La face cachée de la lune, conception et mise en scène Robert Lepage

 

La face cachée de la lune, conception et mise en scène Robert LepageLa Face cachée de la lune, conception et mise en scène de Robert Lepage

 

On ne cherche plus à marcher sur la lune : c’est fait, il n’y a rien à y voir, sinon les cicatrices de sa face mutilée par des accidents de météorites. Les petits hommes verts et la planète rouge, les satellites inédits lui ont pris la vedette. Mais l’astre des nuits n’a  rien perdu  de sa force d’attraction un peu mélancolique. La reprise de La Face cachée de la lune est un événement “historique“ :il  a été sacré “culte“ à sa création, en 2000. Or, après Jules Verne, après les années cinquante du vingtième siècle qui y ont tant rêvé et l’ont tant redoutée, c’est précisément l’an 2000, clôturant le millénaire, qui a mis fin aux rêves et aux illusions.

La face cachée de la lune évoque la lutte titanesque entre les USA et l’URSS pour la conquête spatiale : une période cruciale pour l’équilibre du monde. Mais voilà, Robert Lepage regarde la géopolitique par le prisme des souvenirs d’enfance, et avec les yeux d’un personnage lunaire, qui nous emmène dans la légende. Il était une fois, donc, deux frères. L’un, éternel thésard en philosophie des sciences, éternel malchanceux et inadapté, part en quête des savants soviétiques et des anciens cosmonautes qui avaient lancé les premiers programmes et les premiers animaux dans l’espace. Non sans quelques dégâts, mais enfin cela permit à Youri Gagarine de faire le grand saut. Et il n’oublie pas les missions Apollo et le «grand pas pour l’humanité» gagné par l’Amérique.

Son frère,  à des années-lumière des tourments de son aîné, présente la météo à la télé, à l’aise dans son costume croisé. Ils ont en commun notre planète bleue, et la mort de leur mère. D’où : soucis, partages, rangements, réveil de vieilles rancunes, mais tout cela n’est que la poussière du deuil. En vérité,  un volcan d’où naissent, pour le philosophe, toutes les interrogations métaphysiques, et pour l’homme mal dans sa peau, les tentatives pour reprendre sa vie en main. Le hublot de la machine à laver devient la matrice du monde, le sas par où le cosmonaute se jette dans l’infini comme le bébé est jeté en ce monde, le tourbillon du big-bang et celui des pensées dans la tête, l’appel du gouffre… La planche à repasser se démantibule en machine à musculation ou en tentative pour remettre à plat une vie et une sensibilité froissées.

Yves Jacques, prodigieux interprète unique des deux frères, n’est pas seul sur la scène de la Grande Halle : les objets, et même un être vivant, un litigieux poisson rouge dans son bocal, l’accompagnent, lui donnent la réplique, le relancent. Avec un bazar magique, en perpétuelle transformation avec jeux de miroirs, bouts de documentaires nostalgiques en noir et blanc, apparitions et disparitions d’objets, le comédien imprègne le spectacle de son humour et de sa tendresse, jusqu’à s’envoler lui-même en apesanteur. On aurait envie de tout raconter, et l’on aurait tort, tant le spectacle sait à la fois nous fasciner et nous surprendre.

En hommage aux exploits des cosmonautes et astronautes, ceux qui croient, les uns à l’ordre de l’univers, et les autres  à son expansion infinie et aux savants d’un XXème siècle qui a déjà basculé du côté des mythes, voilà un spectacle généreux, bienveillant, qui ne craint pas de voir grand.

Christine Friedel

Grande halle de la Villette jusqu’au 2 décembre, (programmation hors les murs du Théâtre de la Ville, et du festival Le Québec à la Villette : du 24 novembre au 31 décembre). T.: 01 40 03 75 75

 

 

 


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