante figuration : bourgeois, marquis, laquais, mousquetaires, etc. Aucun doute là-dessus: il est aussi indispensable de confier le rôle de Cyrano-quelque 1.600 vers!-à un acteur chevronné et qui ait vraiment envie de jouer ce rôle écrasant mais très gratifiant…Ce qui est loin d’être évident!

Mais Lazare Herson-Macarel qui avait très envie de la monter, préfère voir d’abord les grandes qualités de cette pièce « qui dit quelque chose du théâtre que nous voulons faire. Je rêve la mise en scène de Cyrano comme l’occasion de rendre Edmond Rostand à cet idéalisme essentiel qui dépasse de très loin, les satisfactions poétiques, rhétoriques et militaires. Grâce à lui, aujourd’hui, nous pouvons défaire et détruire un malentendu majeur : le théâtre n’est pas un artifice -c’est le dernier refuge de la réalité.(…) Parce que je crois qu’il est possible de donner de la pièce une lecture politique radicale, profonde, sans concession. Si Cyrano n’est qu’un conte pittoresque, folklorique, brillant et national, oublions-le. En revanche, nous pouvons rendre palpables pour le spectateur d’aujourd’hui l’héroïsme de Cyrano et la mélancolie de Rostand-l’héroïsme et la mélancolie de Cyrano. » Voilà, tout est dit ou presque, de cette lecture intelligente de la pièce-pas jouée intégralement mais jamais réductrice.

Donc pas de décor au sens strict du terme: c’est comme à une répétition de la célèbre pièce que nous convie Lazare Herson-Macarel, avec ses complices qui jouent les rôles principaux et les autres. Il y a bien l’énergie de la jeunesse mais la distribution très inégale! manque d’unité; cela criaille trop souvent, et la diction est aux abonnés absents, et il faut se pincer pour croire une seconde à cette Roxane. Là, on ne peut pas être d’accord et il faut que le metteur en scène resserre d’urgence les boulons et exige un minimum syndical: tous les comédiens doivent dire vraiment les alexandrins écrits par Edmond Rostand. Pour le moment, on entend le plus souvent quatre pieds sur les six. Cela s’arrangera peut-être mais il y encore un sacré boulot en perspective ! D’autant plus inadmissible dans le cas d’une pièce fondée en partie sur le plaisir du langage ! Et dire que la plupart de ces jeunes comédiens ont été élèves du Conservatoire National ! On rêve…

Bon, cela dit, il y a Eddy Chignara dans le rôle-titre, «doué de cette générosité essentielle qui le fait toujours dépasser l’horizon d’attente des spectateurs, comme le dit, avec juste raison, le metteur en scène. Quel rôle sublime pour un acteur ! Encore faut-il l’assumer-Cyrano est tout le temps en scène ou presque-mais Eddy Chignara a, à la fois, la technique, la présence et la générosité indispensables. Du côté de Gérard Depardieu dans le film de Jean-Paul Rappeneau (1990) ou de Michel Vuillermoz dans la mise en scène de Denis Podalydès (2012)…Même intelligence du rôle et même empathie avec le public… Chapeau!

Lazare Herson-Macarel a, et cela se voit tout de suite, une véritable passion pour la pièce et il n’a pas triché. Particulièrement bien réussies: la fameuse scène du balcon entre Roxane, Cyrano, celle du siège d’Arras avec des coups de canon figurés par un batteur sur une caisse, et la fumée de la poudre traduite par des fumigènes (un peu trop abondants mais passons!). La mort de Cyrano (mais comment la rater!) est aussi un  beau moment d’émotion, grâce à Eddy Chignara. Tout cela avec seulement quelques accessoires non réalistes et de belles lumières dues à Jérémie Papin. Il y a aussi une idée intéressante: Salomé Gasselin, remarquable interprète, joue sur scène des airs à la viole de gambe pour soutenir certains moment du texte. De quoi faire venir les larmes à plus d’un spectateur…

En tout cas, malgré certains manques évidents dans l’interprétation, et n’en déplaise aux détracteurs de cette pièce teintée de cocardisme-c’est vrai-mais sans doute la plus populaire du théâtre français, les nombreux collégiens et lycéens de Suresnes et des environs l‘ont écouté avec une grande attention pendant quelque deux heures trente! Et, croyez-nous, dans le théâtre contemporain, cela ne se voit pas tous les jours… Olivier Meyer, le directeur du théâtre  de Suresnes aura réussi là un bon coup.

Philippe du Vignal

Le spectacle a été créé du 10 au 12 novembre au Théâtre de Suresnes-Jean Vilar.
Le 17 novembre, Théâtre André Malraux, Chevilly-Larue (94). Du 21 au 24 novembre, Théâtre de la Coupe d’or, Rochefort (17). Le 28 novembre, Théâtre de Cachan (94).

 Du 5 au 7 décembre, Théâtre d’Angoulême/Scène nationale (16). Le 21 décembre, Les Passerelles, Pontault-Combault (77).

 Du 17 au 21 janvier, Théâtre Montansier, Versailles (78). Le 23 janvier, Carré Sévigné, Cesson-Sévigné (35). Le 26 janvier, Théâtre Roger Barat, Herblay (95). Le 28 janvier, Le Figuier Blanc, Argenteuil (95). Le 30 janvier, Le Forum/Scène nationale de  Flers (61).

Les 1er et 2 février, Le Tangram/Scène nationale, Evreux (27). Du 8 au 11 février,Théâtre Jean Arp, Clamart (92). Les 13 et 14 février, Scènes du Golfe, Vannes (56). Du 19 au 22 février, Le Quai, Centre Dramatique National d’Angers. Et le 9 mars, Théâtre du Blanc-Mesnil (93).

Les 13 et 14 mars, Carré Magique, Lannion (22). Le 17 mars, Théâtre des Bergeries, Noisy-le-Sec (93). Le 20 mars, Théâtre Edwige Feuillère, Vesoul (70)  et le 23 mars, L’Orange bleue, Aubonne (95).

 

 

 

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