Dom Juan de Molière, mise en scène de Marie-José Malis

Dom Juan de Molière, mise en scène  de Marie-José Malis

 

 

photo : Willy Vainqueur

photo : Willy Vainqueur

La Commune-Centre dramatique National d’Aubervilliers- que beaucoup de ses fidèles aimeraient  voir porter le nom de Jack Ralite, depuis la disparition la semaine dernière de l’homme de culture et ancien maire ( voir Le Théâtre du Blog) est dirigé par Marie-José Malis. Elle nous offre une vision pertinente de la rencontre amoureuse dans Dom Juan : « Il se tient, au seul instant de la rencontre. Il est l’homme qui est entièrement disponible à la puissance de capture, de captation par l’autre, du désir de la femme qui est autre. Il s’en tient là… »

 Molière  fait ici l’éloge du moment d’une rencontre entre deux êtres, avec la puissance d’altération de l’un par l’autre que cela suppose. L’amour se place d’emblée  à une hauteur sublime, composant ainsi une puissance existentielle majeure : il constitue l’être et lui fait mal à la fois. La passion ? Des parcelles dont on n’atteint jamais la dimension d’ensemble…

 Ce Dom Juan n’est pas celui de Tirso de Molina, un  Burlador sévillan, un abuseur qui ment, trompe et séduit. Car, ici,  à chaque fois qu’il parle, « l’épouseur du genre humain »selon Sganarelle, dit la vérité.  C’est «un homme qui est là pour dire qu’on peut aimer plusieurs femmes à la fois et qu’on peut fonder là-dessus une nouvelle éthique », hors de toute fidélité. Un pas en avant par rapport à l’époque de Molière, une tension vers le temps futur selon la metteuse en scène..

Le mythe de ce personnages subversif est moderne et les artistes le convoquent régulièrement dans leur œuvre, tel Rainer Werner Fassbinder à la fin du XX ème siècle,  Chez ce personnages la vie dépend de son seul désir,  et il n’a de comptes à rendre à personne, partenaire ou proche. Et honorer la nature en soi, la jouissance, selon un matérialisme philosophique pré-XVIII ème siècle, c’est se choisir une vie impossible de paria, quand bien même le séducteur se prévaut de rendre hommage à la dignité singulière de l’autre. Ainsi, il se dédouane librement de tout méfait imposé au partenaire/adversaire, en déclarant qu’il initie l’autre à la découverte de son propre désir…

Elvire et les paysannes Charlotte et Mathurine pourraient remercier le séducteur de les avoir révélées à elles-mêmes,  d’être enfin des  consciences désirantes -,  et de ne pas lui en vouloir. Le Pauvre (Amidou Berte) ne renie pas sa foi,  et recèle une humanité que Dom Juan admire. Et quand Dom Louis, son  père, répète à  son fils indigne que « La naissance n’est rien où la vertu n’est pas », ce libertin  de Dom Juan se défend de toute culpabilité, et se lance dans une déclamation sur l’hypocrisie des dévots, extraite du Tartuffe.

Le spectacle-près de cinq heures ! -est monté avec une précision d’horlogerie, mais bien entendu le rythme,vers la fin, s‘épuise. Malgré le  jeu des comédiens fidèles à Marie-José Malis, comme Olivier Horeau, en Sganarelle représentant d’une condition sociale qu’il analyse intelligemment, et qui le joue avec humour. En costume d’époque à l’espagnole, il retire puis remet sa perruque,  presque lucide quand aux  jeux qui se passent autour de lui, même quand Dom Juan le siffle comme un chien. Juan Antonio Crespillo, l’interprète en bellâtre désenchanté à la mise soignée. Il esquisse quelques pas de flamenco, rappelant à ses proches comme  au public quel seigneur il est,  pour faire preuve de courage, quand les frères d’Elvire viennent la venger.

Sylvia Etcheto  joue une Elvire, épouse outragée, en costume simple et majestueux, qui reste naturellement digne et œuvre au salut de son époux qu’elle n’abandonne jamais à l‘enfer. Discourant et argumentant, elle ne se décourage guère, à la mesure de l’adversaire.Sandrine Rommel et Lou Chrétien- Février, les paysannes,  et Victor Ponomarev  en Pierrot , donnent au drame une fraîcheur et un humour bienvenus.

Des rideaux et plafonds s’ouvrent ou se ferment dans le bruit, et des toiles peintes se déroulent Les perches dans les hauteurs s’abaissent, se haussent ou se mettent en oblique, et menacent le libertin  comme les milles lances dans La Bataille de San Romano de Paolo Uccello.  Et le tombeau blanc-aussi loufoque-du Commandeur, avec  son portrait, atténue la dimension tragique de la pièce.

Rythme lent, parler méthodique qui fait sonner le verbe, pauses longues et silences qui tardent, musiques lointaines comme des vagues sonores enivrantes, personnages statufiés, qui se déplacent  du lointain au proscenium, et montent les quelques marches qui séparent la salle de la scène… Marie-José Malis invite le public à suivre son projet. Mais la dernière partie, après une dégustation de gâteaux offerts aux spectateurs, ni tenue ni tendue,  se délite! Sganarelle, prisonnier d’un rouleau de papier-toilette ne sait pas s’en défaire ( farce oblige) et Dom Juan fait le beau sans arriver à s’imposer.

