1993, texte d’Aurélien Bellanger, mise en scène de Julien Gosselin

photo Jean-Louis Fernandez

photo Jean-Louis Fernandez

 

1993, texte d’Aurélien Bellanger, mise en scène de Julien Gosselin

  Après des études de philo, ce jeune auteur avait fait paraître son premier roman, La Théorie de l’Information, qui fait référence à cette même théorie de l’information (codage, transmission du signal, etc.) développée par le  chercheur américain Claude Shannon (1916-2001) à partir de 1948, et le spectacle écrit spécialement pour Julien Gosselin en est aussi proche par ses thèses sur le rapport que l’Europe entretient avec la modernité.

Cela commence par une évocation du tunnel sous la Manche conçu à partir de Calais pour la traversée en une demi-heure par des trains de véhicules routiers et de voyageurs, entre le continent européen et la Grande-Bretagne. Inauguré en 1994, et salué comme une merveille de technologie, il allait  assez vite être pour les Européens, et surtout la France, une source sans fin d’ennuis socio-politiques que l’on ne soupçonnait même pas! Le Royaume-Uni étant réputé plus accueillant pour les migrants, d’abord des réfugiés kurdes ou kosovars, puis afghans, soudanais, érythréens.

Ils firent des environs de Calais, une zone où ils pouvaient survivre et ensuite, en se cachant dans des camions, essayer de gagner l’autre côté de la Manche.  Cette zone allait devenir en quelques années, le  symbole un problème insoluble. Comment en effet faire preuve d’humanité  et accueillir ces réfugiés sans créer un appel d’air? Comment les dissuader de venir? Comment gérer cette situation inédite dans cette Europe qui allait ensuite connaître les arrivées de migrants africains par la Méditerranée? Aucun gouvernement successif d’aucun pays n’y a vraiment réussi. Le vaste bidonville de Calais avec quelque 8.000 migrants fut rasé en 2016, et on installa de hauts grillages munis de barbelés dissuasifs, sans  apporter vraiment de solution. C’est le thème de ce spectacle.

Aurélien Bellanger essaye de comprendre comment ce projet préparé depuis des dizaines d’années et réussi, fondé sur une technologie de pointe et sur la volonté de communication avec l’Europe, a pu faire surgir cette zone, dite jungle de Calais! L’écrivain a voulu tenir compte du “caractère hautement politique” du tunnel, et de cette « faillite générale ». «Très rapidement, dit-il, il s’est révélé comme une évidence que la pièce devait interroger le rapport de l’Europe à la modernité”.

A partir d’un article que Francis Fukuyama, philosophe et économiste américain qui écrivait, il y a dix-huit ans déjà, “que  l’Islam et le nationalisme seront les seules possibilités pour les peuples de re-rentrer dans l’Histoire”. La progression de l’histoire humaine, envisagée comme un combat entre des idéologies, touche selon lui  à sa fin avec le consensus sur la démocratie libérale. Et le philosophe s’inquiète des progrès des évolutions technologiques pour modifier les êtres humains. Le tunnel sous la Manche a plusieurs fois a inspiré des romans, documentaires, séries télévisées et plusieurs films- dont déjà celui-prophétique en 1907- du génial Georges Méliès, Le Tunnel sous la Manche ou le cauchemar franco-anglais, prévoyant même en rêve, sa destruction finale…

Et sur le plateau? Cela commence par un alignement au cordeau face public, des douze ex-élèves: la dernière promotion de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg. Un hommage discret à Stanislas Nordey, le directeur, dont c’est la marotte? Puis très vite, grâce à des châssis remarquablement conçus par leurs deux camarades scénographes Emma Depoid et Solène Fourt, il y a une belle évocation du fameux tunnel avec des lignes de tubes fluo blancs qui s’allument par intermittence et qui semblent défiler, comme si on était à bord d’un train.

Julien Gosselin a imaginé, lui, un noir total pendant une bonne trentaine de minutes avec ensuite comme partout, un cadreur sur le plateau et dans les coulisses dont les images sont transmises sur grand écran au dessus du plateau, une soupe sonore presque permanente de basses à peine supportables pour l’oreille et le ventre, des fumigènes à gogo avec on ne sait trop quelle saloperie chimique dedans, des lumières stroboscopiques fatigantes et, à un moment, un gros ventilateur de cinéma qui envoie de l’air froid sur le public! Très drôle! Et merci pour le rhume… Bref, tous ces effets vulgaires et faciles que l’on voit partout, depuis que Vincent Macaigne, entre autres, les a érigés en dogmes du théâtre contemporain. La mise en scène de Julien Gosselin, même bien réalisée et cohérente avec son propos, a quelque chose de très académique!

