Après Coups, Projet Un-Femme N°2, conception de Séverine Chavrier

 

 

Après Coups: Projet Un-Femme n°2, conception de Séverine Chavrier,

©Alain Fonteray

©Alain Fonteray

Directrice du Centre Dramatique d’Orléans-Centre-Val–de-Loire depuis  l’an dernier, Séverine Chavrier est musicienne et metteuse en scène. Elle innove  en pratiquant un art singulier du théâtre en dialogue avec musique, voix ,danse, images et  textes littéraires. Ce nouveau spectacle poétique, où elle convoque la politique,  la féminité et la guerre est en fait  un autre volet de la trilogie chorégraphique Après Coups. Son précédent spectacle Projet Un-Femme N°1 avait pour interprètes, l’acrobate argentine Victoria Belen Martinez et la danseuse russe Natacha Kouznetsova.

Ce spectacle a pour thème la violence qui n’en finit pas de s’inviter d’un continent à l’autre  avec des guerres, des conflits collectifs, et/ou personnels. Issues du Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne, ces jeunes femmes ont fait un apprentissage obligé de l’agressivité virile, à la fois physique et morale. La Palestinienne Ashtar Muallem, la Danoise Cathrine Lundsgaard Nielsen et la Cambodgienne Voleak Ung-un beau trio  d’horizons géographiques des plus éloignés-créent un spectacle qui se conçoit comme le tissage éclairé de leur corps, de la musique d’un piano préparé, de vidéos mais aussi d’une parole intériorisée ou collectée. Confidences, bribes d’histoire familiale et intime, avec une voix sonorisée et off, elles révèlent la matière même de leur identité: contraintes et soumissions imposées par  les hommes, ordres paternels, situations de conflit d’autorité dans leur pays d’origine.

Heureusement, le corps est un ami, proche et attentif, quand ces artistes, à la fois comédiennes, danseuses et circassiennes entraînées, le sollicitent.  Qui  sont-elles ? Celles qui viennent d’un pays, ou bien celle qui sont arrivées dans un autre? Dans un mélange de traditions et de projections futures,  leur vie va vers l’avenir  mais elle n’oublient pas leur famille et leur pays avec ses coutumes et traditions. Tout en les dépassant, à travers un cheminement ardu qui mène à la métamorphose et à la révélation de soi. Ici, les langues originelles s’entrecroisent avec le français, en échos et rappels de l’altérité.

Un spectacle-coups de poing et coups de pied- empreint de la fulgurance des trajectoires  chaotiques de ces trois femmes libres : le public voit un terrain vague frontalier, un cimetière de carcasses, débris et rejets. Les interprètes piétinent leurs bouquets romantiques de fleurs blanches, montent sur des tas de pneus de camion, et surgissent de petits cercueils d’enfant, en robe blanche et tenue anglo-saxonne de sages pensionnaires. Elles se glissent, se frôlent, se contorsionnent et combattent avec des gants de boxe,  ou un masque de catch sur le visage. Avec la grâce du corps maîtrisé : entraînement constant, rigueur du mouvement brut mais sans calcul ni volonté de romancer le monde auquel elles appartiennent. La poésie advient dans une reconnaissance existentielle enfin gagnée.

Tyrannie du pouvoir masculin et violences, coups donnés pour coups reçus dans une répétition infernale de mouvements heurtés et au rythme vif, et dans une cadence musicale marquée  avec des notes égrainées au piano. Leurs corps belliqueux résistent aux chutes ou s’alanguissent dans la paix : avec solos, duos et trios de bagarres. Après avoir accumulé soumissions consenties, brûlures et coups de colère, entre mémoire nostalgique et imaginaire, ces circassiennes se relèvent :  elles ont surmonté leurs tourments dans le plaisir de rencontres initiatrices…

Véronique Hotte

Centre Dramatique National d’Orléans/Centre-Val de Loire, jusqu’au 15 décembre.

 

 

 


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