Bacchantes / Prélude pour une purge d’après Euripide, chorégraphie de Marlene Monteiro Freitas

 

Bacchantes/Prélude pour une purge d’après Euripide, chorégraphie de Marlene Monteiro Freitas

 Il faut beaucoup chercher pour trouver une trame dramatique commune à ce spectacle débridé, en forme de farce carnavalesque, avec la tragédie grecque. « Nous avons travaillé avec, et à partir de la pièce d’Euripide, précise la chorégraphe capverdienne, à la jonction d’états, de tensions, sur un plan davantage émotionnel ou sensuel, que dans une perspective de sens».

 Autour d’elle, douze danseurs et musiciens se lancent dans une fresque musicale et gestuelle, agités d’un mouvement  continu, jusqu’au bout de leur énergie. Cette grande fête, drôle mais aussi cruelle, est orchestrée par Dionysos pour se venger de son cousin, le roi de Thèbes, Penthée, qui ne veut pas reconnaître sa nature divine. Personne dans la Cité ne veut croire que Dionysos est le fils de Zeus et de Sémélé, lui que Zeus recueillit dans sa cuisse, après qu’Héra a frappé de la foudre sa rivale enceinte, fille du précédent roi de Thèbes, Cadmos.

Peu importe qui est qui, et qui fait quoi ici: de cette fiction du Vème siècle avant J.C., peu lisible de nos jours, reste une vibrante bacchanale, composée de séquences minutieusement réglées qui s’enchaînent à une allure vertigineuse. Avec des solos ou scènes chorales soutenus par cinq trompettistes et les rythmes de percussionnistes (batterie électronique, woodblocks, instruments de fortune).

Les maquillages et mimiques des artistes vont du grotesque au Grand Guignol, parodiant les rituels de la Grèce antique, à la jonction  d’extrêmes tensions et de relâchements de l’énergie. Plus qu’à l’intrigue, Marlene Monteiro Freitas s’intéresse aux états de possession et aux métamorphoses subis par des personnages des Bacchantes (Dionysos, Penthée, Cadmos, Tiresias), à la polarité Dionysos/Apollon,  et à l’hybridation des genres, voire à leur inversion. La sexualité sous-tend le spectacle mais s’exprime sans vulgarité. Les pupitres de musique, seuls éléments de décor, deviennent phallus, triangles pubiens mais peuvent aussi faire office de machines à écrire, parapluies, violons…

 La musique ici, mène la danse : sa force et son intensité tiennent lieu d’action, et comble parfois certains passages à vide de ce ballet. Souvent sous forme de citations, elle ose aussi le mélange de styles et le jazz côtoie l’opéra ou la « variété ». Parfois le ballet enchaîne les morceaux de bravoure comme les dix-sept minutes finales: chorégraphie paroxystique sur le  Boléro de Maurice Ravel, joué dans son intégralité par l’ensemble des interprètes.

 Le public, invité à ce grand carnaval, exulte, et aux saluts, se lève d’un seul mouvement, pour remercier les artistes de cette soirée festive et jubilatoire.

Mireille Davidovici

 

Nouveau Théâtre de Montreuil (Seine-Saint-Denis) T. : 01 48 70 48 90 , du 18 au 21 décembre.
www.nouveau-theatre-montreuil.com (dans le cadre du festival Mesure pour Mesure et du festival d’Automne à Paris).
Les 25 et 26 janvier, Norrlands Operan, Umea (Suède) et le 2 février, Le Parvis, Tarbes

 Image de prévisualisation YouTube

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...