 Et le texte? Les jeunes comédiens-donc invisibles, puisque dans le noir total-munis évidemment de micros HF!-profèrent un texte pâlichon, au style assez neutre, anti-théâtral au possible, sur les rapports qu’entretient l’Europe avec la modernité. Toujours sur fond de basses à décorner les bœufs! Est-ce pour nous signaler de façon absolument désincarnée tout le mal-être d’un Occident déconstruit, incapable de faire face à cette crise migratoire d’une telle ampleur? Un texte dit assez souvent en anglais, traduit ou pas c’est selon-quel snobisme!-et surtitré en français.
Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Strasbourg et de son Ecole devrait rappeler à son complice et intervenant qu’elle est un établissement  situé en France où on parle le français! Cerise sur le gâteau: quand on ne peut pas entendre le texte en français à cause du boucan sonore, on nous l’offre en surtitrage! Tous aux abris!

Au moins, reconnaissons à Julien Gossselin le mérite de n’avoir pas voulu jouer le misérabilisme et l’enquête sociologique et on ne voit jamais ici d’images de migrants, flics, travailleurs sociaux, etc.  sur le grand écran vidéo au dessus du plateau. Mais pour le reste, quel suivisme! Deuxième partie: après l’installation par les comédiens d’un remarquable décor très réaliste derrière une paroi transparente (comme chez Cyril Teste! voir Le Théâtre du Blog) : un salon avec deux vieux canapés démodés, une table au design contemporain rempli de bouteilles de vin, avec dix chaises, des plantes vertes un peu partout, des tableaux et un oiseau noir naturalisé posé sur une étagère. Derrière ce salon, où ils vont faire la fête et l’amour  toute une nuit en buvant beaucoup, il y a des loges d’artiste et une cuisine où l’on verra, par caméra interposée, plusieurs de ces jeunes gens sniffant des lignes de coke.
Quel ennui, quelle prétention! Malgré parfois de très belles images, comme à la fin, quand ces douze jeunes gens nés à la toute fin du XXème siècle, restent immobiles un peu comme des personnages du Musée Grévin, en rond, figés sous une lumière normale d’appartement.  Là, cela fait enfin sens mais on les aura mérités, ces quelques minutes!

Tout se passe ici comme si le metteur en scène faisait joujou avec cette promotion de jeunes comédiens… Mais sans les mettre jamais en valeur, puisque, de toute façon, pendant toute la première partie, on ne peut même pas savoir qui parle. Enfin, ils sont tous très professionnels-excellente diction, belle gestuelle… quand on  réussit par instants à les voir!- et ils auront au moins ici appris, faute de mieux, l’humilité! Dans le deuxième partie qui a de sacrées longueurs, on ne les voit en effet qu’en groupe, souvent de dos et dans la pénombre, filmés en permanence par une caméra infra-rouge, procédé usé jusqu’à la corde qui fait encore fureur depuis quelques années chez des jeunes metteurs en scène qui croient innover!

 En tout cas, Stanislas Nordey n’aurait pas intérêt, semble-t-il, à renouveler ce genre d’expérience, qui n’est guère profitable à de jeunes comédiens. Où en est-on? Est-ce une expérience pédagogique? dans ce cas, pourquoi pas, mais à condition de ne pas être présentée en public et comme une création de Julien Gosselin!  Il t a iic comme une curieuse ambiguïté qui ne profite à) personne.  Par ailleurs, la feuille de salle nous prévient-mais un peu tard- qu »en raison des effets de lumière et du niveau sonore, ce spectacle est déconseillé aux personnes épileptiques ou asthmatiques ». (sic) On ajoutera seulement: pas qu’à eux! Vous pouvez tenter l’expérience mais, à moins d’être maso, cela ne vaut vraiment pas le coup.

Philippe du Vignal

T2G-Théâtre de Gennevilliers, avenue des Grésillons, Gennevilliers (Seine-Saint-Denis), jusqu’au 20 janvier.

