Tous des oiseaux, texte et mise en scène de Wajdi Mouawad

 

Tous des oiseaux, texte et mise en scène de Wajdi Mouawad

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© Simon Gosselin

Dans Le Sang des Promesses,  Wajdi Mouawad  nous avait déjà parlé de la guerre civile libanaise. Mais ici, on sent que son écriture vient de loin et qu’il a dû mûrir cela au plus profond de lui-même pendant de longues années. Wajdi Mouawad aura réussi ici quelque chose dont rêve tout auteur ou scénariste : ancrer un scénario dans un cadre géographique précis et familial, et en même temps,  lui donner une dimension universelle capable de toucher des publics très divers. Avec des dialogues dans une langue qui nous a semblé plus précise, plus nette et loin d’être bavarde comme dans certaines de ses précédentes réalisations… Avec en trame, la question lancinante de l’identité et une fin étonnante grâce à un coup de théâtre digne des mélos de la fin du XIX ème siècle comme on n’ose plus en faire.  Et avec, selon les personnages, des dialogues en anglais, allemand, hébreu et arabe, très habilement sous-titrés en français non sur un écran mais sur les murs.  Le texte, à la fois par son écriture poétique et dramatique à la fois  fait penser aux tragiques grecs.Un vrai petit miracle. Wajdi Mouawad avait rencontré l’historienne juive Natalie Zemon Davis,  auteure d’un  livre sur la vie d’Hassan Ibn Muhamed el Wazzân, un diplomate et historien  du XVème siècle, capturé par des pirates puis livré au pape Léon X qui le libéra de prison mais à la condition qu’il se convertisse au christianisme. Cet homme qui prit le nom de Léon l’Africain,  écrivit aussi sur des légendes comme celle de l’oiseau amphibie. Choc des cultures, choc des religions, et pourtant obligation de vivre ensemble autour de la Méditerranée commune… Il y a quelque chose qui rapproche l’auteur libano-québécois-français des dramaturges grecs de l’Antiquité mais surtout d’Eschyle qui, dans Les Perses, met en scène dans leur propre pays, des Perses battus par leurs ennemis les Grecs. De même Wouajdi Mouawad situe l’action en Israël. Ce qui lui permet de parler d’identité et de territoires, notions transmises de génération pour le meilleur mais aussi et le plus souvent, pour le pire, avec des joies et des douleurs intenses. Comme dans cette famille d’origine israélienne où on sent un non-dit très lourd à porter. Dans le genre faux secret. Tout cela sur fond de conflit israélo-palestinien. Il y a là, Eitan,  un jeune  berlinois dont les grands-parents israéliens se sont séparés: David, le père d’Eitan avait alors quinze ans et Leah, sa grand-mère est restée seule en Israël mais indifférente au sort d’Etgar, son ex-mari parti pour  Berlin avec son fils David qui y vit avec sa femme Norah. A New York, Eitan, un jeune chercheur féru de génétique, devient amoureux d’une très belle jeune fille, Wahida qui écrit une thèse sur Hassan Ibn Muhamed el Wazzân. Il va la présenter à toute sa famille. Seul petit/gros problème :  Wahida est arabe ! Et cela ne plait pas du tout à David, qui  reproche à son fils de mettre en danger l’identité juive. Eitan va partir avec elle en Israël mais il y sera victime d’un attentat…Et les choses vont se compliquer avec la confession/ coup de théâtre du grand-père que nous ne vous dévoilerons pas. Wajdi Mouawad-cela s’est déjà fait mais pas de façon aussi systématique-a eu la grande intelligence de faire jouer dans la langue de leurs personnages (hébreu, anglais, arabe et allemand). Jérémie Galiana (Eitan), Souheila Yacoub (Wahida), Leora Rivlin (Leah), Judith Rosmair (Norah), Raphael Weinstock (David), Rafael Tabor (Etgar), Darya Sheizaf (Eden), Jalal Altawil et Victor de Oliveira. Tous issus de pays et de langues maternelles différents et absolument impeccables. Dans un univers théâtral par définition des plus conventionnels, tout ici est crédible: relations entre Eitan et Wahida, grave conflit entre Eitan et son père, affrontements familiaux, introduction de journaux  télévisés israéliens… Tout ici sonne juste, malgré peut-être sur la fin,  quelques facilités.  Il  faut aussi souligner l’apport considérable de la scénographie imaginée par Emmanuel Clolus qui,  avec des châssis sur roulettes et de belles projections arrive à dire à la fois l’intime et l’universel. Et  en ces temps de spectacles  interminables,  paradoxalement ici, les quatre heures passent très vite malgré une petite baisse de régime avant l’entracte. Une vraie et belle réussite après tant de soirées ennuyeuses avec un signe qui ne trompe jamais : dans le public,  les nombreux jeunes gens devant ce théâtre empreint d’une belle intelligence et qui leur parle, se sont levés spontanément pour applaudir très longuement les acteurs. Pas si fréquent et Wajdi Mouawad aura vraiment réussi un beau coup. Allez-y sans aucune hésitation. C’est sans contestation possible, un grand moment de théâtre.

Philippe du Vignal

Théâtre national de La Colline, 1 rue Malte-Brun, Paris XX ème.  T : 01 44 62 52 52), du 17 novembre au 17 décembre.

Puis du 28 février au 10 mars,  au Théâtre National Populaire à Villeurbanne.

 

 

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