Actrice, texte et mise en scène de Pascal Rambert

 

Actrice, texte et mise en scène de Pascal Rambert

Crédit Photo : Jean-Louis Fernandez

Crédit Photo : Jean-Louis Fernandez

 « Personnellement, écrit Samuel Beckett dans Premier Amour, je n’ai rien contre les cimetières, je m’y promène assez volontiers, plus volontiers qu’ailleurs, je crois, quand je suis obligé de sortir. » Il les préférait aux jardins publics…
Le public, en arrivant dans la salle, découvre de nombreux vases de fleurs fraîches posés sur un terre végétale renouvelée chaque semaine. Une vision inattendue, un saisissement énigmatique. Dans cette scénographie que l’on doit à Pascal Rambert, il y a profusion de fleurs fraîches: reines-marguerites, pivoines, orchidées, tulipes, lys, œillets, glaïeuls, anémones, bleuets, soucis, tournesols…

Jeunesse vive et beauté brève, la fleur, image du printemps, paraît encore plus éphémère. Les bouquets de fleurs au parfum entêtant inspirent un élan vital et un renouvellement. Forme, couleur, parfum, et toucher à travers la douceur imaginée des pétales: tous les sens sont perceptibles, sauf l’ouïe. Mais cette pléthore de fleurs exhale une senteur un peu passée.  Dans une sorte d’aller et retour entre la vision d’un espace pour  les morts  et celle d’une loge d’actrice. Sur un lit, gît une malade, veillée par ses parents âgés, à côté d’un marché aux fleurs aux couleurs éclatantes, belle signature de la vie. Et à un moment, tous les personnages dansent, portant des fleurs sur la tête, dans le dos, sur le buste, ou les jambes, vision shakespearienne du Songe d’une nuit d’été.

 Offrandes aux morts ou attention à la vivante qui a si bien joué sur scène, les fleurs entourent la comédienne qui s’éteint. Interprétée par la très vivante Marina Hands, lumineuse, malgré la faible santé de son personnage. Elle s’oppose aux médisances qui ont pu être égrainées sur l’art du comédien ; ainsi, «cette illusoire personnification des hommes rêvés », tel « ce mannequin nocturne et fardé qui joue tous les rôles tant par soir. » écrivait Guy de Maupassant, dans Fort comme la mort.

  L’actrice a des accents claudéliens quand elle clame son amour de la vie qui est le théâtre, comme le théâtre est sa vie, à la russe et au pied de la lettre. Entourée par sa famille : parents, sœur, beau-frère, compagnon, enfants, partenaires, collègues et par son professeur, elle incarne le don total aux planches, et oublie les exigences pratiques la vie au quotidien.

 Dans une scène magnifique, sa sœur, (émouvante Audrey Bonnet) reproche à la gisante de n’avoir jamais pensé qu’à elle, à travers le théâtre. Quant à l’actrice, debout et droite sur ses talons hauts, elle est partie pour travailler à des tâches humbles, jusqu’à atteindre le poste de dirigeante d’un hôtel au Monténégro. Des scènes comiques et loufoques viennent vivifier la représentation, quand les hommes boivent trop et en viennent à raconter et à mimer gestuellement n’importe quoi. Comédiens finlandais, italien et chinois jouent leur partition avec précision.

 La pièce a été écrite pour les acteurs russes du Théâtre d’Art de Moscou. Et dans le souvenir d’Anton Tchekhov et de sa Mouette, c’est un éloge des acteurs et de leur vie personnelle. Mais cet hommage sincère au Théâtre d’art tourne sur lui-même, et s’ouvre peu au monde et à ses crises brûlantes…

 Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris Xème, jusqu’au 30 décembre. T.: 01 46 07 34 50.

Le texte de la pièce est publié aux Solitaires Intempestifs

 

 

 

 

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