 

 


Archive pour 10 janvier, 2018

1993, texte d’Aurélien Bellanger, mise en scène de Julien Gosselin

photo Jean-Louis Fernandez

photo Jean-Louis Fernandez

 

1993, texte d’Aurélien Bellanger, mise en scène de Julien Gosselin

  Après des études de philo, ce jeune auteur avait fait paraître son premier roman, La Théorie de l’Information, qui fait référence à cette même théorie de l’information (codage, transmission du signal, etc.) développée par le  chercheur américain Claude Shannon (1916-2001) à partir de 1948, et le spectacle écrit spécialement pour Julien Gosselin en est aussi proche par ses thèses sur le rapport que l’Europe entretient avec la modernité.

Cela commence par une évocation du tunnel sous la Manche conçu à partir de Calais pour la traversée en une demi-heure par des trains de véhicules routiers et de voyageurs, entre le continent européen et la Grande-Bretagne. Inauguré en 1994, et salué comme une merveille de technologie, il allait  assez vite être pour les Européens, et surtout la France, une source sans fin d’ennuis socio-politiques que l’on ne soupçonnait même pas! Le Royaume-Uni étant réputé plus accueillant pour les migrants, d’abord des réfugiés kurdes ou kosovars, puis afghans, soudanais, érythréens.

Ils firent des environs de Calais, une zone où ils pouvaient survivre et ensuite, en se cachant dans des camions, essayer de gagner l’autre côté de la Manche.  Cette zone allait devenir en quelques années, le  symbole un problème insoluble. Comment en effet faire preuve d’humanité  et accueillir ces réfugiés sans créer un appel d’air? Comment les dissuader de venir? Comment gérer cette situation inédite dans cette Europe qui allait ensuite connaître les arrivées de migrants africains par la Méditerranée? Aucun gouvernement successif d’aucun pays n’y a vraiment réussi. Le vaste bidonville de Calais avec quelque 8.000 migrants fut rasé en 2016, et on installa de hauts grillages munis de barbelés dissuasifs, sans  apporter vraiment de solution. C’est le thème de ce spectacle.

Aurélien Bellanger essaye de comprendre comment ce projet préparé depuis des dizaines d’années et réussi, fondé sur une technologie de pointe et sur la volonté de communication avec l’Europe, a pu faire surgir cette zone, dite jungle de Calais! L’écrivain a voulu tenir compte du “caractère hautement politique” du tunnel, et de cette « faillite générale ». «Très rapidement, dit-il, il s’est révélé comme une évidence que la pièce devait interroger le rapport de l’Europe à la modernité”.

A partir d’un article que Francis Fukuyama, philosophe et économiste américain qui écrivait, il y a dix-huit ans déjà, “que  l’Islam et le nationalisme seront les seules possibilités pour les peuples de re-rentrer dans l’Histoire”. La progression de l’histoire humaine, envisagée comme un combat entre des idéologies, touche selon lui  à sa fin avec le consensus sur la démocratie libérale. Et le philosophe s’inquiète des progrès des évolutions technologiques pour modifier les êtres humains. Le tunnel sous la Manche a plusieurs fois a inspiré des romans, documentaires, séries télévisées et plusieurs films- dont déjà celui-prophétique en 1907- du génial Georges Méliès, Le Tunnel sous la Manche ou le cauchemar franco-anglais, prévoyant même en rêve, sa destruction finale…

Et sur le plateau? Cela commence par un alignement au cordeau face public, des douze ex-élèves: la dernière promotion de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg. Un hommage discret à Stanislas Nordey, le directeur, dont c’est la marotte? Puis très vite, grâce à des châssis remarquablement conçus par leurs deux camarades scénographes Emma Depoid et Solène Fourt, il y a une belle évocation du fameux tunnel avec des lignes de tubes fluo blancs qui s’allument par intermittence et qui semblent défiler, comme si on était à bord d’un train.

Julien Gosselin a imaginé, lui, un noir total pendant une bonne trentaine de minutes avec ensuite comme partout, un cadreur sur le plateau et dans les coulisses dont les images sont transmises sur grand écran au dessus du plateau, une soupe sonore presque permanente de basses à peine supportables pour l’oreille et le ventre, des fumigènes à gogo avec on ne sait trop quelle saloperie chimique dedans, des lumières stroboscopiques fatigantes et, à un moment, un gros ventilateur de cinéma qui envoie de l’air froid sur le public! Très drôle! Et merci pour le rhume… Bref, tous ces effets vulgaires et faciles que l’on voit partout, depuis que Vincent Macaigne, entre autres, les a érigés en dogmes du théâtre contemporain. La mise en scène de Julien Gosselin, même bien réalisée et cohérente avec son propos, a quelque chose de très académique!

