Je n’ai pas encore commencé à vivre par le Théâtre Knam de Komsomolsk-sur-Amour

 

Je n’ai pas encore commencé à vivre par le Théâtre Knam de Komsomolsk-sur-Amour, recherche documentaire et mise en scène de Tatiana Frolova

5.Je-nai-pas-encore-commencer-a-vivre-c-Theatre-KnAM-Alexey-Blazhin-1-400x400Tatiana Frolova avait animé pendant deux ans une  classe au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique et une autre avec Dimitrii Bocharov à l’E.N.S.A.T.T. à Lyon sur le théâtre documentaire et la vidéo. Nous avions été enthousiasmés par Endroit sec et sans eau et Une guerre personnelle mais aussi par Je suis qu’elle avait présentés au Festival Sens Interdits. Né dans «une petite ville de 300.000 habitants», cité militaire situé à l’extrême-orient de la Russie, le Théâtre Knam a travaillé d’après les témoignages des nouvelles génération qui ont perdu tout espoir de changement social. « J’ai retrouvé des photos, dit Tatiana Frolova, j’ai vu que le tragique était en moi, il est important de comprendre, de retrouver la confiance! »

La description de la saga soviétique fait froid dans le dos; après Staline, la Russie a en effet perdu  entre vingt  et quatre vingt millions  de personnes! «Le peuple ne connaît pas son passé, on dirait qu’il ne veut pas le connaître ! » (…) «On n’a pas d’État !» La perestroïka n’a rien arrangé, et le pays a été entièrement vidé de ses dissidents.  Le spectacle est interprété brillamment par Tatiana Folova et ses deux compagnons de toujours : Dimitrii Bocharov et Wladimir Dimitriev, et deux jeunes acteurs impressionnants, nouveaux venus au Théâtre Knam, Germain Iakovenko et Ludmila Smirnova. Projections vidéo et photos donnent un aspect réaliste au désespoir d’une révolution perdue pour ceux qui y ont cru. Un spectacle à ne pas manquer si vous le croisez près de chez vous!

Edith Rappoport

Spectacle vu à la Filature de Mulhouse, le 7 novembre.


Archive pour 8 décembre, 2017

Deux mille dix-sept, chorégraphie de Maguy Marin

 

Deux mille dix-sept, chorégraphie de Maguy Marin

©David Mambouch

©David Mambouch

 Après une brève et joyeuse farandole (celle de BiT, la création précédente de la chorégraphe), la fête se mue en une cérémonieuse et triste parade de riches, portant costumes extravagants, masques et perruques, coiffés d’une maquette de canon,  de yacht, d’une église ou des tours de Wall Street. Le capitalisme mondial étend son emprise : Danone échange des cadeaux avec Prada ou Hermès, et le plateau se couvre d’innombrables tombes, dans l’ombre d’un immense drapeau des Etats-Unis. Le ton est donné: la chorégraphe ouvre un terrifiant livre d’images pour montrer une humanité en déshérence, et une planète devenue un grand cimetière, à cause du contrôle absolu de quelques-uns manipulant les masses,  grâce au consumérisme. Ecrasant les populations, engendrant guerre et  pauvreté, semant la mort.

 «Il n’y a pas de crise économique, dit Maguy Marin, mais une capture des richesses collectives par une petit nombre d’initiés. Il ne s’agit donc pas juste de déplorer l’état des choses mais plutôt d’essayer de recharger du courage.  De réinsuffler de l’espoir et de l’envie.» En amont du spectacle, elle s’est beaucoup documentée et a consulté Propaganda, d’Edward Bernays, un petit guide pratique de «la fabrique du consentement ».  En 1928, il y exposait déjà les grands principes de manipulation mentale des masses, en les livrant pieds et poings liés à la société de consommation.  Maguy Marin a aussi lu Les rythmes et le politique de Pascal Michon, Capitalisme désir et servitude de Fréderic Lordon et les ouvrages de Walter Benjamin. Selon le philosophe, la catastrophe résulte de la participation, souvent tacite et silencieuse de tout le monde, et n’arrive pas par surprise mais dans l’ordinaire des arrangements et des accoutumances.

