Oh Louis … we move from the ballroom… chorégraphie de Robyn Orlin

© Robyn Orlin

© Robyn Orlin

Festival de Danse de Cannes :

Oh Louis … we move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep … chorégraphie de Robyn Orlin, musique  de Loris Barrucand

«Elle veut  que je sois Louis XIV qui revient d’Afrique sur un bateau de réfugiés, et qui a perdu son passeport.» Benjamin Pech, emmitouflé dans une couverture de survie géante dorée, annonce avec  cette phrase d’ouverture, une confrontation entre le monde ancien et ses codes, en particulier son trop fameux Code noir raciste, Édit royal de Louis XIV(1685) touchant la police des îles de l’Amérique française, et le monde actuel, « démocratique » et hypocrite. Brigitte Lefèvre, directrice artistique du festival de danse de Cannes, a choisi l’ancien danseur-étoile de l’Opéra de Paris pour ce projet. Il accueille le public en survêtement rouge et doudoune bleue sans manche. «On sait, dit-il, comment vous plaire».

La chorégraphe, elle-même fille de parents immigrés polonais qui ont gagné l’Afrique du Sud, il y a cinquante ans, réagit au flux migratoire massif d’aujourd’hui en Méditerranée. Au riche costume du danseur, se mêlent les anoraks multicolores des réfugiés; le son du clavecin évoque celui de la carlingue d’un bateau en mouvement sur une mer dorée. La musique, interprétée et créée ici par Loris Barrucand, accompagne le Roi-Soleil, comme Sganarelle accompagne Don Juan dans sa chute. Il déclame régulièrement des passages du terrible Code noirArticle 38:  L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis une épaule; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il  aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule; et, la troisième fois, il sera puni de mort.

Benjamin Pech sort de l’Opéra , une institution puissante encore aujourd’hui, et directement issue de l’Académie Royale de Musique créée par Louis XIV. Il pulvérise ici sa carapace dorée et se révèle un artiste complet et sensible. Sont diffusées une courte vidéo du moment émouvant des adieux à l’Opéra qu’il a quitté récemment (voir Le Théâtre du Blog) et une radio de la prothèse de sa hanche!  Le public, avide de performances, oublie trop souvent que le corps du danseur est mis à rude épreuve tout au long de sa carrière.

La silhouette de Benjamin Pech, entouré de ses vêtements, au centre du plateau, se projette sur un écran ovale suspendu au-dessus de la scène : puissante évocation des images des actualités quotidiennes ! Parfois Benjamin Pech joue avec son smartphone, et filme le public ou invite une spectatrice à devenir sa reine. La douloureuse situation évoquée ici contraste avec la tonalité joyeuse du danseur, à l’image de ce monarque absolu, bienfaiteur des arts.
Un superbe exercice de théâtre et de liberté qui nous questionne, et qu’il faut absolument aller voir.

Jean Couturier

Spectacle vu au Festival de Danse de Cannes; le 10 décembre.
Théâtre de la Cité internationale, boulevard Jourdan Paris XIVème du 13 au 22 décembre. (Dans le cadre du Théâtre de la Ville hors les murs).

 


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