 Et le texte? Les jeunes comédiens-donc invisibles, puisque dans le noir total-munis évidemment de micros HF!-profèrent un texte pâlichon, au style assez neutre, anti-théâtral au possible, sur les rapports qu’entretient l’Europe avec la modernité. Toujours sur fond de basses à décorner les bœufs! Est-ce pour nous signaler de façon absolument désincarnée tout le mal-être d’un Occident déconstruit, incapable de faire face à cette crise migratoire d’une telle ampleur? Un texte dit assez souvent en anglais, traduit ou pas c’est selon-quel snobisme!-et surtitré en français.
Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Strasbourg et de son Ecole devrait rappeler à son complice et intervenant qu’elle est un établissement  situé en France où on parle le français! Cerise sur le gâteau: quand on ne peut pas entendre le texte en français à cause du boucan sonore, on nous l’offre en surtitrage! Tous aux abris!

Au moins, reconnaissons à Julien Gossselin le mérite de n’avoir pas voulu jouer le misérabilisme et l’enquête sociologique et on ne voit jamais ici d’images de migrants, flics, travailleurs sociaux, etc.  sur le grand écran vidéo au dessus du plateau. Mais pour le reste, quel suivisme! Deuxième partie: après l’installation par les comédiens d’un remarquable décor très réaliste derrière une paroi transparente (comme chez Cyril Teste! voir Le Théâtre du Blog) : un salon avec deux vieux canapés démodés, une table au design contemporain rempli de bouteilles de vin, avec dix chaises, des plantes vertes un peu partout, des tableaux et un oiseau noir naturalisé posé sur une étagère. Derrière ce salon, où ils vont faire la fête et l’amour  toute une nuit en buvant beaucoup, il y a des loges d’artiste et une cuisine où l’on verra, par caméra interposée, plusieurs de ces jeunes gens sniffant des lignes de coke.
Quel ennui, quelle prétention! Malgré parfois de très belles images, comme à la fin, quand ces douze jeunes gens nés à la toute fin du XXème siècle, restent immobiles un peu comme des personnages du Musée Grévin, en rond, figés sous une lumière normale d’appartement.  Là, cela fait enfin sens mais on les aura mérités, ces quelques minutes!

Tout se passe ici comme si le metteur en scène faisait joujou avec cette promotion de jeunes comédiens… Mais sans les mettre jamais en valeur, puisque, de toute façon, pendant toute la première partie, on ne peut même pas savoir qui parle. Enfin, ils sont tous très professionnels-excellente diction, belle gestuelle… quand on  réussit par instants à les voir!- et ils auront au moins ici appris, faute de mieux, l’humilité! Dans le deuxième partie qui a de sacrées longueurs, on ne les voit en effet qu’en groupe, souvent de dos et dans la pénombre, filmés en permanence par une caméra infra-rouge, procédé usé jusqu’à la corde qui fait encore fureur depuis quelques années chez des jeunes metteurs en scène qui croient innover!

 En tout cas, Stanislas Nordey n’aurait pas intérêt, semble-t-il, à renouveler ce genre d’expérience, qui n’est guère profitable à de jeunes comédiens. Où en est-on? Est-ce une expérience pédagogique? dans ce cas, pourquoi pas, mais à condition de ne pas être présentée en public et comme une création de Julien Gosselin!  Il t a iic comme une curieuse ambiguïté qui ne profite à) personne.  Par ailleurs, la feuille de salle nous prévient-mais un peu tard- qu »en raison des effets de lumière et du niveau sonore, ce spectacle est déconseillé aux personnes épileptiques ou asthmatiques ». (sic) On ajoutera seulement: pas qu’à eux! Vous pouvez tenter l’expérience mais, à moins d’être maso, cela ne vaut vraiment pas le coup.

Philippe du Vignal

T2G-Théâtre de Gennevilliers, avenue des Grésillons, Gennevilliers (Seine-Saint-Denis), jusqu’au 20 janvier.

 

 

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