Neuvième édition du Festival Impatience: Archivolte

Neuvième édition du Festival Impatience

Cette année, le CentQuatre-Paris, La  Gaieté-Lyrique et le T2G-Théâtre de Gennevilliers se sont associés  pour la première fois afin d’accueillir les spectacles de jeunes compagnies. Avec trois récompenses: un beau cadeau: le Prix du Jury qui assure au spectacle retenu, une  diffusion dans de nombreux théâtres partenaires, comme le festival d’Avignon, le Théâtre Daniel Sorano de Toulouse, etc. le Théâtre Populaire Romand de La Chaux-de-fonds en Suisse mais il y a aussi le Prix du public et celui des lycéens. En neuf ans, la participation à ce festival devenu une véritable institution est très convoitée  par des compagnies pas ou peu connues au plan national mais déjà  très présentes  dans les régions.

c,0,135,1380,916-cr,1380,720-q,85-4d8180Archivolte, un projet de casse par David Séchaud/élaboration collective de la compagnie Placement libre

Sur le plateau, dans une sorte d’atelier de menuiserie-régie avec un établi dans le fond, de nombreux éléments de bois,  une drôle de construction faite de bois et de plaques de placo-plâtre,  réponse scénographique à une  grande maquette blanche rectangulaire,celle-approximative-du Musée National des Beaux-Arts de l’Occident à Tokyo (1955) soit un prototype de musée à spirale carrée et à croissance prétendue illimitée commandé par le Japon à Le Corbusier.  Consacré à l’art occidental à partir de l’impressionnisme, il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis l’an dernier.

François Lanel qui s’occupe, dit-il, de la préparation mentale, présente aussi ses complices: David Séchaud performeur acteur, et Maëlle Payonne qui va officier à la console. Ce  travail s’apparente à une performance où une réflexion sur l’architecture occupe une place importante. Ce que confirme l’intervention en vidéo d’Olivier Gahinet, proche du courant dit moderniste et bon connaisseur de l’œuvre de Le Corbusier.

Le but aussi délirant que poétique: opérer un casse dans ce musée, un peu comme dans un film, en montant d’abord sur la façade! Puis en passant par un trou découpé dans la verrière du dernier étage, redescendre à l’intérieur en déjouant toutes les caméras de surveillance, jusque dans le sous-sol du bâtiment pour s’emparer du contenu du coffre où sont possiblement enfermés: des billets, des lingots, une énigme, une carotte, un secret d’Etat, des photos compromettantes, la clé du coffre, un bon plat chaud, le cerveau de Le Corbusier, etc.
Auparavant, il faut s’entraîner physiquement et mentalement, pour mettre toutes les chances de  son côté. Ce que David Séchaud va faire, puis il grimpera dans le fragile édifice et, en équilibre instable, y découpera un trou au marteau et à la scie pour y faire passer une échelle-passerelle où étendu, il hissera en tirant sur un fil la maquette hors de ses murs, laquelle maquette glissera en position verticale pour que le public voit bien et comprenne les explications sur les parcours possibles des cambrioleurs à l’intérieur du bâtiment. Avec tout un système de cubes de couleurs numérotés… Il nous expliquera toutes les techniques de cambriolage, y compris et surtout un très précis minutage des opérations; ses complices et lui on fait la liste de tous les imprévus des imprévus: comme un gardien qui ne se trouve pas à sa place habituelle, une autre équipe concurrente de cambriolage, etc.

C’est, on l’aura compris, une aventure poétique à mille lieues du réel, où le corps évoluant dans l’espace a toute son importance. On invite le public à participer et à poser des questions, mais là cela ne fonctionne pas. Grâce à tout un système de poulies, cette invraisemblable échafaudage va s’écrouler  magnifiquement, et devenir comme une sculpture-aléatoire et différente chaque soir- avec une sorte de paroi verticale en placo. David Séchaud va, muni de chaussures bricolées avec un tasseau de bois muni de clous, escalader-quand même solidement harnaché-jusqu’en haut.  A la fin, il redescend dans un très beau noir, et un très beau silence complet: “Quand nous pensons, disait justement John Cage, nous revenons continuellement à ces paires d’opposés, son et silence, Être et Rien. C’est précisément en vue de simplifier l’expérience, qui est très au-delà de la simplicité. Ultra-compliquée et nullement réductible au nombre de deux.”

Cette sorte de performance a un  projet  et un discours qui ont le grand mérite d’être en parfaite adéquation avec la scénographie-sculpture construite sur le plateau. Cette fiction a parfois des longueurs, surtout au début, et côté dramaturgie, aurait un peu tendance à partir un peu dans tous les sens. Point faible: le fil rouge de cette création collective et on aurait tendance à s’ennuyer un peu mais cela fait partie du jeu, comme le disait encore John Cage à propos des happenings!  Bref, il faudrait resserrer les boulons: l’espace est ici remarquablement pris en compte mais le temps sans doute un peu moins…
Mais si vous aimez les propositions transversales, et, comme ici, teintées d’une belle intelligence scénique-ce n’est pas si fréquent!- allez-y voir ce spectacle, s’il passe près de chez vous.

Philippe du Vignal

Spectacle vu au CENT-QUATRE, 5 rue Curial, Paris XIXème.
Le festival Impatience se poursuit jusqu’au 22 décembre.
 

 

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