Je suis un pays et Voilà ce que jamais je ne te dirai, écriture et mise en scène de Vincent Macaigne.

©Mathilda Olmi

©Mathilda Olmi

Je suis un pays et Voilà ce que jamais je ne te dirai, écriture et mise en scène de Vincent Macaigne.

 Pour cette création- trop longue-quatre heures, entracte compris !-Vincent Macaigne nous fait revivre une pièce qu’il avait écrite au sortir de son adolescence Friche 22.66, du nom de sa compagnie. Comme souvent dans  les premières pièces, l’auteur, ambitieux, nous parle de la destinée de l’humain dans une société en crise. La fracture de la société contemporaine s’est poursuivie et aggravée depuis : autisme des dirigeants , montée des individualismes et perte de nombre de valeurs. Un des personnages, candidat à la présidence de la République déclare devant les effigies des responsables du monde entier : «Nous avons tous fait les mêmes écoles,  ici, nous sommes au fond de l’abîme et du désastre».

Entre le pessimisme d’Anton Tchekhov et la poésie épique de William Shakespeare,  son écriture fuse de façon anarchique et se perd dans une trop riche scénographie.  Comme il y a des risques de traumatismes sonores, on nous offre des bouchons d’oreille protecteurs. Mais fortes explosions et bruits en tout genre sur ce plateau représentant la Société des Nations, empêchent d’entendre correctement le texte.

On  arrive quand même  à retenir parfois  quelques phrases prononcées comme des cris de douleur par Sharif Andoura, Thomas Blanchard, Candice Bouchet, Thibaut Evrard, Pauline Lorillard, Blandine Madec, Rodolphe Poulain et Hedi Zada, tous excellents, et traduisant la crise de notre société mondialisée. Le vrai problème est posé : «Il est extrêmement important, écrit Vincent Macaigne, de savoir quand vous pensez à la liberté, si vous pensez à la vôtre, ou à celle des autres».

Nous retrouvons son écriture avec les effets  habituels chez lui-scénographie de Julien Peissel-mousse envahissant la plateau, objets tombant des cintres, images-vidéo des acteurs en coulisses, fumée envahissant scène et salle, interprètes maculés de sang ou de terre, etc. Mais Vincent Macaigne dirige parfaitement tous ces éléments, très bien aidé par les techniciens à la superbe maîtrise du Théâtre des Amandiers.
Pour alléger ce propos d’une grande noirceur, il y a des publicités vidéo et un jeu de télé-réalité…

Un groupe d’autres spectateurs, en tenue de protection blanche et munis d’une lampe frontale, arrive au cours du spectacle, et assistera depuis un gradin sur le plateau, au final de la pièce.

Voilà ce que jamais je ne te dirai,  deuxième partie de cette soirée, initiée par l’artiste Ulrich von Sidon, est intégrée à ce voyage artistique. Pour Eric Vautrin, dramaturge du Théâtre Vidy-Lausanne qui est  producteur du spectacle, Vincent Macaigne, «ne cherche pas la solution mais la vitalité. Il ne cherche pas l’absolution ou la conviction, mais cherche à rester en vie et à dépasser l’idée par l’action, à transformer l’analyse en expérience vécue. Il ne s’agit pas de convaincre, mais de mettre en mouvement ».

Une manière de faire du théâtre qui ne surprend pas ceux qui connaissent ses adaptations antérieures de William Shakespeare ou de Dostoïevski,(voir Le Théâtre du blog), qui étaient un peu plus lisibles. Et un moment de théâtre unique à découvrir qui marque l’esprit du spectateur. Le théâtre  pour Vincent Macaigne est une communauté de vie intense hors des codes et douleurs de la vie réelle, et pour lui ce moment doit se poursuivre, une fois la représentation terminée : il invite donc ainsi à la fin, tous les spectateurs,  sur scène à venir  boire un verre sur scène et à danser au milieu de cette zone de guerre fictive entre mannequins humains calcinés et trophées d’animaux naturalisés.

 Jean Couturier

Festival d’Automne à Paris, à Nanterre-Amandiers, Centre Dramatique national  jusqu’au 8 décembre.

Du 9 au 11 janvier, TANDEM scène nationale, Hippodrome de Douai. Le 16 février à la Filature,  Mulhouse.
Du 31 au 17 juin, La Colline-Théâtre national, Paris. 

 

 

 

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