From the Ground to the cloud, écrit par Eve Gollac, mis en scène d’Olivier Coulon-Jablonka

 

From the Ground to the cloud,  écriture d’Eve Gollac, mise en scène d’Olivier Coulon-Jablonka

Inutile de traduire, tout le monde comprend cette langue-là, c’est celle de la langue des dominants : « ground » : le sol, le socle, l’origine, et « cloud »: le nuage où flottent nos photos de famille et toutes les données personnelles qui font de nous, des consommateurs convoités. Le spectacle est né d’une enquête passionnante: remonter aux sources du « big data »: non pas un délicieux nuage: la chose a la forme d’une énorme usine, bourrée d’ordinateurs qui  dévore autant d’énergie qu’une ville de 50.000 habitants, comme celle qui a été construite à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Sans consultation des habitants : tant pis pour les électro-sensibles, s’il y en a parmi eux, et pour les voisins dont les petites maisons ont été ébranlées par le chantier.

Et tout ça, pour quoi ? Pour que tout un chacun puisse se régaler de «lol cats», et de «candy crush» (un jeu), pour toutes les Petites Poucettes (titre d’un livre récent de Michel Serre sur les addictions aux écrans et au «digital» et sur leurs conséquences anthropologiques) avec leur smartphone greffé au bout des doigts, pour choisir entre deux hôtels de rêve où nous n’irons pas, externaliser notre mémoire et, quand même, garder « toute la mémoire du monde » (voir le film d’Alain Resnais (1956), avec le site Gallica de la Bibliothèque Nationale.

Et tout ça vient d’où? De la technologie des communications, celle des militaires et des industriels, cela va de soi (et aussi des universités). Et leur usage privé, libre, gratuit: du «flower power» des hippies libertaires des années 70. Eh oui! en Californie, il y a les fleurs, le soleil et la Silicon Valley. Où l’on verra que la désobéissance civile et la gratuité initiale ont conduit, au nom de l’individu et de sa liberté, à la plus vaste aliénation marchande qu’on ait jamais connue, et encore moins imaginée.

Il est intéressant d’observer comment cette perversion de la communication préoccupe une nouvelle génération de metteurs en scène, entre autres, Julien Gosselin qui, avec 1993 d’Aurélien Bellanger, montre l’image de ce tunnel de la Manche qui a contribué à la construction puis à la destruction de l’esprit européen (voir Le Théâtre du Blog).

La mise en théâtre de cette question?  Une autre affaire… à laquelle Eve Gollac et Olivier Coulon-Jablonka n’ont pas trouvé la réponse. Malgré des éléments assez beaux en eux-mêmes comme la construction à vue, avec les planches de l’estrade, de «cadres de référence», des masques d’animaux très réussis, des chansons d’époque, et une allusion à la San Francisco Mime Troup qui fit la joie du lointain festival de Nancy- mais qui ne trouvent pas vraiment ici leur fonction.

Et Olivier Coulon-Jablonka n’affirme pas assez les différents types d’adresse au public: pourquoi faire passer avec un faux dialogue, ce qui relève du vrai discours ? La fiction d’un groupe d’amis évoluant du :«Faites l’amour, pas la guerre» à la puissance du fameux « big data », n’est pas non plus assumée et les comédiens -inexpérimentés?- les incarnent à moitié et ne portent que des figures allégoriques. Bref, on est déçu, on s’ennuie et on en veut aux créateurs du spectacle d’avoir loupé un sujet aussi important. Faute de théâtre, faute d’une écriture qui oserait être poétique- ce qui ne signifie pas : « jolie » mais forte et révélatrice.

 Christine Friedel

Théâtre de la Commune-Centre Dramatique National, 2 rue Edouard Poisson, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). T. : 01 48 33 16 16 jusqu’au 21 janvier.

 


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