Le public, lui, se lasse, et attend, un peu épuisé, une fin qui ne vient pas…

Véronique Hotte

La Commune-Centre Dramatique national d’Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson Aubervilliers (Seine-Saint-Denis)  jusqu’au 29 novembre. T. : 01 48 33 16 16

 

 

 


Archive pour 19 novembre, 2017

Dom Juan de Molière, mise en scène de Marie-José Malis

Dom Juan de Molière, mise en scène  de Marie-José Malis

 

 

photo : Willy Vainqueur

photo : Willy Vainqueur

La Commune-Centre dramatique National d’Aubervilliers- que beaucoup de ses fidèles aimeraient  voir porter le nom de Jack Ralite, depuis la disparition la semaine dernière de l’homme de culture et ancien maire ( voir Le Théâtre du Blog) est dirigé par Marie-José Malis. Elle nous offre une vision pertinente de la rencontre amoureuse dans Dom Juan : « Il se tient, au seul instant de la rencontre. Il est l’homme qui est entièrement disponible à la puissance de capture, de captation par l’autre, du désir de la femme qui est autre. Il s’en tient là… »

 Molière  fait ici l’éloge du moment d’une rencontre entre deux êtres, avec la puissance d’altération de l’un par l’autre que cela suppose. L’amour se place d’emblée  à une hauteur sublime, composant ainsi une puissance existentielle majeure : il constitue l’être et lui fait mal à la fois. La passion ? Des parcelles dont on n’atteint jamais la dimension d’ensemble…

 Ce Dom Juan n’est pas celui de Tirso de Molina, un  Burlador sévillan, un abuseur qui ment, trompe et séduit. Car, ici,  à chaque fois qu’il parle, « l’épouseur du genre humain »selon Sganarelle, dit la vérité.  C’est «un homme qui est là pour dire qu’on peut aimer plusieurs femmes à la fois et qu’on peut fonder là-dessus une nouvelle éthique », hors de toute fidélité. Un pas en avant par rapport à l’époque de Molière, une tension vers le temps futur selon la metteuse en scène..

Le mythe de ce personnages subversif est moderne et les artistes le convoquent régulièrement dans leur œuvre, tel Rainer Werner Fassbinder à la fin du XX ème siècle,  Chez ce personnages la vie dépend de son seul désir,  et il n’a de comptes à rendre à personne, partenaire ou proche. Et honorer la nature en soi, la jouissance, selon un matérialisme philosophique pré-XVIII ème siècle, c’est se choisir une vie impossible de paria, quand bien même le séducteur se prévaut de rendre hommage à la dignité singulière de l’autre. Ainsi, il se dédouane librement de tout méfait imposé au partenaire/adversaire, en déclarant qu’il initie l’autre à la découverte de son propre désir…

Elvire et les paysannes Charlotte et Mathurine pourraient remercier le séducteur de les avoir révélées à elles-mêmes,  d’être enfin des  consciences désirantes -,  et de ne pas lui en vouloir. Le Pauvre (Amidou Berte) ne renie pas sa foi,  et recèle une humanité que Dom Juan admire. Et quand Dom Louis, son  père, répète à  son fils indigne que « La naissance n’est rien où la vertu n’est pas », ce libertin  de Dom Juan se défend de toute culpabilité, et se lance dans une déclamation sur l’hypocrisie des dévots, extraite du Tartuffe.

Le spectacle-près de cinq heures ! -est monté avec une précision d’horlogerie, mais bien entendu le rythme,vers la fin, s‘épuise. Malgré le  jeu des comédiens fidèles à Marie-José Malis, comme Olivier Horeau, en Sganarelle représentant d’une condition sociale qu’il analyse intelligemment, et qui le joue avec humour. En costume d’époque à l’espagnole, il retire puis remet sa perruque,  presque lucide quand aux  jeux qui se passent autour de lui, même quand Dom Juan le siffle comme un chien. Juan Antonio Crespillo, l’interprète en bellâtre désenchanté à la mise soignée. Il esquisse quelques pas de flamenco, rappelant à ses proches comme  au public quel seigneur il est,  pour faire preuve de courage, quand les frères d’Elvire viennent la venger.

Sylvia Etcheto  joue une Elvire, épouse outragée, en costume simple et majestueux, qui reste naturellement digne et œuvre au salut de son époux qu’elle n’abandonne jamais à l‘enfer. Discourant et argumentant, elle ne se décourage guère, à la mesure de l’adversaire.Sandrine Rommel et Lou Chrétien- Février, les paysannes,  et Victor Ponomarev  en Pierrot , donnent au drame une fraîcheur et un humour bienvenus.

Des rideaux et plafonds s’ouvrent ou se ferment dans le bruit, et des toiles peintes se déroulent Les perches dans les hauteurs s’abaissent, se haussent ou se mettent en oblique, et menacent le libertin  comme les milles lances dans La Bataille de San Romano de Paolo Uccello.  Et le tombeau blanc-aussi loufoque-du Commandeur, avec  son portrait, atténue la dimension tragique de la pièce.

Rythme lent, parler méthodique qui fait sonner le verbe, pauses longues et silences qui tardent, musiques lointaines comme des vagues sonores enivrantes, personnages statufiés, qui se déplacent  du lointain au proscenium, et montent les quelques marches qui séparent la salle de la scène… Marie-José Malis invite le public à suivre son projet. Mais la dernière partie, après une dégustation de gâteaux offerts aux spectateurs, ni tenue ni tendue,  se délite! Sganarelle, prisonnier d’un rouleau de papier-toilette ne sait pas s’en défaire ( farce oblige) et Dom Juan fait le beau sans arriver à s’imposer.

Le public, lui, se lasse, et attend, un peu épuisé, une fin qui ne vient pas…

Véronique Hotte

La Commune-Centre Dramatique national d’Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson Aubervilliers (Seine-Saint-Denis)  jusqu’au 29 novembre. T. : 01 48 33 16 16

 

 

 

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