 Comment traduire cela ? Ici, dans une succession de tableaux, les danseurs se griment et composent une fresque vivante. Le spectacle, radical et militant, dresse un constat sans appel: on y voit, par exemple, l’Oncle Sam acheter à coups de dollars, les dictateurs Pinochet, Duvalier, Suharto, Branco… tandis que le peuple travaille de plus en plus dur sous les coups de gardes-chiourme. Dans la pénombre, les opprimés souffrent discrètement, face à l’activité ostentatoire des grands de ce monde. Mais mal éclairées, ces scènes sont peu lisibles… La danse, ici, se résume à la composition d’images parlantes et plastiquement très réussies. Maguy Marin veut « transmettre de la rage»:  « Je travaille beaucoup plus, dit-elle, sur les corps, que sur un style de mouvement dansé.(…) Je cherche des choses sensibles qui me parlent du monde.»

 Charlie Aubry avait signé la musique de BiT (voir Le Théâtre du blog). Présent sur le plateau, il déverse en continu des sons très agressifs, émaillés de  voix diffuses… à la limite du supportable, malgré les bouchons d’oreille distribués à l’entrée. 

Deux mille dix-sept ne prétend pas au traité d’économie politique mais veut créer un état de choc. Mission accomplie! Mais nous assistons, sans l’ombre d’une révolte, à une démonstration simpliste qui ne persuadera que les convertis. Et pourquoi ce très long épilogue de plus d’un quart d’heure où les interprètes érigent, sur les ruines du cimetière, un mur dont chaque brique porte le noms des géants de la finance et de l’industrie ?

Ce beau travail peut plaire par son esthétique, son urgence et sa vigueur mais ne nous a pas vraiment emballés.

 Mireille Davidovici

Maison des Arts de Créteil-Théâtre de la Ville hors les murs/Festival d’Automne à Paris jusqu’au 9 décembre.Opéra de Lille, les 20 et 21 février; Théâtre de Charleville-Mézières, le 24 février ; Les Hivernales d’Avignon, les  27 et 28 février.Maison de la Danse Lyon le 2 mars. MC2: Grenoble, les 16 et 17 avril.
Stadsschouwburg Amsterdam, les 16 et 17 mai.

 

La Fresque chorégraphie d’Angelin Preljocaj

 

La Fresque chorégraphie d’Angelin Preljocaj

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Photo Jean Couturier

Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville, avait demandé un ballet pour jeune public au chorégraphe qui a créé cette pièce d’après un célèbre conte chinois. Deux voyageurs trouvent refuge dans un temple et remarquent une fresque représentant un groupe de jeunes filles. Un des voyageurs tombe amoureux de l’image de l’une d’elles, et traverse cette fresque pour la rejoindre, et il y vit une romance amoureuse.

Laurence Loupe, en 1988 dans le Journal du Théâtre de la Ville présentait ainsi Angelin Preljocaj,  « Chez lui, la danse peut tout dire et faire sortir de l’inconscient, ce que le langage refoule. Et de l’histoire, ce que la mémoire des hommes n’a pas consigné ou n’a pas transmis». Ainsi la danse donne à voir l’invisible, et nous fait traverser le miroir. Pour le chorégraphe, elle crée les liens qui se nouent entre image fixe et mouvement, entre instantanéité et durée, entre vif et inerte. Derrière cette métaphore qui traverse le conte chinois, se profile la question de la représentation dans notre civilisation et la place de l’art dans la société d’aujourd’hui».

Plusieurs tableaux se succèdent et nous emportent dans une histoire teintée de surréalisme et  parfois d’une naïveté enfantine. D’autres tableaux sont très sensuels  avec ces cinq danseuses figurant la fresque derrière un voile, ou les bouleversants duos des amoureux, Yurié  Tsugawa et Jean-Charles Jousni.
Les danseurs, en costumes d’Azzedine Alaïa, sont traversés de multiples impulsions fluides et harmonieuses. Ce créateur disparu récemment s’était fait connaître du grand public  avec une robe aux couleurs du drapeau français portée par Jessye Norman  pur la célébration du bi-centenaire de 1789.  Il a toujours mis en valeur le corps féminin, comme Angelin Preljocaj, dont la danse est ici accompagnée ici d’une  belle création lumières d’Eric Soyer et d’un habillage vidéo de Constance Guisset. La musique de Nicolas Godin complète cette pièce d’une heure vingt pour dix danseurs, promise a un bel avenir.

Nous n’oublierons pas le solo plein d’énergie et de sensualité de Yurié Tsugawa, et il faut  remercier Angelin Preljocaj qui sait faire aimer la danse à un vaste public, grâce à une dramaturgie claire et  à une chorégraphie de qualité.

Jean Couturier

Théâtre de la Ville hors les murs au Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro Paris XVIème,  jusqu’au 22 décembre.

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