Les Autres, quatre courtes pièces de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Jean-Louis Benoit

 

Les Autres, quatre courtes pièces de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Jean-Louis Benoît

 

©Bohumil Kostohryz

©Bohumil Kostohryz

Dans la préface des Courtes de Jean-Claude Grumberg, Claude Roy note: «Ce qu’ont de commun les personnages quotidiens de Grumberg et les obscurs maniganceurs du destin, qui, dans la coulisse, perpètrent les guerres et les massacres, les pogroms et les camps, les tyrannies et les humiliations, c’est l’aveuglement. Les hommes ne savent pas ce qu’ils disent… Bien sûr, pour être capable de rire de la sottise ou de la naïveté des victimes et de la cécité des bourreaux, il faut une certaine distance. »

Ce spectacle est composé de quatre pièces courtes de Jean-Claude Grumberg : Michu et La Vocation créées en 1967 par Frédérique Ruchaud à L’Epée-de-Bois ; Les Vacances et La Rixe sont créées en 1968 à Amiens par Jean-Pierre Miquel, et La Rixe encore est présentée en 1971 à la Comédie-Française par Jean-Paul Roussillon.. Xénophobie, racisme, antisémitisme, homophobie, anticommunisme primaire comme haine viscérale des forces de police, ces pièces satiriques ont été écrites dans les années 1960 par un jeune homme attentif à l’Histoire qui pensait que les caricatures grotesques et dangereuses des travers populaires s’amoindriraient avec le temps.

Nulle  amélioration politique des consciences, mais, observation amère pour le spectateur, la permanence de points de vue réactionnaires d’une extrême droite populiste. Domine ici la sacro-sainte famille, avec l’autorité abusive paternelle, la soumission maternelle et des enfants à peine existants. Le père s’interroge dans Michu de ce que l’autre-un chef ou collègue -pense de lui : est-il pédéraste, communiste, juif ? En rêve, la nuit, Michu l’accuse, et l’épouse rassure le dormeur au matin, l’invitant toutefois à « remonter la pente ». Dans Les Vacances, le père, en grand seigneur, fait voyager sa famille en terre étrangère. Pourtant, pas facile de s’ouvrir à la langue des autres, à leurs cuisine,  culture et coutumes. Mieux vaut rester chez soi et ne pas essuyer de bévues. Et les quiproquos entre le serviteur autochtone et les touristes errants sont savoureux.

 Quant à La Rixe, une pièce facétieuse mi-figue mi-raisin, le père qui a peur des autres ou lui-même, s’en prend, pour une histoire de voiture et de priorité, à un conducteur maghrébin qu’il ne cesse d’accuser de tous les maux. Carabine à l’appui, il crache une logorrhée d’injures et d’insultes, et se replie dans son appartement cerné par la police. Le père pense évaluer le danger et, en en juge inapte et inepte, commente la situation.

 Le père encore, dans La Vocation,  veut soutenir son fils dans le métier qu’il choisira carrière mais pas  dans la police, ce que pourtant le fils désire . Face au veto paternel, le fils décide de quitter le foyer. Mésentente, méprises et maladresses, les êtres ne s’écoutent guère. Vie difficile ou maussade:ils sont  pleins de haine pour eux-mêmes,  désignent les autres comme coupables et jugés responsables de leurs propres maux.Réceptifs aux miroirs aux alouettes et à la voix des populistes qui stigmatisent si aisément les minorités, les personnages des Autres, figures à la fois comiques, burlesques et alarmantes et sinistres, inquiètent.

 La mise en scène de Jean-Louis Benoît, dans une remarquable scénographie de Jean Haas avec châssis mobiles,  lit, table de restaurant et portes qui claquent, provoque un rire amer ,compulsif, tant la vision du tableau est juste. Philippe Duquesne (le père)  rafle la mise, avec la composition d’un affreux bonhomme raciste, violent et incapable d’ouverture. Il prend un malin plaisir à noircir encore la laideur pitoyable de ce anti-héros. Nicole Max joue très bien cette épouse  qui ne s’en laisse pas conter et qui résiste aux attaques. Quant aux fils, (Pierre Cuq et Stéphane Robles), ils n’en mènent pas large, comme attendu, observateurs muets et le plus souvent craintifs face au père. Et le restaurateur autochtone d’un pays étranger, n’en fait qu’à sa tête. De l’humour noir à l’ironie étincelante… Cela résonne fortement avec les temps présents!

 Véronique Hotte

 Théâtre de l’Épée de bois,  à la Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 23 décembre. T: 01 48 08 39 74.

 

 


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