Le Funambule de Jean Genet, mise en scène de Zoi Manda

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Le Funambule de Jean Genet,traduction de Michele Valley et Zoi Manda,  mise en scène de Zoi Manda

 Le théâtre de Jean Genet (1910-1986) avec une poétique et une portée sociale, témoignent de son expérience : condition pénitentiaire, prostitution, racisme contre les Noirs, les femmes et les colonisés. Et selon l’écrivain, « un peu politique »,  dans le sens où  ses pièces «abordent les situations sociales qui provoquent une politique» : tel est  l’axe de ses pièces. Par la suite, le théoricien de l’art et homme d’action révolutionnaire, nous emmènera aussi du côté de ses découvertes artistiques et sociales .

Le Funambule, publié en 1958, nous fait découvrir cet écrivain avec ses déchirements et son ascèse, dans une marche vers la perfection. Quatre heures à Chatila, un article écrit après les massacres de 1982, laisse apparaître un nouveau langage, celui d’un véritable engagement politique où  s’associent révolte, passion, mort et régénération. Dix ans avant 1968, et la révolution des étudiants en France, à Prague et avant d’autres mouvements libérateurs un peu partout dans le monde, Jean Genet définit le rôle de l’artiste dans L’Atelier de Giacometti, Ce qui est resté d’un Rembrandt déchiré et Le Funambule…  Fasciné par ces arts de l’espace, sculpture, peinture et funambulisme qui donnent forme à l’informe, avec une visualisation de l’image intérieure, en s’éloignant des faux-semblants. Le personnage du funambule permet à l’écrivain de donner une réalité sensible à ce qui n’était qu’absence, et en arrive même à la transcendance, puisque, pour lui, sur le fil, il danse pour Dieu, somme de toutes les possibilités.

Jean Genet,  avec des mots, élabore le statut de l’artiste : androgyne, être parfait, tantôt dominé et tantôt dominant, à la fois « gibier et chasseur,  qui travaille dans une solitude mortelle cachant une blessure secrète. Le funambule, au costume rouge et doré et au maquillage excessif, représente le Monstre, figure singulière du cirque, remontée des époques diluviennes. Il suit une étape initiatique dans la solitude, exempté de toute prétention, et ce rite de passage lui permettra d’accéder à une contrée fabuleuse. Le funambule incarne pour Jean Genet, l’acteur parfait, la «surmarionette », qu’il voulait créer pour le spectacle explosif dont il rêvait. Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et Gérard de Nerval avaient déjà exprimé cette idée de l’artiste solitaire, mais ce qui est nouveau, avec Jean Genet: l’idée que le funambule se cache dans le déshérité, la clocharde, pour rendre plus extraordinaire sa métamorphose en artiste étincelant. Un personnage qui représente toute l’humanité, dominants, dominés et exclus.

Zoi Manda a construit son spectacle avec un matériel élémentaire-mais essentiel-qui renforce la corporalité et le symbole : une corde, signe des oppositions traitées dans le texte, domine la scénographie, et qui, grâce à des projections vidéo, contribue à un dialogue avec le corps des acteurs. Lefteris Papakostas et Vallia Papachristou incarnent la personnalité de l’artiste  et son idéologie. Dans un décor semé de figures géométriques soulignant la trajectoire des instantanés, espace et lumière changent continuellement pour tracer les lignes de démarcation d’un itinéraire où l’auteur jongle avec le réel et l’imaginaire, le vrai et le faux, le secret et le mensonge, la vie et la mort.

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

 Théâtre Argo, 15, rue Elefsinion, Metaxourghio, Athènes. T. :  0030 210 52 01 684.

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