La Maison de Julien Gaillard, mise en scène de Simon Delétang

 

La Maison de Julien Gaillard, mise en scène de Simon Delétang

 

 © Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Ce pourrait être l’histoire de notre enfance imaginaire : une maison habitée de troubles et de fantômes, une fratrie qui fait littéralement corps avec elle. Une histoire sans autres événements qui vaillent la peine d’en parler, quand on ne sait plus très bien s’il existe une limite entre notre propre corps et le mystère de la maison, entre “nous“ et “je“. Ils sont trois frères, et leurs souvenirs glissent de l’un à l’autre, dans la pénombre, au milieu des hautes herbes, dans un “là-haut » nocturne. L’aile de la mort plane en douceur,  et des petites filles manquent au tableau, les garçons découvrent la sensualité et les humeurs du corps, avec des peurs, des révoltes, de la douleur et des oiseaux… On entend à certains moments naître l’écriture même.

Le texte a tout pour être poétique et l’est, par moments, indiscutablement, puis s’use et se ferme. et ces fragments auraient sans doute gagné à être donnés pour tels, et non dans une continuité qui les lisse et qui nous lasse.  Le metteur en scène et l’auteur ont imposé une scansion monotone qui réduit le texte au lieu de l’ouvrir. Les comédiens forment un trio presque musical, soutenu par une gestuelle chorégraphiée, mais un trio qui jouerait tous les mouvements au même tempo. Quelques petits éclats, comme l’apparition d’un jouet électrique coloré, n’y changent rien : la poésie s’épuise d’elle-même.

Les premières images séduisent : trois garçons se hissant tour à tour d’un puits sur une colline, on devine une barque perchée dans l’ombre entre les hautes herbes qui, bien sûr, évoque les passeurs, entre la vie et la mort, la mémoire et le présent, l’enfance et l’oublieux âge adulte. Pourtant, cela ne fait pas du théâtre : la barque ne «joue» plus, au bout d’un moment, sinon un instant comme cercueil, ni les escaliers de bois mêlés de végétation qui contraignent les acteurs sans leur donner du jeu. Ça “n’avance pas“. La poésie ne nous embarque plus, et on finit par se demander si elle était vraiment là. Dommage, et injuste, car il y a de la beauté.

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris XXème. T. : 01 44 62 52 52, jusqu’au 11 février.

 


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